Heurts au Caire

02 février 2011 19:27; Act: 02.02.2011 23:55 Print

La bataille de la place Tahrir vue de l'intérieur

Les premières violences entre partisans de Moubarak et manifestants réclamant son départ ont éclaté mercredi. On compte au moins un mort et 600 blessés.

Le résumé de la journée de mercredi par la télévision russe RT.

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Symbolique. La place Tahrir au Caire, coeur de la contestation contre le président égyptien depuis neuf jours, s'est transformée mercredi en champ de bataille entre pro et anti Hosni Moubarak faisant au moins un mort et des centaines de blessés.
L'opposition a appelé à de nouvelles manifestations massives vendredi.

La place Tahrir (place de la libération), immense esplanade dans le centre du Caire, est depuis le 25 janvier le point de ralliement des manifestants anti-Moubarak, qui y campent par milliers chaque nuit malgré le couvre-feu. Mercredi matin, des milliers de partisans du chef de l'Etat sont arrivés aux abords de la place, dont les accès sont gardés par des chars de l'armée. Après des heures de tensions, ils ont attaqué, sans relâche. Les heurts ont été d'une extrême violence, à coups de pierres, de bâtons, de barres de fer et parfois de couteaux. Un enfant d'une dizaine d'années, touché à la tête, a été évacué inconscient. Par endroits, les partisans du président ont chargé, montés sur des chevaux ou des chameaux, mais ils ont été repoussés. Certains, jetés à bas, ont été battus jusqu'au sang. Ils ont aussi jeté des blocs de pierre depuis des toits et des balcons d'immeubles surplombant la place.

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Les partisans de Moubarak chargent à dos de cheval ou de chameau.

Vue aérienne au même moment

La bataille a aussi gagné les abords du Musée égyptien, qui abrite des trésors inestimables de l'Antiquité pharaonique. Les soldats ont formé une chaîne pour protéger l'établissement, mais en fin d'après-midi, deux cocktails Molotov ont atterri dans la cour du musée. A l'exception de tirs de semonce en début d'après-midi, les militaires ne se sont pas interposés, tentant plutôt de s'abriter.

Un peu plus loin, depuis les toits des immeubles entourant la place, des pro-Moubarak lançaient des briques et des bombes incendiaires, tandis qu'en contrebas, les blessés, dont certains avaient le visage ensanglanté, étaient transportés dans un poste de secours de fortune, installé dans une mosquée voisine. Dans le chaos ambiant, les médecins s'affairaient pour venir en aide aux victimes.

A la nuit tombée, des gaz lacrymogènes ont été tirés contre les manifestants, mais leur origine n'était pas claire. Selon l'opposition, des policiers en civil se trouvaient parmi les pro-Moubarak, une information démentie par le ministère de l'Intérieur. «Ce qu'on voit devant nous n'est jamais arrivé auparavant. Des accrochages entre Egyptiens, c'est la guerre civile», a déploré Mohamed Sayed Mostafa, 26 ans. «L'armée a échoué dans son engagement à protéger les manifestants pacifiques. Le fait qu'une telle violence puisse continuer alors qu'ils se trouvent sur place pose la question de savoir s'ils ont reçu l'ordre de ne pas intervenir», a dénoncé Amnesty International.


Les cocktails molotov pleuvent, le Musée du Caire aurait été touché



Des journalistes ont été pris à partie, ici le correspondant de CNN


Dans un discours mardi soir à la télévision, M. Moubarak, au pouvoir depuis près de 30 ans, a annoncé qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat lors de l'élection présidentielle en septembre.

Des centaines de personnes ont défilé mercredi dans plusieurs villes pour dire leur satisfaction après ce discours. «Maintenant, il faut le laisser tranquille, qu'il finisse son mandat. L'ex-gouvernement était composé de voleurs. Il sont partis, c'est bien», a déclaré Nadia Youssef Abdallah, 60 ans, à Suez (est).

Mais beaucoup n'étaient pas du même avis. Les Frères musulmans, principale force d'opposition, ont rejeté «toutes les mesures partielles proposées» par le président et refusé qu'il reste en poste jusqu'en septembre.

Le mouvement de contestation a appelé à une nouvelle manifestation massive vendredi, baptisée «vendredi du départ», dans laquelle elle entend réunir comme mardi plus d'un million de personnes.

L'accès à internet a été partiellement rétabli en milieu de journée, après plus de cinq jours de coupure. Et le couvre-feu en vigueur depuis vendredi au Caire ainsi qu'à Alexandrie (nord) et à Suez (est) a été allégé.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a jugé «inacceptables les attaques contre des manifestants pacifiques» et appelé à une «transition dans l'ordre et le calme». La Maison Blanche a appelé «à la retenue» et condamné les violences contre «les manifestants pacifiques».

Selon un bilan non confirmé de l'ONU, les heurts de la première semaine de contestation ont fait au moins 300 morts, et des milliers de blessés.

Les Etats-Unis ont aussi exprimé leurs inquiétudes pour les médias. La chaîne Al-Jazira est interdite depuis dimanche en Egypte. Le journaliste belge Serge Dumont a été molesté et arrêté mercredi alors qu'il couvrait une manifestation au Caire. Et trois journalistes israéliens, arrêtés pour ne pas avoir respecté le couvre-feu, ont été libérés mercredi.

(ats/ap)