Conjoncture économique

11 décembre 2008 16:17; Act: 11.12.2008 16:24 Print

La BNS abaisse une nouvelle fois son taux directeur

Pour lutter contre la dégradation conjoncturelle, la Banque nationale suisse (BNS) a décidé un nouvel assouplissement monétaire, le quatrième en deux mois.

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Elle prévoit en outre que la récession, amortie par une inflation plus faible que prévu, durera toute l'année 2009.

L'institut d'émission a abaissé jeudi de 50 points de base son taux directeur, le Libor à trois mois, dont la marge de fluctuation passe ainsi à 0,0% - 1,0%. Avec cette quatrième intervention depuis le 8 octobre, la BNS a réduit son taux de référence de 2,25% au total.

La crise financière actuelle est, selon les mots de Thomas Jordan, membre de la direction, «unique d'un point de vue historique». Plus directe qu'une politique fiscale qui n'agit que lentement, la politique monétaire doit «mettre l'économie suisse le plus possible à l'abri», a déclaré Jean-Pierre Roth, président de la direction générale.

«Nous voulons permettre à l'économie de se financer à des conditions qui ne soient pas détériorées», a poursuivi le président. Il a rappelé que le Libor à trois mois avait été maintenu à un niveau constant à 2,75% pendant une année jusqu'en septembre dernier. Avec l'augmentation des primes de risques, il est aujourd'hui aux alentours de 1% (1,13% mercredi).

«De plein fouet»

«Nous visons à ramener progressivement le Libor dans la zone médiane de la marge de fluctuation», écrit la BNS. En 2003, celle- ci était encore plus basse, avec 0,25%, a encore rappelé Jean-Pierre Roth.

La BNS prévoit que «l'économie suisse sera affectée de plein fouet» par la détérioration de l'activité économique. La récession touchera le pays sur toute l'année 2009 et non sur les premiers mois comme elle l'estimait précédemment. La BNS table sur une croissance négative du produit intérieur brut (PIB) réel de la Suisse comprise entre -0,5% et -1%.

La banque centrale revoit aussi nettement à la baisse sa prévision d'inflation pour 2009, à 0,9%, contre 1,9% en septembre. Elle pourrait même passer à 0,5% en 2010. Cela dans la perspective d'un Libor à trois mois maintenu constant à 0,5%.

Le chômage modère les prix

Les perspectives conjoncturelles défavorables et la baisse du prix du pétrole ont conduit à cette révision radicale de ses estimations. La recrudescence du chômage, qui devrait augmenter d'un point de pourcentage à 3,5%-3,7% d'ici une année (contre 2,7% en novembre) modère les prix et les salaires.

C'est cette baisse «inattendue» des perspectives de renchérissement qui a donné à la BNS la marge de manoeuvre pour abaisser la marge de fluctuation du Libor.

La correction de l'inflation en 2009 devrait aussi contribuer à une hausse des revenus réels, selon Jean-Pierre Roth. Autre conséquence: la consommation pourrait rester soutenue.

«Trop optimiste?»

Interrogé par un journaliste qui lui demandait s'il n'était pas trop optimiste, Jean-Pierre Roth a répondu «être peut-être trop optimiste. Mais c'est ce que nous montrent les modèles de simulation. Le facteur le plus important sera celui de la consommation.» De plus, a-t-il ajouté, le secteur immobilier n'est pas grevé, à quelques exceptions près, par des prix surfaits comme dans d'autres pays.

La BNS a en outre analysé la situation sur le marché du crédit. Après enquête, aucune restriction des conditions de crédit n'a été annoncée au troisième trimestre. Seuls 15% des instituts admettent un léger resserrement de leurs pratiques.

Réactions positives

La décision de la BNS a été largement saluée. «Elle a agi rapidement, avec détermination et de manière préventive», a déclaré David Marmet, économiste à la Banque cantonale de Zurich (BCZ). L'Union syndicale suisse (USS) en profite pour demander aux banques de baisser davantage et plus rapidement leurs taux hypothécaires.

Mais pour Felix Brill, économiste à l'UBS, la BNS a désormais «épuisé ses cartouches». Les taux repo, que la banque centrale applique dans ses opérations de gestion de liquidités et qui lui permettent de piloter indirectement le Libor à trois mois, sont en effet déjà très bas, dit-il.

(ats)