Yémen

13 mars 2011 14:17; Act: 13.03.2011 17:24 Print

La contestation prend une tournure violente

Les manifestants à Sanaa ont subi dimanche une attaque en règle de partisans du régime, au lendemain de la journée la plus sanglante au Yémen depuis le début des marches exigeant le départ du président.

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Au Yémen, les manifestations sont réprimées de plus en plus durement. (Photo: Reuters)

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Sept manifestants ont été tués par balles dans les violences de samedi, au Yémen. Des centaines d'autres personnes ont été blessées par des gaz toxiques dans la violente dispersion par la police de protestataires à travers le pays, selon les organisateurs des manifestations. Les autorités ont nié l'utilisation de gaz autres que lacrymogènes.

Après ces violences, plusieurs voix se sont élevées dans le monde dont celle du chef de l'ONU, Ban Ki-moon, pour dénoncer «l'usage excessif de la force» par la police.

Dimanche, une personne a été tuée et 19 ont été blessées à Sanaa lorsque la police yéménite, soutenue par des partisans du régime, a ouvert le feu et fait usage de gaz lacrymogène contre des manifestants sur la place de l'Université de Sanaa, épicentre de la contestation, ont indiqué des sources médicales.

Augmentation des opposants

Les heurts ont commencé lorsque des policiers et des partisans du Congrès populaire général (CPG-parti présidentiel) ont attaqué les protestataires, selon les témoins.

«Les assaillants ont tiré à balles réelles et tiré des gaz lacrymogènes», a indiqué l'un d'eux, ajoutant que les «blessés se comptent par dizaines et sont soit atteints par des tirs, soit souffrent de suffocations».

Au pouvoir depuis 32 ans, Ali Abdallah Saleh, un allié de Washington dans la lutte contre Al-Qaïda, a multiplié en vain les gestes d'apaisement face à une révolte qui ne se calme pas dans ce pays du sud de la péninsule arabique miné par un chômage chronique et une pauvreté endémique.

Depuis samedi, de nouveaux groupes de contestataires viennent se joindre au sit-in de Sanaa, alors qu'à Taëz, autre centre de la contestation au sud de la capitale, cinq manifestants ont été blessés par les tirs de la police, selon un responsable local.

Cinq tués à Aden

A Aden, ville du sud rétive et à la pointe de la contestation du chef de l'Etat, un manifestant de 25 ans a été tué dimanche par des tirs de la police anti-émeutes après une attaque menée par des protestataires contre un poste de police dans le quartier de Dar Saad, a indiqué un membre du personnel de l'hôpital Naqib, où le corps de la victime a été transporté.

Quatre manifestants avaient été tués dans des émeutes nocturnes lors desquelles un poste de police a été incendié par des centaines de personnes en colère, alors que d'autres bloquaient les rues avec des pneus enflammés.

Le quartier de Dar Saad a notamment été le théâtre d'affrontements pendant la nuit entre manifestants et policiers.

Selon un témoin, des membres des forces de sécurité se sont eux postés sur les toits des immeubles près d'un poste de police et ont tiré sur les manifestants. Deux des quatre tués à Aden ont été atteints par balles à la tête, selon des médecins.

Tirs

Deux autres personnes ont été tuées samedi à Sanaa, l'un par des tirs de la police sur des manifestants qui campent depuis le 21 février sur la place de l'Université et l'autre par les tirs d'un sniper.

Un écolier de 12 ans a été tué dans la dispersion par la police d'une manifestation à Moukalla, dans le sud-est du pays.

Six manifestants ont été blessés par balles lors de la dispersion de manifestations spontanées après l'annonce du décès de l'écolier, selon des témoins.

Critique par Ban

M. Ban s'est dit «très inquiet» de la détérioration de la situation au Yémen et condamné «l'usage excessif de la force» contre «des manifestants pacifiques». Il a appelé à la plus grande retenue, exhortant le gouvernement et l'opposition à commencer un dialogue authentique et large».

Vendredi, l'ONU avait annoncé que 37 militants et au moins six agents de sécurité avaient été tués depuis le début des troubles fin janvier.

Face à l'escalade, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont appelé leurs ressortissants à quitter le Yémen, Londres condamnant des «violences inacceptables».

(ats)