Pro vs anti-Moubarak

02 février 2011 13:46; Act: 02.02.2011 19:50 Print

Des tirs, du sang et des barricades au Caire

De violents heurts, faisant un mort et des centaines de blessés ont éclaté mercredi au Caire entre des milliers de partisans de Moubarak et des manifestants réclamant son départ.

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L'annonce mardi soir par le «raïs» qu'il ne briguerait pas un sixième mandat présidentiel en septembre, mais voulait garder les rênes du pouvoir jusque-là pour assurer la transition n'a pas suffi à désarmer les manifestants.

Environ 1500 partisans de l'opposition, moins que les jours précédents, se sont rassemblés dès le matin dans le centre de la capitale, sur la place Tahrir (Libération), malgré l'appel de l'armée à la fin des manifestations.

La tension a franchi une nouvelle étape avec l'entrée en scène des partisans du président. Montés sur des chevaux et des chameaux, armés de fouets, de bâtons et de pierres, une cinquantaine d'entre eux ont chargé en milieu de journée les manifestants antigouvernementaux sur la place Tahrir.

Selon la chaîne de télévision Al Jazira, des soldats ont tiré en l'air pour tenter de disperser les groupes rivaux, mais l'armée a démenti cette information. Un journaliste a vu des hommes en civil tirer en l'air. Des cocktails Molotov ont été lancés et ont provoqué des débuts d'incendie.

Appel d'ElBaradeï

Un homme est mort et 350 personnes ont été blessées, selon un bilan du ministère égyptien de la Santé, cité par la télévision publique. De sources médicales, on parle de 400 blessés.

Sous la pression de leurs adversaires, de nombreux opposants ont fui cette place de la Libération, leur lieu de rassemblement emblématique depuis le 25 janvier. Certains affirment que des policiers en civil étaient mêlés aux partisans de M. Moubarak, ce qu'a démenti le ministère de l'Intérieur.

L'opposant et ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradeï a souhaité que l'armée sorte de sa neutralité. Il a dit s'attendre à ce qu'elle intervienne «dans la journée» pour «protéger les Egyptiens», selon Al Jazira. Il espère toujours que M. Moubarak s'en ira «avant vendredi», jour de grande prière où l'opposition veut organiser des rassemblements massifs.

Couvre-feu allégé

Le couvre-feu a été allégé et court désormais de cinq heures du soir à sept heures du matin, au lieu de trois heures de l'après-midi à huit heures du matin. Internet a commencé à être rétabli au Caire et dans d'autres villes comme Alexandrie.

Malgré ces mesures d'apaisement, l'opposition continue à exiger le départ immédiat de Hosni Moubarak. Elle a redit qu'elle ne voulait dialoguer qu'avec le vice-président Omar Souleimane.

Mardi, des manifestations pacifiques ont rassemblé plus d'un million de personnes à travers le pays. Cette journée de mobilisation a confirmé l'ampleur d'un mouvement qui ne cesse de se renforcer. En une semaine, les manifestations avaient fait 300 morts et plus de 3000 blessés, selon l'ONU.

Bientôt lâché par l'Ouest?

Les appels se sont multipliés à travers le monde, venant notamment des Etats-Unis, d'Europe et de Turquie, pour inciter le président égyptien à lancer sans attendre le processus de transition politique afin d'éviter de nouvelles violences et de garantir la stabilité du pays.

Les capitales occidentales semblent prêtes à lâcher M. Moubarak, sans toutefois exiger son départ immédiat. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a rejeté ces appels qui ne peuvent, selon lui, qu'»envenimer la situation».

Le président américain Barack Obama est intervenu directement dans la crise, estimant que le changement politique devait débuter immédiatement en Egypte. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est dit «profondément préoccupé» par la violence en Egypte. Il a jugé inacceptables les attaques contre des manifestants pacifiques et a appelé toutes les parties à la retenue.

(reuters/ats/afp)