Crise

04 décembre 2008 07:54; Act: 04.12.2008 11:32 Print

L'économie suisse piétine

Rattrapée par la crise, l'économie suisse a piétiné au troisième trimestre, pour la première fois depuis quatre ans. Les exportations et la consommation privée résistent encore. Et l'avenir s'annonce pire.

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Le produit intérieur brut (PIB) en termes réels a stagné au troisième trimestre, comparé aux trois mois précédents. Par rapport à la même période de 2007, sa croissance a atteint 1,6%, a indiqué jeudi le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO).

Les chiffres du deuxième trimestre ont été révisés: une croissance en rythme trimestriel de 0,3% comme sur les trois premiers mois, contre &0,4% précédemment estimés, et &2,6% en glissement annuel, contre &2,3%.

La consommation s'essouffle

Côté négatif, les investissements ont diminué de 1,4% au troisième trimestre par rapport au précédent, reflet de la baisse de l'activité dans les entreprises confrontées à une contraction de la demande. Le recul touche en premier lieu les biens d'équipement (-1,8%), mais aussi la construction (-0,9%).

Côté positif, la consommation des ménages, qui représente près des deux tiers du PIB sous l'angle des dépenses, s'essoufle même si elle tient encore bon (&0,3%). Les dépenses sont en hausse pour les meubles, les appareils électroménagers, les transports, les loisirs et l'habillement, tandis qu'elles reculent dans le logement, l'énergie et la santé. Les dépenses des administrations publiques se sont elles aussi accrues de 0,7%.

La balance commerciale a également permis de contrebalancer le recul des investissements. Les exportations de biens et services, autre moteur de l'économie suisse, progressent de 1,2% tandis que les importations reculent de 0,7%.

A noter cependant que les exportations se sont davantage accrues dans les services (&1,7%) que pour les biens (&1,0%). Les exportations de marchandises sont même négatives (-0,6%) si on exclut les objets de valeur.

Récession

La Suisse a jusque-là mieux résisté que les Etats-Unis ou l'Europe. Mais le prochain trimestre s'annonce nettement moins rose, estime le chef économiste du SECO, Aymo Brunetti. «Une croissance négative est désormais vraisemblable», a-t-il déclaré à l'ATS.

Le chef économiste de la banque Julius Bär, Janwillem Acket, n'hésite pas à parler de récession: le PIB sera en effet négatif au dernier trimestre 2008 et au premier de l'an prochain, deux trimestres consécutifs dans le rouge faisant techniquement basculer le pays en récession.

Selon lui, les exportations en seront le catalyseur au dernier trimestre. Quant aux dépenses de consommation, il faudra attendre après les fêtes de Noël, pour les voir reculer au premier trimestre 2009. Le marché du travail réagira avec retard à cette situation, mais d'ores et déjà M. Acket prévoit une remontée du chômage l'an prochain.

«La récession durera au minimum jusqu'à la mi-2009 et dans le pire des cas jusqu'en 2010», prévoit-il. «La chance qu'a la Suisse c'est d'entrer en récession avec une année de retard sur les Etats-Unis et un semestre sur l'Europe, ce qui pourrait raccourcir le phénomène», a-t-il déclaré à l'ATS.

Mi-décembre, le SECO publiera ses prévisions conjoncturelles pour 2009. A fin octobre, Aymo Brunetti avait déjà corrigé les estimations du SECO et évoqué une croissance nettement inférieure à 1% pour la Suisse l'an prochain.

(ats)