Crise du lait

18 février 2011 11:22; Act: 18.02.2011 16:05 Print

Prolait démissionne de l'interprofession

Les producteurs de lait vaudois et neuchâtelois sont fâchés et le font savoir.

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Les 1500 producteurs de lait vaudois et neuchâtelois claquent la porte de l'interprofession (IP) du lait. Leur fédération estime l'IP Lait incapable de stabiliser le marché du lait destiné à la transformation. Ce que confirment les statistiques fédérales publiées vendredi.

Prolait est la première organisation à quitter l'interprofession. «Cette démission est un geste d'exaspération face au manque de décision et d'application des décisions au sein de l'interprofession», a expliqué vendredi à l'ATS Eric Jordan, directeur de Prolait. «Nous serons prêts à revoir notre décision en cas de consensus national.»

Il est encore «prématuré» de dire si les autres fédérations de producteurs de Suisse vont suivre le mouvement. La démission de Prolait n'a pas d'incidence directe dans l'immédiat sur ses relations avec ses clients, les industries de transformation, a ajouté M. Jordan.

Près de deux ans après sa création, l'IP Lait n'a pas réussi à stabiliser le marché, ni à augmenter les parts de marché en Suisse et à l'exportation, note Prolait dans un communiqué. Au contraire: alors que le marché international évolue positivement, les stocks de beurre suisses augmentent sans qu'aucune mesure concrète ne soit prise pour résoudre ce problème, ajoute l'organisation de producteurs.

Surproduction

Prolait estime à 200 millions de kilos le lait qui ne trouve pas preneur sur le marché, ce qui équivaut à plus de 5000 tonnes de beurre par an.

La production de beurre a en effet atteint un nouveau record en 2010, à 548'575 tonnes. C'est 1,4% de plus qu'un an auparavant, selon la fiduciaire TSM qui tient les comptes sur mandat de la Confédération et de l'économie laitière.

Les exploitations n'ont jamais produit autant de lait qu'en 2010, soit 3,438 millions de tonnes ou 0,7% de plus qu'en 2009. Cela représente en moyenne un peu plus de 127'000 kilos de lait par exploitation, chacune ayant livré quelque 5400 kilos de plus durant l'année.

Une partie de cette surproduction a pu être absorbée par le marché du fromage. Le lait ainsi transformé représente 181'328 tonnes de fromage, près de 2000 tonnes ou 1,1% de plus qu'en 2008, précédente année record.

Mesures infructueuses

Pour faire face à cette hausse de la production qui n'a pas cessé depuis la libéralisation totale du marché en 2009, l'Interprofession a multiplié les stratégies depuis sa création. Mais pour l'heure aucune n'a fonctionné.

Dernier modèle décidé en fin d'année dernière, celui d'une segmentation du prix en trois catégories en fonction du marché (intérieur, européen avec soutien ou mondial sans soutien) a reçu en fin d'année le soutien de l'industrie laitière. Selon cette dernière, il est indispensable de maintenir le cap actuel dans l'intérêt de l'ensemble de la branche.

IP surprise

«Des mesures visant à la stabilisation du marché sont dans les starting-blocks», a dit à l'ATS le directeur de l'Interprofession Daniel Gerber. «Surpris» de la décision de Prolait de se retirer de l'IP, M.Gerber affirme qu'il s'agit d'un moyen de pression de sa part pour réintroduire le contingentement laitier.

Sans aller jusque là, c'est en partie ce que propose la motion Aebi, du nom du conseiller national de l'Emmental dont le texte a été adopté en automne dernier par le National. Si le Conseil des Etats donne son feu vert, la Confédération devra à nouveau intervenir dans le marché du lait, ce que craint l'industrie.

(ats)