13 février 2011 13:21; Act: 13.02.2011 19:34 Print

Un débat «centré sur les valeurs suisses»

Le Parti socialiste (PS) suisse dénonce un débat émotionnel autour des valeurs suisses et de l'armée mené par les opposants à l'initiative sur les armes.

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Christophe Darbellay, le président du PDC, est satisfait. (Photo: Keystone)

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Pour le vice-président du Parti socialiste Stéphane Rossini, le camp du «non» a nié le phénomène des suicides et de la violence par les armes.

Le texte de l'initiative était clair: il demandait l'arme militaire à l'arsenal, a estimé le conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS), interrogé dimanche par l'ATS. Il était «très scrupuleusement» mentionné que les tireurs et chasseurs ne seraient pas concernés.

Mais les opposants ont nié le contenu du texte, dénonce le vice- président du PS. Ils ont fait déborder le débat sur toute une série de problématiques, comme l'armée et les valeurs suisses.

Pour Stéphane Rossini, le camp du «non» a aussi nié le phénomène de la violence par les armes et les connaissances scientifiques sur le suicide. Il a déplacé le débat vers la responsabilité individuelle.

Pour Christian Levrat, président du PS suisse, le résultat du vote est une «relativement bonne affaire». L'initiative a déjà produit des résultats importants: obligation de rendre les munitions, révision de la loi sur les armes, possibilité de rendre son arme à l'arsenal.

Par ailleurs, avec presque 45% de voix, le PS réalise presque le double de son potentiel électoral, relève le Fribourgeois.

«Une prise de conscience»

La coalition pour la protection face à la violence des armes regrette «profondément» le rejet de l'initiative «Pour la protection face à la violence des armes». L'initiative «Pour la protection face à la violence des armes» a toutefois «contribué à l'introduction de plusieurs améliorations et surtout à une véritable prise de conscience sociale et politique», estime la coalition initiante.

«Les mesures déjà prises ces dernières années ont heureusement et dans une certaine mesure, déjà porté leurs fruits. Il n'en demeure pas moins qu'il faut encore aller plus loin: aujourd'hui comme hier, trop des personnes perdent la vie en raison d'abus d'armes à feu». De plus, un registre national des armes est jugé nécessaire.

Emmenée par le PS et Les Verts, la coalition regroupant notamment la Fédération des médecins suisses (FHM), Amnesty International, Stop Suicide ou l'Association du personnel de la police judiciaire fédérale, espère désormais que les citoyens renoncent volontairement à leurs armes militaires. L'engagement sera poursuivi pour que le Conseil fédéral et le Parlement prennent des dispositions supplémentaires.

Armée de milice

Une reconnaissance de l'armée de milice et de la tradition du tir en Suisse: c'est ainsi qu'interprète le président de l'UDC suisse Toni Brunner le net rejet de l'initiative sur les armes.«On est déjà allé très loin» sous la pression de l'initiative regrette Toni Brunner.

«Le citoyen libre a gagné», a dit le conseiller national saint- gallois à l'ATS. Le rejet de l'initiative est un refus de la mise sous tutelle et un non à ceux qui voulaient supprimer l'armée de milice et la tradition du tir. Au lieu de cela, c'est une preuve de confiance qui a été témoignée au «citoyen suisse honnête, qui fait l'armée et participe aux tirs obligatoires». Après tout, ce citoyen est aussi là pour protéger la Suisse, a ajouté Toni Brunner.

Le président de l'UDC regrette les durcissements de la législation sur les armes intervenus depuis le dépôt de l'initiative. «On est malheureusement allé très loin. Mais maintenant, on a posé un verrou.» L'arme militaire et la munition de poche font partie du soldat», ajoute Toni Brunner.

Un signal pour les élections fédérales

Dans l'optique des élections fédérales d'octobre prochain, le président de l'UDC juge le vote de ce dimanche comme «important». Il y voit un indicateur, puisqu'il concernait des valeurs défendues par l'UDC, comme la responsabilité individuelle ou l'indépendance de la Suisse. C'est la raison pour laquelle le parti a également mené sa campagne propre. «La tendance est allée dans notre direction et c'est positif pour nous.»

Refus d'une «mise sous tutelle du citoyen»

L'UDC s'est dite satisfaite du résultat de l'initiative. Le rejet de cette dernière «va dans le sens d'un soutien à la neutralité et à l'armée de milice», selon le parti.

Le rejet de l'initiative sur les armes exprime un soutien à la neutralité et à l'armée de milice, se félicite l'UDC. Il s'agit également d'une ferme opposition à une «nouvelle mise sous tutelle du citoyen responsable». «Une armée sans armes est une armée affaiblie», souligne l'UDC. Les Suisses ont «à nouveau signifié un refus catégorique aux abolisseurs d'armée» et «compris que la Suisse ne serait pas plus sûre si seuls les criminels possédaient des armes, acquises illégalement». Le refus de l'initiative montre aussi un soutien «à la fière tradition du tir». Plus de 85% des tireurs exercent leur sport avec une arme militaire, selon l'UDC. «Sans elle, c'est la fin du tir en tant que sport populaire».

Une «occasion manquée»

«La Suisse a manqué l'occasion de jouer un rôle de pionnier sur la scène internationale en devançant, par la création d'un registre central, les exigences du futur traité international sur le commerce des armes», indique Amnesty dans un comuniqué.

Selon Manon Schick, directrice de la Section suisse d'Amnesty International, la «future ratification de ce traité par notre pays est d'ores et déjà prétéritée».

L'organisation a regretté également qu'une meilleure protection contre la violence conjugale n'ait pas obtenu l'aval de la population.

Christophe Darbellay soulagé

Le président du PDC suisse Christophe Darbellay se dit soulagé par le «rejet clair» du peuple suisse de l'initiative pour la protection sur la violence des armes. Il reconnaît avoir vécu une campagne difficile, lui qui est aussi chasseur, tireur et président de la Fête fédérale de tir de 2015.

Le PDC se dit satisfait de la «maturité du peuple suisse». Celui- ci «ne s'est pas laissé berner par les arguments émotionnels de la gauche», a déclaré Christophe Darbellay à l'ATS. Pour ce dernier, le but des intitiants est clair: la suppression de l'armée.

Une législation «sévère et très restrictive» a été mise en place en Suisse ces dernières années, explique le président du PDC. Les mesures existent pour combattre les abus. «Le système donne satisfaction», le souverain l'a compris et en a tenu compte.

Salve contre les sondages

A propos des femmes PDC et de certaines sections cantonales favorables à l'initiative, Christophe Darbellay constate que le résultat obtenu à l'intérieur du parti correspond à celui sorti des urnes. Pour le président national, le PDC est par conséquent le parti suisse par excellence.

Christophe Darbellay se refuse de tirer des enseignements du résultat du vote dans l'optique des élections fédérales de l'automne. Il constate par contre qu'»une fois de plus, les sondages SSR étaient à côté de la plaque». A ses yeux, l'institut de sondage gfs.bern et la SSR devraient en tirer les leçons.

«Les mentalités sont en train d'évoluer»

L'échec de l'initiative sur les armes «est dû en particulier à la population des campagnes, où le mythe de la Suisse armée reste profondément ancré». Telle est l'analyse faite par Les Verts, pour qui «le oui des grandes villes et de la Suisse romande montre cependant que les mentalités sont en train d'évoluer».

«Le défi que doit relever la société d'aujourd'hui n'est plus de défendre les frontières du territoire national, mais de protéger la famille, l'individu et l'environnement», estiment Les Verts. Ceux-ci demandent que les «points non contestés» de l'initiative soient mis en oeuvre, à savoir l'interdiction des armes particulièrement dangereuses (fusils à pompe), la création d'un registre national des armes et la collecte des armes à feu par les cantons et la Confédération.

Le peuple fait confiance aux tireurs

Pour la présidente de la Fédération sportive suisse de tir Dora Andres, le clair rejet de l'initiative sur les armes est l'expression de la confiance du peuple envers les tireurs et les chasseurs. Le peuple suisse juge que ces milieux utilisent leurs armes de manière responsable.

Les adversaires au texte ont réussi à montrer aux électeur que «nous avons déjà une loi sur les armes sévère», a dit Dora Andres, interrogée dimanche par l'ATS. La loi doit être appliquée de manière cohérente afin que la sécurité soit assurée. «Cela suffit». D'autres preuves ne sont pas nécessaires.

Dora Andres rappelle aussi que la loi a été durcie ces dernières années. L'initiative a fait bouger les choses. «On a réagi aux incidents». Pour la présidente de la Fédération sportive suisse de tir, cela a contribué au rejet de l'initiative. Les tireurs et les chasseurs s'opposent aussi aux emplois abusifs d'armes, avance-t- elle.

Des progrès ont été faits pour les féministes

Malgré le rejet de l'initiative sur les armes, l'association des sociétés féminines suisses Alliance F estime que des objectifs ont été atteints. De nombreuses exigences sur les adaptations des lois ont été obtenues ces dernières années, affirme sa présidente Rosmarie Zapfl. Lors du dépôt de l'initiative, il était pratiquement impossible de déposer l'arme militaire à l'arsenal, a indiqué Rosmarie Zapfl dimanche à l'ATS. Aujourd'hui, c'est possible et en plus, les soldats n'emportent plus les munitions à la maison.

«Nous avons obtenu beaucoup de choses», estime-t-elle. Les examens d'aptitude pour les recrues font partie de ces succès, selon la présidente d'Alliance F.

L'initiative a aussi sensibilisé l'opinion publique sur le fait que «les femmes sont menacées par l'arme dans l'armoire». Pour Rosmarie Zapfl, la clarté du «non» s'explique par la forte présence des adversaires lors de la campagne.


Le comité en faveur de l'initiative déçu

Le conseiller national Jo Lang (Les Verts/ZG) se refuse pour l'instant de parler d'un verdict clair contre la protection sur la violence des armes. Le représentant du comité d'initiative veut encore croire en un succès d'estime.

Jo Lang est conscient que l'initiative sera refusée. Il n'a visiblement pas été possible de mobiliser la population citadine aussi fortement que les gens de la campagne. Il semble également que les hommes se sont plus massivement rendus aux urnes que les femmes, a expliqué le Zougois à l'ATS.

Jo Lang, qui est également actif dans le comité pour le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), s'est dit positivement surpris par les 40% de votes favorables à l'initiative dans le canton de Lucerne.

Les médecins regrettent le rejet de l'initiative

La Fédération des médecins suisses (FMH) regrette le rejet de l'initiative sur les armes, qu'elle considérait comme un enjeu important de santé publique. Mais son président Jacques de Haller pense que les mentalités ont besoin de temps pour évoluer.

«Tout ce qui peut servir à la prévention est un pas important qu'on aurait aimé franchir aujourd'hui», a dit le président de la FMH, interrogé dimanche par l'ATS.

«J'espère bien que le débat a été lancé», a-t-il ajouté. Jacques de Haller pense que le peuple était conscient qu'il fallait agir, puisque les premiers sondages pronostiquaient le «oui». «Mais les gens ont eu soudain peur de leur propre audace».

Le président de la FMH affiche sa confiance: «je pense que d'ici quelque temps, on pourra reprendre cette question, car ces choses doivent mûrir.»

Pour les officiers suisses, une décision en faveur de l'armée

Le refus de l'initiative pour la protection contre la violence des armes réjouit la Société suisse des officiers. Pour son président Hans Schatzmann, interrogé par l'ATS, c'est un vote «pour l'armée et en faveur du monde du tir en Suisse».

Le renforcement des dispositions légales intervenues ces dernières années a contribué à ce refus, estime Hans Schatzmann. «Ces mesures ont amélioré la sécurité.» Ainsi, l'argument des auteurs de l'initiative, qui estiment que cette dernière aurait renforcé la sécurité, n'a visiblement pas convaincu le souverain.

«Le peuple suisse se sent libre»

En rejetant l'initiative sur les armes, le peuple suisse s'est prononcé pour la responsabilité individuelle et contre la bureaucratie de l'Etat, estime Fulvio Pelli. Le président du Parti libéral-radical suisse (PLR) s'attendait à un résultat aussi net.

Pour Fulvio Pelli, le vote de dimanche démontre «que les Suissesses et Suisses se sentent libres. Ils veulent et peuvent décider seuls comment se comporter avec une arme».

Vers la fin de la campagne, il a compté avec un résultat aussi net a confié le président du PLR à l'ATS. «Au début, c'était difficile de prévoir si les décès causés par des armes militaires pouvaient conduire à l'acceptation de l'initiative.»

Le président du PLR ne pense pas que le résultat du vote aura une influence sur cette année d'élections fédérales. «Les citoyens se prononcent pour ou contre une initiative et pas pour ou contre un parti.»

«Arguments émotionnels pas fondés»

La TSR a recueilli quelques réactions, notamment celle de Dominique Baettig (UDC/Jura). Pour lui, une ligne de fracture entre Suisse citadine et rurale était prévisible. «Nos opposants, qui ont mobilisé la fédération des médecins suisses et des mouvements d'orientation féministe, ont réussi à faire valoir leurs arguments émotionnels qui n'étaient pas fondés», a-t-il estimé.


(ats/ap)

Les commentaires les plus populaires

  • Nick Nick le 14.02.2011 13:21 Report dénoncer ce commentaire

    Un genevois citadins

    Les commentaires sur les sites intenet des média français sont élogieux: ex: "un peuple armé et qui décide de ses propres lois? Ca c'est la vraie démocratie!" Les partisants de cette initiatives, les internationalistes, les bobos "modernes" pseudo-intellos qui nous prennent, nous, propriétaires d'armes responsables, pour des bouseux ne se rendent pas comptent de ce que le mot "liberté" signifie encore..

  • PetitSuisse le 14.02.2011 09:54 Report dénoncer ce commentaire

    Ainsi donc...

    Ainsi donc se serait la faute aux opposants si l'initiative n'a pas passé selon la presse! Mais messieurs, c'est le principe même de l'opposition de faire opposition. Si le peuple a voté plus sur une affaire de traditions que "purement technique" comme il est dit c'est que justement cette initiative était mal ficelée. Au lieu de s'attaquer aux armes elle aurait du s'attaquer aux personnes dangereuses qui se trouvent derrière ces armes, ainsi l'honnête citoyen faisant de son loisir la chasse ou le tir ne se serait pas senti trahi, baffoué, suspecté de meurtre.

  • Mais lisez! le 13.02.2011 14:35 Report dénoncer ce commentaire

    Mais quelle est donc cette fiche descriptive dans

    Beaucoup d'entres-vous n'ont rien compris à l'initiative. Qui a parlé d'interdire les armes??? Un peu trop forcé sur le pastis avant d'aller aux urnes?

Les derniers commentaires

  • AC le 14.02.2011 17:56 Report dénoncer ce commentaire

    Éveillé

    Oups! Il y a encore des infidèles éveillés.

  • françois le 14.02.2011 14:03 Report dénoncer ce commentaire

    au lieu de cette initiative bidon le PS

    ferait mieux de faire entendre sa voix au parlement. Car il n'a pas lutter contre la nouvelle loi, effective depuis janvier 2011 de faire payer des cotisations AVS aux retraités recevant des rentes AVS. Cela veut dire DOUBLER la PERTE du pouvoir d'achat que les retraités subissent chaque année et à les mettre dans la précarité et au social. La gauche ne sert vraiment à rien, sinon s'enrichir sur notre dos, de manière encore pire et sournoise que la droite et à vouloir détruire le pays. Peuple suisse ce n'est plus possible, notre CF actuel ne vaut pas mieux que ben ali ou moubarak!

  • Nick Nick le 14.02.2011 13:21 Report dénoncer ce commentaire

    Un genevois citadins

    Les commentaires sur les sites intenet des média français sont élogieux: ex: "un peuple armé et qui décide de ses propres lois? Ca c'est la vraie démocratie!" Les partisants de cette initiatives, les internationalistes, les bobos "modernes" pseudo-intellos qui nous prennent, nous, propriétaires d'armes responsables, pour des bouseux ne se rendent pas comptent de ce que le mot "liberté" signifie encore..

  • Adrien le 14.02.2011 12:46 Report dénoncer ce commentaire

    Faux problème

    Ce n'est pas les fusils qui tuent, ce sont les hommes. Et ne pas posséder une arme à feu ne s'arrêtera pas quelqu'un à tuer, il va trouver d'autres façons de le faire. Au Canada, il y a en moyenne plus de fusils par ménage que dans les États-Unis, mais beaucoup moins de décès par armes à feu. Ainsi, la présence d'armes à feu dans un ménage, c'est un faux problème. Et franchement, la présence d'une arme à feu dans une maison apporte avec elle une nécessité pour le propriétaire d'être responsable de cette question et l'obligation d'enseigner à ses enfants à propos de cette responsabilité.

  • incroyable le 14.02.2011 12:36 Report dénoncer ce commentaire

    Pas compris quand Savary,hier à la TV à

    admis avec un sourire rayonnant d'arrogance que sur plus de 40 initiatives du PS seules 6 avaient été acceptées par la peuple.A quoi sert-il ce parti?A dépenser l'argent du contribuable,s'enrichir sur son dos, loger leurs copains dans des palaces aux loyers dérisoires?Offrir des emplois dans les bureaux communaux à des immigrés qui parlent à peine le français au lieu de les proposer à des suisses,des gens qui massacrent les dossiers des CH au profit des dossiers de leurs copains immigrés à qui on accorde tout sans contrôles?PS vous êtes encore plus corrompus et faux-culs que les autres partis