Heurts en Syrie

01 juin 2011 13:35; Act: 01.06.2011 14:16 Print

Ces sourires victimes de la révolution

Avec le jeune Hamzeh, 13 ans, trente enfants ont été tués par balles en Syrie lors de la répression des manifestations réclamant la chute du président Bachar al-Assad.

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«L'utilisation de balles réelles contre les manifestants a entraîné la mort d'au moins 30 enfants», a rapporté le fonds mondial pour l'enfance (Unicef) dans un communiqué, tout en reconnaissant son incapacité à vérifier les circonstances exactes de ces morts.

L'Unicef a rappelé l'existence de plusieurs informations faisant état d'un nombre croissant de petits Syriens blessés, détenus, déplacés, torturés voire tués lors de la répression des manifestations anti-gouvernementales.

«Nous appelons le gouvernement à enquêter minutieusement sur ces informations et à s'assurer que les auteurs de ces actes horribles soient identifiés et traduits devant la justice», a enjoint l'organisation.

Le cas Hamzeh al-Khatib

Samedi, les militants pro-démocratie en Syrie avaient dédié une page Facebook au jeune Hamzeh al-Khatib, un garçon de 13 ans «torturé et tué» selon eux par les forces de sécurité à Deraa (sud), où est né le mouvement de contestation contre le régime.

«Nous sommes tous Hamzeh», écrivent-ils sur la page qui lui est dédiée, «Nous allons sortir de chaque maison et chaque quartier pour exprimer notre colère, nous ne nous tairons pas».

Une photo du présumé jeune garçon est montrée sur la page avec la mention «le samedi du martyre de Hamzeh al-Khatib». Sous la photo, on affirme qu'il a «été tué sous la torture des gangs d'Assad».

Les journalistes étrangers sont interdits de circuler librement en Syrie, rendant difficile toute vérification des faits sur le terrain.

Selon les militants, le garçon avait décidé de prendre part aux manifestations après la mort de son cousin tué par la police. Il avait été arrêté le 29 avril par les forces du régime et sa famille n'avait plus eu de ses nouvelles jusqu'à la remise de sa dépouille mortelle le 25 mai.

Ces militants ont fait état de traces de torture sur son corps, en soutenant qu'il avait le cou brisé notamment. Le père du garçon, Ali al-Khatib, a été arrêté par les forces de sécurité qui pourraient le contraindre à faire de «faux aveux», selon eux.

Le militant Ammar Qourabi, de l'Organisation nationale de défense des droits de l'Homme, et le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, Rami Abdel Rahmane, ont confirmé la torture du garçon.

Enquête ordonnée

Le ministre syrien de l'Intérieur a ordonné mardi une enquête sur les circonstances de la mort de ce garçon.

Les médias officiels syriens qui avaient qualifié de «mensonges fabriqués» les accusations de torture, ont annoncé mercredi que le président Assad avait reçu les parents de l'adolescent.

Selon les organisations de défense des droits de l'Homme, plus de 1100 civils ont été tués et au moins 10'000 personnes ont été interpellées dans le pays depuis le début de la révolte, le 15 mars.

Human Rights Watch a fait état mercredi de «crimes contre l'humanité» commis dans la région de Deraa, dans un rapport intitulé «Nous n'avons jamais vu une telle horreur».

Selon elle, les quelque 50 témoignages recueillis décrivent des tueries systématiques, des passages à tabac, des tortures avec des électrochocs et la détention de personnes alors qu'elles nécessitaient des soins médicaux.

«Depuis plus de deux mois, les autorités syriennes tuent et torturent leurs propres concitoyens dans la plus grande impunité», a dénoncé Sarah Leah Whitson, responsable pour le Moyen-Orient de HRW.

Réunion à Antalya

Sur le plan politique, plus de 300 opposants, pour la majorité exilés, étaient réunis par ailleurs mercredi, et pour trois jours, à Antalya en Turquie pour constituer «une feuille de route» pour une transition démocratique et pacifique, selon les organisateurs.

Ces opposants ont jugé «insuffisante» et «tardive» l'amnistie générale, décrétée mardi par le président Bachar al-Assad, qui devrait s'étendre aux détenus politiques et de conscience, y compris les Frères musulmans, interdits en Syrie depuis les affrontements sanglants qui les avaient opposés au pouvoir au début des années 1980.

Même scepticisme en France concernant l'amnistie: le chef de la diplomatie, Alain Juppé, a dit «craindre qu'il ne soit trop tard». «Il y a eu au moins un millier de morts, peut-être plus, il faudra que le changement de cap des autorités syriennes soit beaucoup plus clair, plus ambitieux, plus audacieux qu'une simple amnistie», a-t-il ajouté.

Selon Bourhane Ghalioune, directeur du Centre des études arabes à la Sorbonne à Paris, cette amnistie «est un coup de bluff pour détourner l'attention de l'émergence d'une opposition organisée et pour parer aux pressions internationales» grandissantes.

Il s'agit selon lui d'une «mesure futile» -les personnes libérées pouvant à tout moment être arrêtées de nouveau- «si elle n'est pas accompagnée de dispositions pour régler la crise politique».

«Le pouvoir doit garantir la liberté d'expression, reconnaître la légitimité du mouvement de contestation» et «cesser le recours à la force», a-t-il ajouté.

Mardi, le pouvoir avait esquissé un autre signe d'ouverture en annonçant le début imminent d'un dialogue national avec l'opposition, tout en rejetant l'idée de revenir sur la prépondérance du parti Baas.

Dans le centre du pays, «le calme régnait mercredi à Talbisseh et à Rastan, deux villes de la région de Homs, contrôlées entièrement par les forces de sécurité et l'armée», envoyées pour réprimer la révolte, a indiqué un militant des droits de l'Homme.

Selon lui, deux civils ont été tués mardi par des tirs des forces syriennes à Rastan et trois autres dans la région de Deraa (sud).

(afp)