Depuis la chute de Kadhafi

13 décembre 2011 19:58; Act: 13.12.2011 20:00 Print

Le CNT face à des critiques inédites

Après plusieurs mois d'une union sacrée, les nouvelles autorités libyennes vont devoir faire face à la pression de la rue et à des critiques inédites depuis la chute du régime de Kadhafi.

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Lundi et mardi, des centaines de manifestants ont pour la première fois dénoncé le Conseil national de transition (CNT) à Benghazi (est).

Certains d'entre eux sont allés jusqu'à brûler des images de Moustapha Abdeljalil, le chef du CNT, un ancien ministre de Kadhafi propulsé à la tête du pays à la faveur de la révolution et qui jouit d'une grande popularité. Les protestataires se sont dits excédés par «l'opacité» du CNT, formé fin février pour représenter l'opposition, mais dont la liste des membres, qui seraient au nombre d'une cinquantaine, n'a toujours pas été rendue publique.

Les manifestants exigent que cette liste ainsi que la situation financière des membres du CNT soient publiées, que les réunions importantes du Conseil soient publiques et que les décisions adoptées figurent au journal officiel. M. Abdeljalil a très vite réagi lundi pour tenter de calmer les esprits.

«Le CNT va activer son site internet, donner la liste de ses membres, publier leurs C.V. et va rendre publiques toutes ses activités», a-t-il promis lors d'une conférence de presse à Tripoli, en demandant à ses compatriotes d'être patients.


«Manque de transparence»

Le CNT s'est ensuite engagé à faire de Benghazi, la deuxième ville du pays marginalisée sous l'ancien régime, «la capitale économique de la Libye» et à y délocaliser les ministères liés à l'activité économique. L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) s'était déjà dite dimanche préoccupée par «le manque de transparence» du CNT.

«Nous ne savons pas quand ils se réunissent, de quoi ils parlent et certaines des nouvelles lois ne sont pas accessibles au public», avait déclaré Fred Abrahams, de HRW, en prenant en exemple la loi sur la justice transitionnelle. «Personne ne sait où elle est. Un membre du CNT dira qu'elle a été adoptée, un autre non», avait-il assuré, en jugeant la situation «inacceptable» même si «le CNT ne le fait pas exprès».

Les critiques viennent aujourd'hui de l'intérieur-même du Conseil. «Le CNT a lui-même conduit la rue à cette situation», estime ainsi Fathi Baja, chargé des affaires politiques au sein du Conseil. M. Baja a jugé que les nouveaux dirigeants étaient coupés du peuple et a critiqué l'absence des jeunes et des femmes des instances dirigeantes.

«Nous ne voulons pas aujourd'hui de vide politique mais franchement, le Conseil doit se donner une échéance pour décider: soit il applique les revendications de la rue, soit il pense sérieusement à présenter sa démission», a-t-il dit.


«Marginalisation»

Avant ces manifestations, le CNT a dû faire face à une foule de revendications sociales et politiques. Vendredi, un petit groupe de femmes a manifesté sur la place des Martyrs de Tripoli pour réclamer une plus grande représentation dans la vie politique.

«Notre société est conservatrice et patriarcale, il faut que les nouvelles autorités garantissent nos droits dans la Constitution», a affirmé Farida al-Zoni, qui estime que les femmes sont sous- représentées au gouvernement - seules deux femmes ont reçu des portefeuilles ministériels.

Il y a quelques semaines, des Amazighs ont également donné de la voix contre leur «marginalisation» dans le nouveau gouvernement de transition. Les nouvelles autorités sont aussi critiquées pour la lenteur de la reconstitution de la police et de l'armée, sans lesquelles les milices ayant combattu les forces pro-Kadhafi et ayant largement pris en main la sécurité du pays ne pourront pas être désarmées.

(ats)