Energie

19 août 2016 14:14; Act: 23.08.2016 12:11 Print

«Vers des millions de nouveaux producteurs»

Le chercheur Urlich Eberl nous parle de l'avenir de l'énergie, de machines intelligentes et des risques du cyberterrorisme.

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(Photo: Keystone/Gaetan Bally)

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Monsieur Eberl, vous écrivez que les machines intelligentes vont changer notre vie. Quel impact auront-elles sur notre système énergétique?
À l’avenir, l’approvisionnement en énergie sera très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Tout comme il existe un «internet des objets (IdO)», qui amène la technologie à effectuer pour nous toujours plus de tâches quotidiennes, il y aura un «internet de l’énergie». Cela signifie que beaucoup de choses seront automatisées dans le secteur de l’énergie. Sans intelligence artificielle, il sera à l’avenir impossible de gérer ou de distribuer correctement l’énergie produite de façon décentralisée.

Pouvez-vous donner un exemple?
Par le passé, le courant provenait de quelques grandes centrales électriques. A l’avenir, de nombreux ménages deviendront des «prosommateurs», donc à la fois des producteurs et des consommateurs d’énergie – notamment en mettant des panneaux solaires sur le toit et des batteries à la cave. Des millions de nouveaux producteurs d’énergie feront leur apparition.

Dans ce scénario, qu’est-ce qui sera plus compliqué qu’à l’heure actuelle?
Avec les énergies renouvelables, le courant n’est pas toujours disponible au moment précis où un consommateur en a besoin. La complexité du réseau augmente donc considérablement. Dans le même temps, de nouveaux facteurs devront être pris en compte. Par exemple, l’augmentation du nombre des voitures électriques nécessite que l’on intègre dans le réseau toujours plus de nouveaux accumulateurs d’énergie mobiles: si l’on n’a pas besoin de telle ou telle voiture électrique dans l’immédiat, on peut revendre son énergie à des prix plus élevés dans le réseau. Seuls des systèmes automatisés pourront encore maîtriser ces processus complexes – des systèmes qui permettront par exemple de prédire avec de l’intelligence artificielle quelle quantité d’électricité sera nécessaire et produite le lendemain.

Aura-t-on encore besoin de l’homme, même pour de toutes petites tâches?
Oui, il faudra toujours des humains pour intervenir dans le système en cas d’urgence et prendre des décisions. Et ce sera encore et toujours l’homme qui commandera aux machines intelligentes de faire ce que nous voulons.

Encore un exemple, s’il vous plaît.
Si les ménages deviennent eux-mêmes des producteurs d’énergie, ils pourront combiner leurs offres et se convertir en centrales électriques virtuelles, puis vendre leur électricité par l’intermédiaire de ce que l’on appelle des «agents logiciels». Ce terme désigne des machines indépendantes qui vendent sur le marché de l’électricité de manière autonome au prix idéal et au meilleur moment du point de vue de la stabilité du réseau. L’homme n’a plus qu’à communiquer à la machine le prix auquel il est prêt à vendre son courant.

Sans électricité, un pays est à l’arrêt. Un Etat ne se rend-il pas plus vulnérable s’il s’en remet à la technologie pour gérer son système d’énergie et laisse les machines prendre le contrôle? Qui n’est plus maître de son (propre) système d’énergie est sans défense contre des menaces telles que le cyberterrorisme.
Il va de soi que la sécurité du système doit figurer tout en haut de la liste des priorités. Et l’on doit essayer de garantir celle-ci en permanence. En cas de panne, l’ordinateur de la maison n’est en effet pas le seul à ne plus fonctionner, mais tous les secteurs de la société sont concernés: les transports, la santé, l’approvisionnement alimentaire… La panne est généralisée. Dans un système complexe, il devient plus difficile de se protéger contre les hackers. Et il se peut que le système énergétique d’un État soit de plus en plus souvent la cible d’attaques. Cela dit, on peut aussi apporter une nuance en affirmant que si une attaque a lieu, elle sera moins dévastatrice à l’avenir qu’aujourd’hui.

Pourquoi?
Parce que l’approvisionnement sera organisé de façon beaucoup plus décentralisée qu’à l’heure actuelle. Alors que nous dépendons aujourd’hui de quelques grandes centrales électriques, dont la panne aurait des conséquences graves, un nombre beaucoup moins élevé de personnes seraient touchées à l’avenir. En effet: au lieu de quelques grandes centrales électriques, des millions de petits systèmes, indépendants les uns des autres, produiront notre électricité. Dans un «internet de l’énergie», le courant trouve toujours son chemin, même lorsque certaines lignes sont paralysées – il se passe la même chose avec les paquets de données dans l’internet d’aujourd’hui, lesquels font justement un détour lorsque le chemin direct est bloqué.

Bien que la part des énergies renouvelables augmente en Europe, il y a encore un certain nombre d’obstacles à franchir. Les branches qui dépendent de l’énergie fossile se montrent peu pressées d’entrer dans une nouvelle ère.
On observe ce phénomène à chaque mutation technologique profonde: l’industrie qui se voit menacée dans son existence commence par «contre-attaquer», puis elle développe de nouvelles solutions. Mais il faut l’admettre aussi: le secteur du charbon, du pétrole et du gaz ne sera pas remplacé de sitôt.

Pourquoi?
S’il n’y a pas de vent, pas de soleil et que les accumulateurs d’énergie ne suffisent pas, on a besoin de centrales électriques qui soient en mesure de prendre le relais. De plus, la lenteur de cette transition ne concerne bien sûr pas seulement le courant, mais aussi l’alimentation en chaleur et les carburants. Par exemple, nous devrons attendre encore plusieurs décennies avant de voir circuler sur la route une majorité de voitures électriques. En outre, presque toute l’industrie des matières plastiques dépend du pétrole. Pour le courant, je pense qu’un approvisionnement en énergies renouvelables à hauteur de 80% est réalisable d’ici à 2050.

(pam)

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Les commentaires les plus populaires

  • Homo Cyber le 20.08.2016 12:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Consommateurs devenus enfin rois

    Pas besoin d'être chercheur pour faire une telle analyse. La révolution ressemblera davantage à une évolution en douceur. La consommation d'électricité a toujours été très irrégulière, souvent imprévisible autrement que par statistiques. La production d'électricité par des énergies renouvelables sera aussi irrégulière, mais prévisible par statistiques et études météo. La production nucléaire est elle aussi irrégulière. Elle est constante quand tout fonctionne bien, mais inadaptée à la consommation qui varie constamment. Par contre quand il faut mettre brutalement hors circuit une centrale atomique pour cause de panne, de révision ou de catastrophe, c'est un gros manque de production qui met en péril l'approvisionnement nécessaire aux consommateurs. L'irrégularité des énergies renouvelables sera beaucoup plus facile et fiable à gérer du fait des décentralisation et les pertes d'énergie colossales sur les longues lignes hautes tension appartiendront au passé. Les seuls qui pleureront sont les grands groupes fournisseurs d'électricité. Le marché leur échappera au profit d'un marché réparti d'individus à individus profitant au consommateurs devenus autonomes.

  • DATA le 20.08.2016 15:39 Report dénoncer ce commentaire

    Et avec les subventions ...

    Et avec du solaire et de l'éolien subventionnés massivement, le marché de l'électricité est tellement faussé que nos joyaux (les barrages) ont une valeur négative. Le temps que d'autres les rachètent à bas coût peut-être....

  • Dédé le 20.08.2016 15:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Utopie

    Tout cela est une utopie. Les gros vendeur d'énergie feront toujours barrage avec leurs pressions politique à Berne. La loi ne suivra pas. Dommage !

Les derniers commentaires

  • #leCloud le 21.08.2016 08:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    L'internet des nuages

    "L'Internet des objets" j'ai jamais rien lu d'aussi marrant. Faut pas essayer d'inventer des mots quand on sait pas écrire un message sur son smartphone Papy.

  • paul le 21.08.2016 07:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    énergie libre pour les riches

    y rêve.sa va pas marcher comme sa.un systèmes solaire coûte cher et à risque (D'après meteo).et on aura qu'à dire à la machine combien le prix de revente?cool encore un truc de riche sa. nous oublié pas de parler aussi de ce proget au Régie ceux qui ont le pognon qu'ils installe sa aussi sur tous les immeubles, histoire de les sensibiliser au niveau électrique.(car y s en on rien a foutre de mettre des apareil qui pompe un max.vu que ce nous qui payons)Pour qui puisse faire bénéficier la classe moyenne aussi oui mais pour tous le monde. c'est grand le toit d'un immeuble

  • Kib le 20.08.2016 19:07 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Top !

    Rien changer , comme maintenant c'est parfait ! faut juste augmenter l'electricite !

  • DATA le 20.08.2016 15:39 Report dénoncer ce commentaire

    Et avec les subventions ...

    Et avec du solaire et de l'éolien subventionnés massivement, le marché de l'électricité est tellement faussé que nos joyaux (les barrages) ont une valeur négative. Le temps que d'autres les rachètent à bas coût peut-être....

  • Dédé le 20.08.2016 15:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Utopie

    Tout cela est une utopie. Les gros vendeur d'énergie feront toujours barrage avec leurs pressions politique à Berne. La loi ne suivra pas. Dommage !