Elections d'Alain Berset

14 décembre 2011 14:35; Act: 14.12.2011 16:31 Print

Déception à Renens où réside Maillard

La commune de Pierre-Yves Maillard croyait en l'élection de «son» candidat. Elle a dû déchanter.

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Alain Berset s'est consacré à plein temps à la politique depuis son élection au Conseil des Etats en 2003. La politique lui en a été reconnaissante en faisant de lui, à 39 ans, un des plus jeunes conseillers fédéraux de Suisse et le quatrième conseiller fédéral fribourgeois de l'histoire. Certains le disent pressé et ambitieux. Son apparence véhicule d'autres messages: posé, le verbe ferme et aisé, toujours élégant, ayant adopté l'uniforme du notable, costume sombre et chemise blanche, M. Berset n'a jamais l'air stressé, toujours affable. A Berne, il s'est très vite imposé comme poids lourd dans son groupe et comme Romand écouté aux Etats. Sa connaissance des dossiers économiques en a fait un orateur incontournable depuis que la crise financière a éclaté, démontrant au passage que le PS peut avoir un discours rigoureux et technique sur la question. En outre, il ne collectionne pas les mandats. Il a quelques activités associatives: il préside par exemple la fondation fribourgeoise dédiée aux personnes handicapées «Les Buissonnets», ainsi que la branche romande de l'Association suisse des locataires (Asloca). Ici avec son épouse Muriel Zehnder Berset. Pianiste à ses heures, M. Berset habite toujours la maison familiale à Belfaux. Il est marié et père de trois enfants. Il savoure sa victoire en enlaçant son grand-père François... ... et sa grand-mère Angélique. Derrière l'élection d'Alain Berset se cache le désaveu du premier parti de Suisse. Le renouvellement du Conseil fédéral est un échec cinglant pour l'UDC. L'UDC n'a réussi à déloger aucun ministre en poste et n'a pas perturbé l'élection du socialiste Alain Berset, seul nouveau venu au gouvernement. Une question reste ouverte: son passage dans l'opposition. Micheline Calmy-Rey a quitté la présidence de la Confédération qu'elle aura occupée deux fois. Mais ce sont ses neuf ans passés aux affaires étrangères qu'elle a avant tout évoqués en prenant congé mercredi du Parlement. Très émue, la gorge nouée, elle avait auparavant écouté l'hommage rendu par ses collègues. L'un des enjeux de l'élection était de savoir si l'UDC allait parvenir à reconquérir un deuxième siège. Le Vaudois Pierre-Yves Maillard est arrivé sous les crépitements des flashs, avant de se rendre dans la salle des pas perdus. Il est l'un des socialistes candidat à la succession de Calmy-Rey... ... avec le Fribourgeois Alain Berset Doris Leuthard a été confortablement réélue avec 216 voix. Puis Eveline Widmer-Schlumpf (ici à droite) a récolté 131 voix. Ueli Maurer l'a suivi avec 159 voix. Réélection également confortable pour Didier Burkhalter. Le Neuchâtelois obtient 194 voix. L'UDC mise désormais tout sur son candidat Jean-François Rime et retire la candidature de Hansjörg Walter. Par la suite, Simonetta Sommaruga a été réélue avec 179 voix... ... tout comme Johann Schneider-Ammann (ici suivi de Chancelière de la Confédération Corina Casanova) avec 159 voix. Trois Romands sont en lice pour succéder à Micheline Calmy-Rey: Jean-François Rimne (UDC/FR), Pierre-Yves Maillard (PS/VD) et Alain Berset (PS/FR). Ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 114 voix contre 59 pour ses adversaires du jour. Alain Berset a été élu au Conseil fédéral au deuxième tour de la succession de Micheline Calmy-Rey. Le conseiller aux Etats socialiste fribourgeois a obtenu 126 voix, alors que la majorité absolue était fixée à 123 voix. Il est le nouveau membre du Conseil fédéral. Le conseiller fédéral réélu Ueli Maurer a déclaré que l'UDC se remettra de la perte d'un deuxième siège mais que «ce n'est pas un bon jour pour la Suisse». L'élection du Zurichois a été accueillie par une standing ovation... ...tandis que celle d'Eveline Widmer-Schlumpf a été reçue par des sifflets des partisans UDC.

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Une faute?

Une petite cinquantaine de personnes se sont réunies mercredi à Renens (VD) pour soutenir Pierre-Yves Maillard. Ils voulaient croire en l'élection du Vaudois au Conseil fédéral, même s'ils savaient qu'il n'était pas favori. La netteté du score les a déçus et surpris.

«Les jeux politiques m'échappent un peu», commente à chaud Jean- Daniel Leyvraz, secrétaire municipal à Renens, où réside Pierre-Yves Maillard depuis quatre ans. «On nous avait dit que l'écart entre les deux candidats s'était réduit. C'est un résultat un peu décevant».

Soupe à la grimace

Peu avant midi, le couperet est tombé: le Fribourgeois Alain Berset est élu avec 126 voix, Pierre-Yves Maillard en obtient 63. Dans la salle de spectacles de Renens, où l'élection est retransmise sur écran géant, c'est un peu la soupe à la grimace. Même si après le premier tour, tous avaient compris que «ce serait difficile».

«Ami» de Pierre-Yves Maillard, le municipal socialiste lausannois Oscar Tosato a suivi «tendu» cette élection. Il est en contact, par SMS, avec son collègue municipal Grégoire Junod, qui se trouve avec Pierre-Yves Maillard au Parlement fédéral.

Peu de réactions

Pas d'applaudissements dans la salle au moment du sacre du Fribourgeois. Et quasiment personne n'écoute le discours du nouvel élu à la tribune, quelques instants plus tard. Sofia, deux mois, la plus jeune de l'assistance, pleure doucement au fond de la salle.

Oscar Tosato réclame «quelques instants pour récupérer» avant de répondre aux médias, venus en nombre à Renens. Puis il se reprend: «avec Alain Berset, on a un excellent conseiller fédéral. Maillard reste dans le canton. C'est aussi une bonne chose car on a un autre combat à mener: faire basculer le Conseil d'Etat et le Grand Conseil à gauche en 2012. On y arrivera mieux avec lui».

Perdant

Force de conviction, écoute et persévérance: trois qualités qu'il admire chez le conseiller d'Etat vaudois. Il ne reconnaît qu'un défaut au tribun socialiste: «être mauvais perdant aux cartes».

Auréolé de plusieurs succès électoraux, Pierre-Yves Maillard se retrouve cette fois-ci dans le camp du perdant. «Il faut savoir perdre pour gagner une fois», analyse Marianne Huguenin à «La Télé», la chaîne valdo-fribourgeoise diffusée dans un coin de la salle. La syndique de Renens est à Berne, dans les pas perdus du Palais fédéral.

Trop bon

A Renens, tous louent l'excellente campagne du candidat, qui a su rester lui-même. «C'est une personnalité forte et intègre qui est reconnue», souligne Tinetta Maystre, municipale écologiste.

«Il était beaucoup trop bon pour cette Assemblée fédérale», lance le député Pierre Zwahlen. Oscar Tosato repart avec une certitude: «l'élection du Conseil fédéral doit se faire par le peuple».

(ats)