Révolte en Egypte

04 février 2011 23:50; Act: 05.02.2011 00:06 Print

Pour Obama, Moubarak ferait mieux de partir

Le président américain Barack Obama a laissé entendre vendredi que son homologue égyptien Hosni Moubarak devrait quitter immédiatement le pouvoir, sans toutefois l'appeler explicitement à la démission.

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Le chef de l'Etat égyptien «doit prêter attention à ce que réclament les gens et prendre une décision ordonnée, constructive et sérieuse», a dit M. Obama au cours d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre canadien Stephen Harper à Washington.

«Je pense que le président Moubarak se soucie de son pays. Il est fier, mais c'est aussi un patriote», a ajouté le président américain, en suggérant, sans le demander clairement, le départ du président contesté depuis 11 jours par une révolte populaire sans précédent qui réclame son départ immédiat.

Le président américain avait appelé mardi M. Moubarak à entamer une transition du pouvoir immédiate à la tête de l'un des alliés les plus cruciaux des Etats-Unis au Moyen-Orient, après que le dirigeant égyptien eut promis de partir, mais pas avant la présidentielle de septembre.

Les déclarations de M. Obama vendredi, même mâtinées d'assurances selon lesquelles les Etats-Unis ne veulent pas imposer aux Egyptiens leur futur système de gouvernement, semblent confirmer que son administration perd patience face au dirigeant et cherche à le voir s'effacer le plus vite possible.

Gouvernement de transition

Le New York Times a rapporté jeudi que Washington discutait avec des responsables égyptiens des modalités d'un départ immédiat du président Moubarak et du transfert du pouvoir à un gouvernement de transition dirigé par le vice-président Omar Souleimane.

La Maison Blanche a ensuite nié qu'il existe «un plan négocié avec les Egyptiens» sans toutefois démentir sur le fond les informations du journal qui avait évoqué des contacts directs entre le Pentagone et la puissante armée égyptienne sur l'avenir du pays, au grand dam de M. Moubarak.

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, s'est d'ailleurs entretenu vendredi par téléphone pour la quatrième fois depuis le début de la crise avec son homologue égyptien Mohamed Hussein Tantaoui, qui s'était rendu dans la journée place Tahrir au Caire, foyer de la contestation, à la rencontre des manifestants.

Washington n'a cessé d'appeler les autorités égyptiennes à la retenue à l'endroit des contestataires et de saluer l'attitude de l'armée.

S'exprimant peu avant M. Obama, son porte-parole Robert Gibbs avait estimé que la transition en Egypte n'était pas assez rapide. Le président a par ailleurs vigoureusement dénoncé le recours à la violence, que ce soit à l'encontre des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme ou des manifestants, les qualifiant d'«inacceptables».

Mise en garde

M. Obama, qui s'est entretenu à deux reprises au téléphone avec son homologue depuis le début de la crise, a indiqué l'avoir mis en garde contre les «vieilles méthodes», alors que les violences ont fait au moins huit morts et 800 blessés.

«La répression ne fonctionnera pas, le recours à la violence ne fonctionnera pas», a-t-il indiqué, à l'issue d'une journée qui aura vu des centaines de milliers d'Egyptiens descendre dans la rue pour ce qui avait été baptisé «vendredi du départ» espéré de M. Moubarak.

Ce dernier avait dit jeudi vouloir partir, mais assuré que son pays serait plongé dans le chaos s'il quittait abruptement le pouvoir.

M. Gibbs a rejeté vendredi cet argument.

«Il existe des mesures concrètes qu'il peut prendre et que le vice-président (Souleimane) peut prendre afin de progresser vers un vrai changement qui pourrait réduire l'instabilité et faire en sorte que (le pays) ne plonge pas dans le chaos qu'il décrit», a-t-il jugé.

(afp)