Procès de La Haye

16 mai 2012 09:56; Act: 16.05.2012 12:33 Print

Mladic «a pris en main le nettoyage ethnique»

L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie a «pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie», a assuré mercredi l'accusation devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

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Ratko Mladic a été arrêté en Serbie en mai dernier et extradé à La Haye, seize ans après sa première inculpation par le TPIY. (Photo: Keystone)

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L'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic a «pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie» au début des années 1990, a affirmé l'accusation au premier jour du procès de l'ex-général. L'affaire est jugée devant le (TPIY), 17 ans après le massacre de Srebrenica.

Ratko Mladic, 70 ans, «a pris en main le nettoyage ethnique de la Bosnie», a affirmé Dermot Groome, représentant du bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), lors de sa déclaration liminaire: «Il a pleinement participé à une entreprise criminelle qui était en marche».

Cartes démographiques à l'appui, l'une datant d'avant la guerre de Bosnie (1992-1995) et l'autre d'après la guerre, M. Groome a décrit comment de nombreuses municipalités ethniquement mixtes ou à majorité musulmane étaient devenues serbes suite à la campagne de «nettoyage ethnique» dont il a décrit les «objectifs stratégiques».

«Le premier objectif était de séparer les Serbes des deux autres communautés nationales», les musulmans et les Croates, a assuré M. Groome, décrivant notamment comment un jeune garçon avait vu son père et son oncle tués lors de la guerre. «Des milliers de familles ont été forcées de quitter leurs terres», a-t-il ajouté.

«J'ai défendu mon peuple»

Assis derrière son avocat, l'accusé, en costume gris foncé et chemise claire, a brièvement applaudi l'entrée des juges dans la salle d'audience à 09h00. L'ancien général, qui est apparu en meilleure forme que lors de sa première comparution à La Haye en juin 2011, ne s'est pas exprimé, prenant juste quelques notes.

Arrêté le 26 mai 2011 en Serbie après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladic est accusé de génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis par ses troupes lors de la guerre de Bosnie, qui avait fait 100'000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995.

Ratko Mladic rejette ces accusations «monstrueuses». «Le monde entier sait qui je suis», avait-il lancé lors d'une audition l'année dernière. «Je suis le général Ratko Mladic, j'ai défendu mon peuple, mon pays, maintenant je me défends moi-même.»

La déclaration liminaire de l'accusation doit durer six heures au total, mercredi et jeudi. Le procès, qui pourrait durer trois ans, se poursuivra le 29 mai avec l'audition du premier témoin de l'accusation. L'ancien général est poursuivi pour les mêmes crimes que son alter ego politique Radovan Karadzic, 66 ans, jugé à La Haye depuis octobre 2009.

Chasser musulmans et Croates

Les deux hommes ont été des personnages-clés, selon l'accusation, d'une «entreprise criminelle commune» dont le but était de chasser à jamais les musulmans et Croates de Bosnie du territoire revendiqué par les Serbes en Bosnie-Herzégovine.

Dermot Groome a décrit comment la «situation était devenue plus volatile» peu de temps avant le début de la guerre de Bosnie, comment «le feu et les peurs de la population ont été ravivés» par la rhétorique de politiciens comme Radovan Karadzic.

Ratko Mladic, qui plaide non coupable et encourt la prison à vie, doit notamment répondre du massacre de Srebrenica en juillet 1995, lors duquel près de 8000 hommes et garçons musulmans avaient été tués par les forces serbes de Bosnie, le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Une vingtaine de mères et veuves d'hommes et garçons tués à Srebrenica ont fait le déplacement à La Haye et se sont rassemblées devant le TPIY peu avant le début de l'audience, qualifiant M. Mladic de «boucher» et de «mal incarné». Ratko Mladic est également poursuivi pour son rôle dans le siège de Sarajevo, au cours duquel 10'000 civils avaient été tués.

«Sarajevo était un modèle de diversité, (...) une ville cosmopolite», a assuré M. Groome: «ils ont voulu détruire cela, séparer la ville en deux, avec les Serbes d'un côté et les non- Serbes de l'autre».

(ap/afp)