Asile

31 mars 2011 06:35; Act: 31.03.2011 08:00 Print

Berlusconi promet de vider Lampedusa

Silvio Berlusconi a promis mercredi de faire évacuer Lampedusa d'ici «48 à 60 heures». Près de 6000 migrants s'entassent depuis des jours sur cette petite île.

Une faute?

«D'ici 48 à 60 heures, Lampedusa sera habitée uniquement par des Lampedusains», a déclaré le chef du gouvernement italien, lors d'un discours improvisé devant la mairie, avant de détailler le plan gouvernemental. Sept navires «pour un total de 10'000 places» sont déjà à quai ou vont arriver sur cette minuscule île de 20 km2, pour transférer les migrants vers des centres d'accueil dans le sud de l'Italie.

Le Cavaliere a en outre promis qu'il y aurait désormais toujours un grand ferry présent à Lampedusa pour permettre l'évacuation d'éventuels nouveaux immigrés si ces derniers arrivaient en grand nombre.

Une centaine de nouveaux migrants ont débarqué d'une embarcation dans la matinée et selon le président de région, Raffaele Lombardo cinq autres sont attendues à Lampedusa.


Conditions insupportables

Ces derniers jours, la cohabitation entre les 6000 immigrés et les 5000 habitants y était devenue «insupportable», selon Laura Boldrini, la porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) en Italie.

Sur le quai de la gare maritime, où étaient massés les milliers d'immigrés, l'odeur est pestilentielle: seuls trois WC chimiques pourvoyaient aux besoins des milliers d'immigrés, contraints d'uriner et déféquer en plein air, sans possibilité de se laver.

Béchir, un Tunisien de 21 ans, veut quitter au plus vite Lampedusa. Il a quitté son pays «parce qu'il n'y a pas de travail en Tunisie» et rêve, comme beaucoup d'autres, de «rejoindre sa famille en France». Mais ce mercredi, il est rongé d'inquiétude: «je ne sais pas ce qui va se passer. J'ai peur, j'ai très très peur».


Destination inconnue

Une fois embarqués, la destination des migrants n'est en effet pas connue. Les médias italiens ont même évoqué le renvoi directement en Tunisie d'un bateau d'un millier de Tunisiens.

Des centres ont par ailleurs été installés pour les accueillir mais, pour l'essentiel, ils se situent dans des zones rurales des Pouilles et de Sicile, deux régions du sud défavorisé de l'Italie. Un choix critiqué par l'opposition de gauche et même à demi-mots par le président Giorgio Napolitano.


Rome attaque l'UE et la France

Le gouvernement Berlusconi s'en est pris pour sa part à l'Union européenne. «L'Europe est inerte», a dénoncé le chef de la diplomatie Franco Frattini. Rome ne demande pas des «fonds européens de toute façon limités», mais «une action forte» de l'Europe pour aider Tunis à dissuader les migrants de partir.

A Bruxelles, la Commission européenne a estimé que c'était à l'Italie de prendre en charge les «migrants économiques» qui arrivent de Tunisie.

M. Frattini a aussi fustigé «une absence de solidarité» de la France qui repousse systématiquement les Tunisiens tentant d'entrer sur son territoire.

Cet afflux de réfugiés n'est pas sans effet sur la Suisse. Le nombre de sans-papiers tunisiens qui tentent de gagner la Suisse a augmenté ces dernières semaines. En mars, les gardes-frontière tessinois ont appréhendé quatorze migrants tunisiens par semaine, contre cinq par semaine en temps normal.

(ats)