Fruits espagnols innocentés

06 juin 2011 14:49; Act: 06.06.2011 17:52 Print

«L'Allemagne doit dédommager à 100%»

Après avoir essuyé toutes les accusations, les concombres espagnols étant soupçonnés de propager une bactérie mortelle, Madrid se prépare à inverser les rôles mardi.

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L'Allemagne devrait participer à la promotion des légumes espagnols. (Photo: Keystone)

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Madrid va exiger d'être «dédommagé à 100%» des pertes subies pour son marché de légumes suite à l'affaire de la bactérie mortelle. La facture globale n'est pas encore connue. Ces derniers jours les chiffres avancés par les producteurs allaient de 75 millions d'euros par semaine pour le seul secteur du concombre à 200 millions pour l'ensemble des fruits et légumes espagnols, victimes d'un effet domino.

«Le secteur et les gouvernements régionaux sont en train d'évaluer (le préjudice) pour que demain, au conseil extraordinaire de l'Union européenne en matière d'agriculture, nous puissions mettre des chiffres sur la table», a expliqué à la télévision la ministre de l'Agriculture Rosa Aguilar.

«Nous avons indiqué à l'Allemagne qu'elle doit dédommager le préjudice créé, si elle le fait à 100%, qui est ce que nous revendiquons, l'affaire sera close, sinon nous nous réservons le droit (de lancer) une action légale», a-t-elle dit, réclamant «justice pour l'Espagne», premier exportateur de fruits et légumes en Europe.

«Ce préjudice, il faut l'indemniser à 100%», a-t-elle insisté, «car nous n'allons pas admettre que nos producteurs perdent un centime, parce qu'ils ne sont ni coupables ni responsables».

Mais, selon elle, l'Union européenne aussi a de quoi se reprocher et «elle doit dire qu'elle n'a pas trop bien géré ce processus». Elle doit «non seulement prendre des mesures économiques de caractère extraordinaire mais aussi prendre bonne note de ce qui s'est passé».

La Russie bloque les importations

Depuis Luxembourg, la ministre de la Santé Leire Pajin a indiqué qu'elle allait «demander à la Commission d'améliorer et de renforcer les mécanismes d'alerte alimentaire» de l'UE.

Même si la Commission a levé mercredi dernier son alerte aux concombres espagnols, les exportations de fruits et légumes du pays n'étaient toujours pas revenues à la normale lundi.

«La décision de la Russie (d'imposer un embargo sur les fruits et légumes européens) a des répercussions négatives, il y a des camions espagnols bloqués à la frontière» russe, a expliqué à l'AFP une porte-parole de la Fédération espagnole des producteurs-exportateurs de fruits et légumes (Fepex).

En outre, «les exportations vers l'Allemagne restent pratiquement paralysées».

«Les fruits à noyaux ont commencé à être eux aussi très affectés, non seulement parce que les envois ont été paralysés toute la semaine dernière, mais aussi parce que cette situation a entraîné une chute des prix de 35% depuis le 27 mai, selon les estimations des producteurs d'Andalousie», a précisé la Fepex.

La perte pour les fruits à noyaux dans la région de Séville, principale zone de production en Andalousie, est chiffrée par le secteur à 7 millions sur la semaine passée.

Aucune rectification claire

«La demande en fruits et légumes n'a pas repris et cela est dû en grande partie à l'absence de rectification claire et forte des autorités allemandes et communautaires», a jugé la Fepex.

«Même si elles ont reconnu que le concombre espagnol et les fruits et légumes espagnols n'ont rien à voir avec l'épidémie de E.coli dont souffre l'Allemagne, cette rectification n'a pas été diffusée autant que les messages erronés émis auparavant».

L'Allemagne devra «participer et s'engager directement» dans des «campagnes de promotion (des fruits et légumes espagnols) qui ne seront pas seulement déployées en Allemagne mais dans presque toute l'UE et dans quelques pays qui ne sont pas membres de l'UE», a affirmé Rosa Aguilar, estimant que ces campagnes de réhabilitation devront durer «jusqu'à la fin de l'année».

(afp)