Syrie

06 juin 2011 23:56; Act: 07.06.2011 00:04 Print

120 policiers tués au nord-ouest

Les autorités syriennes ont accusé lundi «des groupes armés» non identifiés d'être à l'origine de combats qui ont coûté la vie à 120 policiers dans le nord-ouest du pays.

Une faute?

Damas promet de ne pas rester «les bras croisés» face à ce que des militants qualifient de mutinerie.

Damas a régulièrement pointé des «groupes terroristes» et des «étrangers» depuis le début des manifestations contre le régime de Bachar al-Assad, le 15 mars.

Ratissée par l'armée depuis samedi, la ville de Jisr al-Choughour (nord-ouest) a été le théâtre lundi de violents affrontements entre policiers d'un côté, et «groupes armés» de l'autre, a affirmé la télévision officielle. Celle-ci a fait état de 120 agents tués, dont 80 au QG de la Sécurité.

«Les groupes armés commettent un véritable massacre. Ils ont mutilé les cadavres et jeté d'autres dans (le fleuve) Oronte», a indiqué la chaîne, parlant d'édifices gouvernementaux brûlés dans cette localité du gouvernorat d'Idleb, à 330 km au nord de Damas. La télévision a auparavant décrit une «embuscade» qui a coûté la vie à 20 policiers et une explosion dans le bâtiment de la Poste ayant fait huit morts dans les rangs des forces de l'ordre.

Boucliers humains?

Des «bandes» «munies d'armes de moyen calibre et de grenades» ont «utilisé les habitants comme des boucliers humains», a dit la chaîne. «Les policiers et les agents de sécurité font face à des centaines d'hommes armés. Ils ont réussi à (libérer) un des quartiers contrôlés par les hommes armés», a affirmé en outre la télévision.

Le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, a averti à la télévision que «l'Etat agira avec fermeté, avec force et conformément à la loi et il ne restera pas les bras croisés face aux attaques armées qui portent atteinte à la sécurité de la patrie». Interrogés, des militants ont fait état d'une «mutinerie» dans les rangs des forces de sécurité de la ville.

Des «tirs suivis d'une explosion ont été entendus dans le quartier général de la Sûreté militaire, apparemment à la suite d'une mutinerie», a indiqué un militant, précisant que tout avait commencé dimanche après la mort de dix manifestants tués par des tirs de «snipers» des services de sécurité.

Les manifestants se sont alors rassemblés autour du QG de la Sûreté militaire. «Des tirs et ensuite une explosion ont eu lieu à l'intérireur», a-t-il affirmé.

Les habitants fuient

S'agissant de l'explosion à la Poste, il a affirmé que «des hommes armés du régime avaient tiré avant hier (samedi) sur des manifestants qui venaient de participer aux funérailles d'une personne tuée dans la ville». «Plus de 10 hommes armés sont sortis de la Poste et on tiré sur la foule, tuant 9 personnes», selon lui. «De nombreux habitants ont fui la ville».

«Je pense qu'ils ont exécuté des policiers qui ont refusé de tirer sur les manifestants». «Il y a eu une mutinerie au sein des services de sécurité», a indiqué un autre militant faisant état lui aussi de tirs dimanche dans le QG de la Sûreté militaire.

Jisr al-Choughour est le théâtre depuis samedi de combats violents entre forces de l'ordre et manifestants, avec 35 personnes - 27 civils et 8 agents des forces de l'ordre - tuées dimanche dans cette localité et les villages voisins, selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel-Rahmane, basé à Londres.


Ces affrontements - que les médias étrangers ne peuvent pas couvrir directement en raison des restrictions imposées par Damas - ont lieu alors que Damas a annoncé dimanche la création d'une commission chargée d'élaborer un projet de loi sur les partis politiques, selon l'agence officielle Sana. Le multipartisme est une revendication essentielle des opposants qui veulent la fin de l'hégémonie du parti Baas, au pouvoir depuis 1963.

Amnesty International a jugé «impératif que le Conseil de sécurité de l'ONU, qui a été très silencieux sur ce sujet, vote une condamnation des massacres», l'exhortant à porter l'affaire devant la Cour pénale internationale. Selon des organisations de défense des droits de l'Homme, plus de 1100 civils ont été tués depuis le début du mouvement.

(ats)