Conseil fédéral

14 décembre 2011 13:48; Act: 14.12.2011 14:39 Print

La non-élection de Maillard déçoit

Les quelques personnes présentes dans la salle du Grand Conseil vaudois ont dit leur déception après la non-élection de Pierre-Yves Maillard.

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Alain Berset s'est consacré à plein temps à la politique depuis son élection au Conseil des Etats en 2003. La politique lui en a été reconnaissante en faisant de lui, à 39 ans, un des plus jeunes conseillers fédéraux de Suisse et le quatrième conseiller fédéral fribourgeois de l'histoire. Certains le disent pressé et ambitieux. Son apparence véhicule d'autres messages: posé, le verbe ferme et aisé, toujours élégant, ayant adopté l'uniforme du notable, costume sombre et chemise blanche, M. Berset n'a jamais l'air stressé, toujours affable. A Berne, il s'est très vite imposé comme poids lourd dans son groupe et comme Romand écouté aux Etats. Sa connaissance des dossiers économiques en a fait un orateur incontournable depuis que la crise financière a éclaté, démontrant au passage que le PS peut avoir un discours rigoureux et technique sur la question. En outre, il ne collectionne pas les mandats. Il a quelques activités associatives: il préside par exemple la fondation fribourgeoise dédiée aux personnes handicapées «Les Buissonnets», ainsi que la branche romande de l'Association suisse des locataires (Asloca). Ici avec son épouse Muriel Zehnder Berset. Pianiste à ses heures, M. Berset habite toujours la maison familiale à Belfaux. Il est marié et père de trois enfants. Il savoure sa victoire en enlaçant son grand-père François... ... et sa grand-mère Angélique. Derrière l'élection d'Alain Berset se cache le désaveu du premier parti de Suisse. Le renouvellement du Conseil fédéral est un échec cinglant pour l'UDC. L'UDC n'a réussi à déloger aucun ministre en poste et n'a pas perturbé l'élection du socialiste Alain Berset, seul nouveau venu au gouvernement. Une question reste ouverte: son passage dans l'opposition. Micheline Calmy-Rey a quitté la présidence de la Confédération qu'elle aura occupée deux fois. Mais ce sont ses neuf ans passés aux affaires étrangères qu'elle a avant tout évoqués en prenant congé mercredi du Parlement. Très émue, la gorge nouée, elle avait auparavant écouté l'hommage rendu par ses collègues. L'un des enjeux de l'élection était de savoir si l'UDC allait parvenir à reconquérir un deuxième siège. Le Vaudois Pierre-Yves Maillard est arrivé sous les crépitements des flashs, avant de se rendre dans la salle des pas perdus. Il est l'un des socialistes candidat à la succession de Calmy-Rey... ... avec le Fribourgeois Alain Berset Doris Leuthard a été confortablement réélue avec 216 voix. Puis Eveline Widmer-Schlumpf (ici à droite) a récolté 131 voix. Ueli Maurer l'a suivi avec 159 voix. Réélection également confortable pour Didier Burkhalter. Le Neuchâtelois obtient 194 voix. L'UDC mise désormais tout sur son candidat Jean-François Rime et retire la candidature de Hansjörg Walter. Par la suite, Simonetta Sommaruga a été réélue avec 179 voix... ... tout comme Johann Schneider-Ammann (ici suivi de Chancelière de la Confédération Corina Casanova) avec 159 voix. Trois Romands sont en lice pour succéder à Micheline Calmy-Rey: Jean-François Rimne (UDC/FR), Pierre-Yves Maillard (PS/VD) et Alain Berset (PS/FR). Ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 114 voix contre 59 pour ses adversaires du jour. Alain Berset a été élu au Conseil fédéral au deuxième tour de la succession de Micheline Calmy-Rey. Le conseiller aux Etats socialiste fribourgeois a obtenu 126 voix, alors que la majorité absolue était fixée à 123 voix. Il est le nouveau membre du Conseil fédéral. Le conseiller fédéral réélu Ueli Maurer a déclaré que l'UDC se remettra de la perte d'un deuxième siège mais que «ce n'est pas un bon jour pour la Suisse». L'élection du Zurichois a été accueillie par une standing ovation... ...tandis que celle d'Eveline Widmer-Schlumpf a été reçue par des sifflets des partisans UDC.

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Une faute?

Seule consolation de la non-élection de Pierre-Yves Maillard pour certains: le socialiste deviendra «très certainement» président du gouvernement, espère la Verte Sandrine Bavaud.

Déception: le mot est revenu sur toutes les lèvres mercredi vers midi au Palais de Rumine. La salle du parlement avait été ouverte aux élus et employés de l'Etat. Une trentaine de personnes avaient fait le déplacement pour se retrouver dans une salle un peu triste, sans verre à boire ni rien à croquer, comme si personne n'y croyait vraiment.

Jour historique raté

Présidente du Tribunal cantonal, Muriel Epard s'est dit «déçue» de ne pas voir le Vaudois entrer au Conseil fédéral. Alain Berset a sans doute «un profil plus consensuel», avance-t-elle comme explication. Mais «nous sommes contents de garder» Pierre-Yves Maillard.

L'élection du chef du Département de la santé et de l'action sociale (DSAS) aurait été «un jour historique pour les Vaudois», regrette Magaly Hanselmann, chef du Bureau de l'égalité entre les femmes et les hommes. Pierre-Yves Maillard a dû fournir un tel travail dans son canton qu'il était forcément moins présent à Berne, relève-t-elle.

Tactique de l'UDC fustigée

La députée libérale Claudine Wyssa en veut à l'UDC et à sa tactique de ne «pas participer au choix», ce qui a beaucoup coûté à Pierre-Yves Maillard. Pour le gouvernement vaudois en revanche, cette non-élection est une assurance de stabilité, selon elle.

Membre de l'Alliance du Centre, Jérôme Christen exprime «une petite déception» et estime qu'Alain Berset sera «une excellent conseiller fédéral». Pierre-Yves Maillard est «plus combatif, plus progressiste», mais «son image de syndicaliste» est moins «rassurante» que le profil de «gendre idéal» d'Alain Berset.

Prochain président ?

L'écologiste Sandrine Bavaud estime aussi que le style de Pierre- Yves Maillard l'a desservi. Il est «moins consensus mou» et n'appartient pas au sérail bernois comme Alain Berset. La députée verte ne cache pas en revanche qu'elle voit d'un bon oeil la présence dans le canton du socialiste vaudois pour les élections générales de mars.

Pierre-Yves Maillard devrait «très certainement» devenir président du Conseil d'Etat et remplacer le radical Pascal Broulis. Les Vaudois se rendent déjà dimanche aux urnes pour le second tour de l'élection complémentaire au Conseil d'Etat. Si la Verte Béatrice Métraux, donnée favorite, passe la rampe, la majorité de l'exécutif basculera à gauche.

Alain Berset surpris du «gros écart»

Alain Berset s'est dit surpris de son bon score lors de l'élection et du gros écart avec son adversaire direct Pierre-Yves Maillard dès le premier tour. Les signaux annonçaient une élection plus serrée, a fait remarquer le Fribourgeois à la Télévision suisse romande.

Celui-ci a aussi évoqué sa satisfaction d'accéder au Conseil fédéral. «J'avais envie de cette fonction, c'est clair. Depuis ce matin, c'est fait.»

Interrogé sur la répartition des départements qui doit avoir lieu ces prochains jours, le successeur de Micheline Calmy-Rey s'est dit prêt à reprendre n'importe lequel des sept départements. «Lorsqu'on arrive dans un exécutif, on se doit d'être ouvert à tout».

M. Berset a tout de même concédé une légère préférence pour les affaires étrangères, même si plusieurs autres départements l'intéressent. «Je ne vais pas décider tout seul, j'imagine qu'il y aura des discussions ouvertes afin de fonder la meilleure équipe possible» pour conduire le pays.

S'agissant de sa campagne, Alain Berset a assuré n'avoir pas particulièrement cherché à rencontrer ses collègues parlementaires ces derniers mois. «Les contacts que j'ai avec eux sont finalement assez naturels».

Ceux-ci se sont construits au fil du temps pendant les huit années que M. Berset a déjà passées à Berne. Il a notamment souligné l'importance du travail de commission pour nouer des liens ainsi que son passage à la présidence du Conseil des Etats.

(ats)