Bilan de l'élection

14 décembre 2011 12:54; Act: 14.12.2011 16:03 Print

«Le sentiment que tout était joué d'avance»

Elie Burgos, doctorant en sciences politiques à l'Unil, livre pour «20 minutes» son analyse de l'élection du Conseil fédéral. Selon lui, les positions de chaque parti étaient «arrêtées».

Voir le diaporama en grand »
Alain Berset s'est consacré à plein temps à la politique depuis son élection au Conseil des Etats en 2003. La politique lui en a été reconnaissante en faisant de lui, à 39 ans, un des plus jeunes conseillers fédéraux de Suisse et le quatrième conseiller fédéral fribourgeois de l'histoire. Certains le disent pressé et ambitieux. Son apparence véhicule d'autres messages: posé, le verbe ferme et aisé, toujours élégant, ayant adopté l'uniforme du notable, costume sombre et chemise blanche, M. Berset n'a jamais l'air stressé, toujours affable. A Berne, il s'est très vite imposé comme poids lourd dans son groupe et comme Romand écouté aux Etats. Sa connaissance des dossiers économiques en a fait un orateur incontournable depuis que la crise financière a éclaté, démontrant au passage que le PS peut avoir un discours rigoureux et technique sur la question. En outre, il ne collectionne pas les mandats. Il a quelques activités associatives: il préside par exemple la fondation fribourgeoise dédiée aux personnes handicapées «Les Buissonnets», ainsi que la branche romande de l'Association suisse des locataires (Asloca). Ici avec son épouse Muriel Zehnder Berset. Pianiste à ses heures, M. Berset habite toujours la maison familiale à Belfaux. Il est marié et père de trois enfants. Il savoure sa victoire en enlaçant son grand-père François... ... et sa grand-mère Angélique. Derrière l'élection d'Alain Berset se cache le désaveu du premier parti de Suisse. Le renouvellement du Conseil fédéral est un échec cinglant pour l'UDC. L'UDC n'a réussi à déloger aucun ministre en poste et n'a pas perturbé l'élection du socialiste Alain Berset, seul nouveau venu au gouvernement. Une question reste ouverte: son passage dans l'opposition. Micheline Calmy-Rey a quitté la présidence de la Confédération qu'elle aura occupée deux fois. Mais ce sont ses neuf ans passés aux affaires étrangères qu'elle a avant tout évoqués en prenant congé mercredi du Parlement. Très émue, la gorge nouée, elle avait auparavant écouté l'hommage rendu par ses collègues. L'un des enjeux de l'élection était de savoir si l'UDC allait parvenir à reconquérir un deuxième siège. Le Vaudois Pierre-Yves Maillard est arrivé sous les crépitements des flashs, avant de se rendre dans la salle des pas perdus. Il est l'un des socialistes candidat à la succession de Calmy-Rey... ... avec le Fribourgeois Alain Berset Doris Leuthard a été confortablement réélue avec 216 voix. Puis Eveline Widmer-Schlumpf (ici à droite) a récolté 131 voix. Ueli Maurer l'a suivi avec 159 voix. Réélection également confortable pour Didier Burkhalter. Le Neuchâtelois obtient 194 voix. L'UDC mise désormais tout sur son candidat Jean-François Rime et retire la candidature de Hansjörg Walter. Par la suite, Simonetta Sommaruga a été réélue avec 179 voix... ... tout comme Johann Schneider-Ammann (ici suivi de Chancelière de la Confédération Corina Casanova) avec 159 voix. Trois Romands sont en lice pour succéder à Micheline Calmy-Rey: Jean-François Rimne (UDC/FR), Pierre-Yves Maillard (PS/VD) et Alain Berset (PS/FR). Ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 114 voix contre 59 pour ses adversaires du jour. Alain Berset a été élu au Conseil fédéral au deuxième tour de la succession de Micheline Calmy-Rey. Le conseiller aux Etats socialiste fribourgeois a obtenu 126 voix, alors que la majorité absolue était fixée à 123 voix. Il est le nouveau membre du Conseil fédéral. Le conseiller fédéral réélu Ueli Maurer a déclaré que l'UDC se remettra de la perte d'un deuxième siège mais que «ce n'est pas un bon jour pour la Suisse». L'élection du Zurichois a été accueillie par une standing ovation... ...tandis que celle d'Eveline Widmer-Schlumpf a été reçue par des sifflets des partisans UDC.

Sur ce sujet
Une faute?

L'élection d'Alain Berset au Conseil fédéral, en remplacement de Micheline Calmy-Rey, n'est pas vraiment une surprise pour le politologue Elie Burgos. «Il était relativement clair que l'UDC ne parviendrait pas à contester ce siège, laissé vacant par la socialiste.»

En effet, tous les partis, excepté la droite populaire, soutenaient le siège socialiste. «Ainsi on avait le sentiment que tout était joué d'avance, explique Elie Burgos. Comme lors des élections précédentes, l'UDC est apparue très isolée dans ses revendications.»

Pas de coups de théâtre

Alain Berset faisait figure de favori dans le duel qui l'opposait aux deux autres Romands, Pierre-Yves Maillard et Jean-François Rime, pour remplacer Micheline Calmy-Rey. Ce statut s'est confirmé après le premier tour durant lequel le conseiller d'Etat fribourgeois s'est retrouvé à seulement quelques voix de la majorité absolue, dès le 1er tour.

«Cette élection s'est déroulée sans coups de théâtre, ni grands heurts, puisque tous les candidats ont été réélus dès le 1er tour», analyse le politologue. Même l'élection d'Alain Beset s'est avéré «relativement facile», puisque le socialiste a été désigné après deux tours. «A aucun moment, on a eu le sentiment qu'un siège pouvait passer d'un parti à un autre».

Positions arrêtées et mots choisis

Les positions de chaque parti étaient arrêtées estime le politologue lausannois qui estime que l'attitude de tous les partis s'apparentaient à une «coalition anti-revendications de l'UDC, très hétéroclite». Elle est, d'après son analyse, parvenue à «étouffer les demandes» du parti de la droite populaire.

Le vocabulaire choisi par l'ensemble des chefs de groupes parlementaires a également retenu l'attention du docteur en sciences politiques. «Les mots employés l'étaient pour ne pas blesser les autres partis, il n'y a pas eu d'attaques frontales», relève-t-il. Il voit ainsi une différence notoire par rapport aux précédentes élections.

Chère concordance

Elie Burgos a été étonné par le nombre «incalculable» de fois où le terme de 'concordance' a été employé. Selon lui, cette expression a une définition différente pour tous les partis. «C'est en l'interprétant différemment que chacun tente de justifier sa propre position.»

Enfin, le politologue estime que les élections fédérales du 26 octobre dernier ont sans doute joué un «petit rôle» dans le scrutin de mercredi. «Dans la mesure où les résultats des fédérales ont été interprétés comme une défaite de l'UDC, certains parlementaires trouvaient illogique de laisser le parti agrarien briguer un deuxième siège».

(cga)