Contestation arabe

25 février 2011 18:47; Act: 25.02.2011 22:21 Print

«Colère» à Bagdad, Amman et à Tunis

La vague de contestation qui déferle sur le monde arabe a encore grossi vendredi.

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Les manifestations ont gagné l'Irak, jusqu'ici épargné, vendredi 25 février. (Photo: Reuters)

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La vague de contestation qui déferle sur le monde arabe a encore grossi vendredi: à Tunis, une marée humaine a réclamé le départ du gouvernement transitoire, alors que les Egyptiens formulaient la même exigence. En Irak et en Jordanie, des milliers de personnes ont exprimé leur «colère».

Des incidents ont conclu vendredi soir à Tunis la plus importante manifestation depuis la chute du président Ben Ali, où plus de 100.000 manifestants ont réclamé le départ du gouvernement de transition qui a annoncé la tenue d'»élections au plus tard mi- juillet».

En fin d'après-midi, des manifestants ont attaqué à coups de pierres le ministère de l'Intérieur, a déclaré une source dans ce ministère.

Les forces de sécurité «ont essayé de disperser les manifestants par des tirs de sommation et en tirant des grenades lacrymogènes, mais les manifestants se sont entêtés à essayer de pénétrer dans le siège du ministère», a précisé cette source. Des policiers ont procédé à de nombreuses arrestations.

«Élections au plus tard mi-juillet»

Le gouvernement transitoire en Tunisie a annoncé vendredi la tenue d'«élections au plus tard mi-juillet», selon un communiqué du conseil des ministres publié par l'agence officielle TAP, qui ne précise pas s'il s'agit d'un scrutin présidentiel ou législatif.

Le «gouvernement a examiné les échéances politiques et décidé que les consultations avec les différents groupes politiques »ne doivent pas dépasser la mi-mars« et que des élections seront organisées »au plus tard mi-juillet 2011", selon les termes du communiqué.

En Egypte, des milliers de personnes se sont rassemblés place Tahrir au Caire pour célébrer la «révolution» mais aussi réclamer un gouvernement de technocrates, quinze jours après le départ sous la pression populaire du président Hosni Moubarak. Plusieurs milliers de personnes se sont réunies dans une ambiance de fête sur cette place devenue le symbole de la révolte.

«Le gouvernement de Chafic est inféodé au régime corrompu», proclamait une pancarte, tandis que des manifestants exigeaient le départ du premier ministre Ahmad Chafic et de son gouvernement et leur remplacement par des technocrates.

Violences en Irak

De Kirkouk, dans le nord des l'Irak, à Bassorah, dans le Sud, des milliers d'Irakiens sont descendus dans les rues, à l'occasion d'une «journée de la colère», pour dénoncer la corruption et l'état déplorable des services de base dans le pays. Quinze manifestants ont été tués par balles.

Il y a eu cinq morts dans la ville septentrionale de Mossoul, à 350 km de Bagdad, deux à Hawija, dans la riche province pétrolière de Kirkouk, cinq à Tikrit et un à Samarra, dans le centre du pays, et un à Calar, une localité kurde dans la province de Diyala.

La majorité des organisateurs de ces manifestations ont insisté sur leurs seules revendications de «réformes». «Il ne s'agit pas de faire tomber le gouvernement», ont-ils souligné.

Les Jordaniens pour des réformes

Des milliers de personnes ont manifesté à Amman pour «des réformes constitutionnelles», soit le plus grand rassemblement dans la capitale depuis le déclenchement du mouvement de contestation en Jordanie en janvier.

«Toute la Jordanie veut des réformes constitutionnelles urgentes, un gouvernement parlementaire et un vrai parlement représentatif du peuple», a déclaré cheikh Hamzeh Mansour, chef du Front de l'action islamique (FAI) principal parti d'opposition et émanation des Frères musulmans. «Nous voulons des réformes, une vraie monarchie parlementaire», a indiqué de son côté un syndicaliste, Maissara Malass.

Le Yémen a aussi connu des marches massives voulues comme «le début de la fin» du régime du président Ali Abdallah Saleh. Deux défilés séparés ont dégénéré à Aden, au sud, ont fait un mort et une vingtaine de blessés. Les organisateurs ont affirmé avoir réuni 100'000 manifestants dans la capitale Sanaa et plusieurs centaines de milliers à Taez, également au sud du pays, et à Moukalla.

La chute de Saleh, «la seule solution»

L'imam Abdallah Saatar a affirmé dans son sermon à Sanaa que «la chute du régime était la seule sortie à la situation actuelle». «Pars, pars», ont scandé pour leur part les manifestants à l'intention du président Saleh.

Dans la petite île de Bahrein, des cortèges de manifestants ont envahi les rues de la capitale Manama, à l'appel de religieux chiites, et exigé de nouveau des réformes politiques dans le petit royaume, au douzième jour d'une contestation qui ne faiblit pas.

Cette forte mobilisation est intervenue alors que les Etats-Unis ont renouvelé leur soutien à la monarchie et au dialogue national proposé à l'opposition. Aucune estimation officielle de la mobilisation de vendredi, jour de prières, n'était disponible mais les voies conduisant à la place de la Perle, épicentre de la contestation, ont été bloquées par des dizaines de milliers de protestataires.

(ats/afp)