Terrorisme

10 mai 2011 06:49; Act: 10.05.2011 17:14 Print

Les femmes de Ben Laden questionnées

Le Pakistan serait prêt à laisser les Etats-Unis interroger les femmes d'Oussama ben Laden capturées la semaine dernière lors de l'opération à Abottabad.

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Les Etats-Unis souhaitent interroger les trois femmes d'Oussama ben Laden arrêtées par les Pakistanais après le raid américain fatal au chef d'Al-Qaïda. Mais Islamabad n'a pas encore pris de décision et assure même ne pas avoir reçu de requête formelle de la part de Washington.

De source autorisée, on déclare à Washington que le Pakistan semble disposé à laisser des enquêteurs américains interroger ces femmes. «Les Pakistanais semblent désormais prêts à nous autoriser à les voir. Espérons que les signaux qu'ils nous envoient seront suivis d'effets», a dit un responsable américain proche du dossier.

Un responsable du gouvernement pakistanais a aussitôt démenti qu'une autorisation ait déjà été accordée pour l'interrogatoire des épouses de Ben Laden, toujours détenues au Pakistan. «Il est prématuré ne serait-ce que d'y songer», a-t-il dit, soulignant que les enquêteurs pakistanais devaient d'abord terminer leur travail.

Le Pakistan dit même ne pas avoir encore reçu de requête formelle de Washington, selon Tehmina Janjua, porte-parole du ministère pakistanais. Ces trois femmes, une originaire du Yémen et les deux autres d'Arabie saoudite, seront renvoyées dans leur pays avec leurs enfants, selon les autorités.

La porte-parole a d'ailleurs ajouté que le Pakistan n'avait pas reçu de demandes d'extradition du Yémen ou de l'Arabie Saoudite.

Masse de documents

Les trois épouses de Ben Laden avaient été retrouvées vivantes avec 13 enfants et petits-enfants du chef d'Al-Qaïda dans la maison où un commando américain héliporté l'a tué en plein milieu de la nuit il y a huit jours, à deux heures de route au nord d'Islamabad. La famille est soignée et tout le monde est en détention provisoire.

Selon des responsables de la sécurité pakistanaise qui ont requis l'anonymat, la plus jeune des trois épouses, la yéménite Amal Ahmed Abdulfattah, 29 ans, blessée d'une balle dans la jambe lors de l'assaut, a assuré aux enquêteurs pakistanais que Ben Laden et sa famille vivaient dans cette villa de la ville-garnison d'Abbottabad depuis cinq ans.

Les Etats-Unis, qui ont saisi une masse de documents dans la résidence d'Oussama ben Laden, aimeraient retracer les déplacements du chef d'Al-Qaïda et mettre au jour les réseaux dont il a pu bénéficier à travers le monde.

Complicité?

A Washington, beaucoup s'interrogent sur une éventuelle complicité de membres des services secrets pakistanais avec Oussama ben Laden, qui a vécu au moins cinq ans près d'Islamabad sans être débusqué. Des accusations qu'Islamabad, qui a déjà vivement protesté contre une violation de son territoire pour n'avoir pas été avertie à l'avance du raid américain, a qualifiées d'absurdes.

En raison de leurs doutes quant au rôle des services secrets pakistanais (ISI), des parlementaires américains exigent un réexamen de l'aide financière fournie par Washington au Pakistan, se chiffrant en milliards de dollars chaque année. L'administration Obama prend soin en revanche de ne pas accuser directement le Pakistan d'avoir offert un refuge à Oussama ben Laden.

Le premier ministre pakistanais, Yusuf Raza Gilani, a balayé lundi les accusations d'incompétence voire de complicité avec les extrémistes islamistes portées contre son pays. Son gouvernement est pris entre, d'une part, les pressions américaines et, d'autre part, l'exaspération d'une frange de sa population, qui dénonce la coopération avec les Etats-Unis, accusés de violer la souveraineté du Pakistan.

Insurgés tués

Sur le terrain, quatre insurgés islamistes ont été tués mardi par les missiles de drones américains dans le nord-ouest du Pakistan, où ces avions sans pilote de la CIA visent régulièrement Al-Qaïda et les talibans, ont indiqué des responsables militaires pakistanais.

Cette nouvelle attaque de drones s'est produite près du village d'Angoor Adda, dans le district tribal du Waziristan du Sud, un des principaux bastions des talibans pakistanais alliés à Al-Qaïda. «Les drones américains ont tiré deux missiles sur un véhicule et quatre insurgés islamistes ont été tués», a déclaré un responsable militaire sous couvert de l'anonymat.

(ats)