Egypte

26 mai 2011 06:34; Act: 26.05.2011 07:02 Print

Déluge de procès pour corruption depuis la crise

Depuis le départ du président Hosni Moubarak, l'Egypte doit faire face à une pléthore de procès pour corruption.

Voir le diaporama en grand »
20.06 L'ancien président égyptien a été déclaré cliniquement mort, mardi soir. Quelques heures après, des officiels égyptiens ont assuré qu'il se trouvait dans le coma à l'hôpital militaire de Maadi, un quartier chic du sud du Caire. 19.06 L'ancien président égyptien Hosni Moubarak est dans un état de mort cérébrale, a indiqué mardi soir l'agence officielle Mena. Quelques heures auparavant, l'ancien raïs avait subi une défibrillation après une crise cardiaque et une attaque cérébrale. 17.01 Les plaidoiries de la défense ont commencé mardi. Elles dureront cinq jours. 05.01 Le procureur en charge du procès de l'ex dictateur Hosni Moubarak a requis jeudi la peine capitale contre l'ancien homme fort de l'Egypte. 02.06 Il a été interné dans l'aile médicalisée de la prison de Tora depuis qu'une peine de réclusion à perpétuité a été prononcée contre lui le 2 juin pour son rôle dans la mort de centaines de manifestants. 04.01 Après un nouvel ajournement, une audience a eu lieu. Le procureur estime avoir des preuves de l'implication d'Hosni Moubarak dans le meurtre de manifestants. 30.10 La reprise du procès a été reportée au 28 décembre. 03.08 Hosni Mouibarak a assisté à son procès sur une civière dans le box des accusés. L'ex-président égyptien Hosni Moubarak, accusé de corruption et d'être impliqué dans le meurtre de manifestants, a plaidé non coupable mercredi matin devant le tribunal pénal du Caire. Durant trente ans, Hosni Moubarak a régné d'une main de fer sur l'Egypte. Moubarak (à gauche) a succédé à Anouar el-Sadate (à droite), après la mort de ce dernier en octobre 1981. Le 14 octobre 1981, le nouveau président Hosni Moubarak a prêté serment au Parlement égyptien du Caire. Moubarak était un partenaire important pour les USA (le président Bill Clinton au centre) et Israël (Yitzhak Rabin à gauche), pour la paix au Proche-Orient. Moubarak (à droite) serre la main du leader palestinien Yasser Arafat, lors d'une rencontre à la Maison-Blanche en septembre 1995. Moubarak avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi en octobre 1989, alors que les relations entre l'Egypte et le monde arabe sont perturbées par le traité de Camp David. Rencontre avec le dictateur irakien Saddam Hussein en mars 1985. A gauche se trouve le roi Hussein de Jordanie. Moubarak a côtoyé beaucoup de présidents américains. Il pose ici devant Ronald Reagan à Washington, en février 1982. Avec George Bush en 1989. Avec George W. Bush en 2003. Rencontre avec Barack Obama en 2010.

Sur ce sujet
Une faute?

Les procès pour corruption se multiplient en Egypte depuis la chute d'Hosni Moubarak en février. De simples citoyens réclament justice après des décennies d'un système autocratique qui favorisait une élite.

«Les barrières sont tombées», résume un avocat du parquet du Caire. «Les gens n'ont plus peur de rien. Ils savent que désormais nul n'est intouchable».

Résultat, un déluge d'enquêtes pour corruption, dont les Egyptiens de la rue se félicitent mais qui irrite les milieux de la finance, qui craignent qu'une «chasse aux sorcières» généralisée ne nuise au climat des affaires et à la reprise économique.

Les nouvelles autorités ont d'ores et déjà incarcéré un ancien ministre de l'Intérieur pour corruption et ordonné que Hosni Moubarak et ses deux fils soient jugés pour le meurtre de manifestants et pour corruption. La justice enquête en outre sur plusieurs anciens chefs de gouvernement et ex-ministres. Chaque jour, de nouvelles plaintes sont déposées.

Contradiction

Les militaires au pouvoir en Egypte depuis la chute de Moubarak sont confrontés à des exigences en contradiction les unes avec les autres. Les contestataires souhaitent que l'on en finisse avec le système de copinage généralisé mais les investisseurs redoutent toute mesure qui dissuaderait les tractations, aussi honnêtes soient- elles.

«Il y a, sur un plan politique, un besoin de justice, mais aussi un besoin de préserver de bonnes relations avec le monde des affaires afin que l'économie se maintienne», résume Gamal Soltan, du Centre Al Ahram d'études politiques et stratégiques.

Une bonne partie des banquiers et des courtiers, ébranlés par les mauvais chiffres de la croissance et de l'inflation, ont entrepris de demander à l'Etat d'intervenir et de protéger les cadres dirigeants qui disent avoir conclu de bonne foi des contrats avec le gouvernement en place sous Moubarak.

Wasta

Les milieux réformistes craignent pour leur part que les anciens cercles dirigeants ne profitent des déboires économiques actuels pour faire barrage aux aspirations au changement et empêcher que l'on ne fouille dans leur passé.

La «révolution du Nil», en janvier et février, a libéré des années de colère contenue parmi la population, qui, pendant longtemps, a vu l'élite du pays accaparer les richesses.

Certains résument cette situation par le mot arabe «wasta», qui mêle les notions de népotisme, d'influence et de réseau. Avoir de la «wasta» permettait d'accéder au pouvoir et aux richesses sans être inquiété par la justice.

Lors du soulèvement populaire du début de l'année, les contestataires ont laissé libre court à leur haine de ce système en incendiant des bâtiments commerciaux appartenant à des hommes d'affaires, comme le magnat de l'acier Ahmed Ezz, membre éminent du Parti national démocrate, la formation de Moubarak, aujourd'hui dissoute.

Et Chameta

Ezz, qui rejette les accusations portées contre lui, est actuellement derrière les barreaux. Nombre d'Egyptiens ont été sidérés de voir un homme connu pour ses costumes italiens chic être incarcéré. D'autres, naguère intouchables comme lui, se retrouvent désormais dans la même situation.

Pour décrire le climat ambiant, le monde des affaires a mis au goût du jour un autre terme arabe, «chameta» - ou jubilation face au malheur d'autrui. Selon certains avocats, l'augmentation du nombre d'accusations de corruption semble motivée davantage par la jalousie que par des délits réels.

«Notre problème, c'est qu'un grand nombre de ces accusations sont dénuées de fondement. C'est tout simplement la traduction de haines en poursuites judiciaires», estime un juriste au parquet, sous le sceau de l'anonymat.

Les avocats passent parfois la nuit au bureau pour compiler les quelque 70 plaintes reçues chaque jour, dit-il. Avant la révolution, il était rare qu'ils en reçoivent plus de dix par jour.

(ats)