Manifestation en Algérie

13 février 2011 21:06; Act: 13.02.2011 21:06 Print

La «marche d'Alger» bloquée par la police

Quelque 2000 personnes ont tenté de marcher à l'appel de l'opposition pour «changer le système» mais ont été bloquées par la police qui a procédée à des interpellations musclées.

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La marche de l'opposition en Algérie pour un changement du système politique s'est heurtée samedi à un formidable dispositif de sécurité. Mais elle s'inscrit dans un contexte régional de soif de démocratie qui a déjà vaincu les régimes jusque- là immuables d'Egypte et de Tunisie et en menace d'autres.

Hasard de l'Histoire, cette manifestation annoncée le 21 janvier lors de la création d'un large mouvement d'opposition, la Coordination nationale pour la démocratie et le changement (CNCD), s'est tenue au lendemain de la chute du président égyptien Hosni Moubarak après 29 ans de pouvoir sans partage.

Et si le mouvement à Alger, le plus important dans le pays, n'a rassemblé que quelques centaines de manifestants, il n'en a pas moins été historique, a relevé la presse: «C'est parti pour le changement», titrait le quotidien libéral «Liberté».

Le quotidien gouvernemental «El Moudjahid» a consacré - comme il ne le fait jamais pour la contestation -, sa Une à l'évènement mais pour le qualifier de «manifestation à faible écho».


Nouvelle marche le 19 février

La marche prévue sur environ 4 km dans le centre ville n'a pu avoir lieu, tout comme une première manifestation du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) le 22 janvier à Alger, en raison d'un interdit datant de 2001. Les contestataires ont été bloqués par quelque 30'000 policiers déployés pour l'occasion dans la capitale.

Mais «ce n'est qu'un début», a assuré Fodil Boumala, l'un des fondateurs de la CNCD née dans la foulée de revendications exponentielles.

Ainsi, la CNCD a sans attendre décidé d'organiser une nouvelle marche à Alger samedi prochain, le 19 février, a-t-elle annoncé dimanche en fin de journée. Tout comme certains syndicalistes et le RCD, elle a en outre appelé à manifester chaque samedi, jusqu'à ce que le gouvermement démissionne.

Dimanche, le département d'Etat américain a appelé «les forces de sécurité à la retenue» face aux manifestants. Il a également appelé aux respects des droits de l'homme dans le pays.


Depuis des mois

Depuis des mois, de petites manifestations et émeutes émaillent l'Algérie, pays richissime en hydrocarbures et aux réserves bancaires évaluées officiellement à 155 milliards de dollars.

Les lycéens réfutent un programme scolaire trop chargé, les universitaires un enseignement inadapté à l'évolution technologique et des milliers de familles crient leur mal-logement. Les jeunes réclament eux du travail car, diplômés ou non, plus de 20% d'entre eux sont chômeurs, tandis que les employés veulent des augmentations pour faire face à la flambée des prix.

Dans ce concert d'exigences, les policiers - quelque 160'0000 hommes et femmes - ont été augmentés début février de 50% avec effet rétro-actif au 1er janvier 2008.

Cette mesure avait été annoncée fin décembre, à quelques jours des émeutes de janvier qui ont fait cinq morts, plus de 800 blessés, des dommages importants et des centaines d'arrestations. Ces émeutes de cinq jours ont cessé dès l'annonce gouvernementale de mesures pour juguler la flambée des prix des produits de première nécessité.


Etat d'urgence

Le 3 février, à huit jours de la manifestation de samedi, dont l'un des slogans était la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis 19 ans, un communiqué du conseil des ministres annonçait son abandon prochain et une série de mesures de libéralisation décidées par le président Abdelaziz Bouteflika.

Pour la première fois, ce dernier s'exprimait sur les émeutes, évoquant des «dépassements regrettables» et s'inclinait à la mémoire des victimes. L'appel à manifester le 12 février a été maintenu, mais nombre d'organisations ou partis avaient décidé de ne pas s'y joindre.

Les contestataires insistent plus sur le «changement de système» que sur le départ du président Bouteflika, au pouvoir depuis 12 ans. Le pays est gouverné depuis l'indépendance en 1962 par un régime largement soutenu par les militaires malgré de timides ouvertures à une démocratisation.

Et les Algériens restent par-dessus tout traumatisés par plus de dix ans de violences islamiques qui ont fait plus de 150.000 morts. Mais, comme le souligne au quotidien «Algérie News» le président d'honneur de la Ligue algérienne des droits de l'Homme Abdenour Ali- Yahia, «les Algériens renouent progressivement avec les actions de revendication pacifique».

(ats)