Musulmans en France

07 avril 2012 12:10; Act: 07.04.2012 12:40 Print

«Vous êtes au ban de la société et vous y restez»

La 29e Rencontre annuelle des organisations islamiques de France (UOIF) se tient au parc du Bourget, à Paris.

Sur ce sujet
Une faute?

«Quand vous êtes au ban de la société vous y restez»: à la 29e Rencontre annuelle des organisations islamiques de France (UOIF), Saïda exprime l'amerture des sympathisants de cette organisation proche des Frères musulmans, critiquée par les politiques.

«C'est à croire qu'il y a un Mohamed Merah, un tueur en scooter, derrière chaque jeune des cités. Que les musulmans sont des tortionnaires d'animaux», s'indigne cette jeune femme de 25 ans, en référence à deux affaires récentes: l'échappée meurtrière d'un jeune Français d'origine algérienne qui a abattu sept personnes dont trois enfants juifs, et une polémique sur la viande halal (abattue selon le rite musulman).

Grand rassemblement

Au Parc des expositions du Bourget (au nord de Paris), où cette vieille fédération -- une des principales organisations islamiques de France, le pays d'Europe qui accueille la plus forte communauté musulmane (plus de 4 millions de membres) -- rassemble chaque année des dizaines de milliers de membres ou sympathisants, l'atmosphère reste familiale.

Même si la sécurité est de mise et malgré les avertissements du ministère de l'Intérieur qui a mis en garde contre tout dérapage haineux ou violation de la loi sur le voile intégral, dont le port est interdit en France.

Ramadan présent

Six orateurs invités par l'UOIF, dont le Qatari Youssef al-Qaradaoui, ont été déclarés persona non grata en France par les autorités, qui ont aussi regretté la présence du très influent et controversé intellectuel suisse d'origine égyptienne Tariq Ramadan.

Vendredi soir, à l'ouverture, de voile intégral, on n'en vit qu'un à l'intérieur de l'enceinte, espace privé, même si les stands de vêtements pour dames déployaient d'austères tenues noires.

Pas seulement, toutefois. Dans cet immense souk, quelques robes froufroutantes jouxtaient les librairies d'ouvrages pieux, à deux travées de vendeurs de savons d'Alep, de miel, de ballons de foot ou d'épices à couscous.

Mais entre flâneries et soirée culturelle, la sérénité et la convivialité affichées ne trompent pas.

A la conférence de presse d'ouverture, le président de l'UOIF Ahmed Jaballah a exprimé sa «surprise» face à la mise en garde du président Nicolas Sarkozy contre «les porteurs d'appels à la violence, à la haine et à l'antisémitisme» qui pourraient selon lui s'exprimer d'ici à lundi.

Tragédie de Toulouse

«Il y a toujours une crainte qu'à chaque élection, l'islam et les musulmans ne deviennent un thème dans la campagne électorale.

Malheureusement, il y a eu la tragédie de Toulouse (tueries de Mohamed Merah) qui a fait qu'une fois de plus l'islam et les musulmans se sont installés au coeur de la campagne», dit-il, à quinze jours du scrutin présidentiel.

Image renvoyée

Pour Saïda, doctorante en sciences politiques, «on nous renvoie une image d'étrangers, de personnes au ban de la société, coupables de choses qu'elles n'ont pas faites».

Au pavillon de la jeunesse, Pleks, 29 ans, artiste «graffeur», demande de ne «pas mélanger la politique et la religion».«Je peux vous parler de mes valeurs religieuses qui sont le partage, la tolérance, mais ce n'est pas ce qui est montré à la télévision», ajoute-t-il.

Citoyen de seconde zone

Ghofran, juriste de 23 ans, juge «blessant et humiliant d'être considéré comme un citoyen de seconde zone, ou dont on doit se méfier. Peut-être aussi les voix des musulmans ne sont-elles pas rentables en termes de comptage électoral. On ne séduit pas les musulmans, comme on pourrait séduire d'autres communautés».

Karim, 23 ans, étudiant en Irlande, met aussi le «malaise» sur le compte de la campagne: «Il faut croire que c'est rentable de taper sur les musulmans, puisque certains candidats le font. Merah était un criminel, mais il n'était pas toute la communauté musulmane».

(afp)