Energy Challenge

17 juillet 2018 14:14; Act: 17.07.2018 14:30 Print

Préjugés contre les e-véhicules: pertinents?

par Stephanie Sigrist - Mauvaise infrastructure de recharge, composants polluants et faible autonomie: nous avons examiné pour vous les principaux préjugés au sujet des vélos électriques.

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Le nombre de kilomètres couverts par une seule charge peuvent varier. Les Tesla S ont une autonomie pouvant aller jusqu'à 600 km. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)

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Les articles traitant des voitures électriques et de l’e-mobilité font généralement l’objet de débats houleux sur 20 Minutes. Un lecteur a récemment laissé le commentaire suivant sous un quiz portant sur les voitures électriques: «Il serait bon de s’interroger sur l’énergie nécessaire à la production de tels véhicules. On pourra parler de véhicules propres s’il s’avère que par comparaison, les voitures électriques et hybrides requièrent moins d’énergie.» Un autre lecteur du nom de Rudy Carell avait une opinion tranchée: «La mobilité électrique n’a pas (encore) d’avenir.» C’est l’avis partagé par Andi Meyer: «L’e-mobilité ne parviendra jamais à s’imposer, les voitures électriques restent une alternative».

Nous passons ici en revue les principaux préjugés auxquelles doit faire face l’e-mobilité.

L’autonomie des voitures électriques est pour l’instant beaucoup trop faible.

Le nombre de kilomètres que l’on peut parcourir avec une batterie entièrement chargée dépend fortement des modèles. La Tesla Model S, par exemple, peut rouler jusqu’à 600 km; les modèles moins chers de Kia, Hyundai et Renault ont quant à eu une autonomie comprise entre 250 et 300 km avec une batterie pleine. Cela permettrait de parcourir la plus grande distance possible en Suisse sans s’arrêter à une station de recharge.

Mais ces distances sont celles avancées par les constructeurs et ont été obtenues dans des conditions de laboratoire. Le Touring Club Suisse (TCS) a testé des voitures électriques en conditions réelles (lien: https://www.tcs.ch/fr/tests-conseils/tests/voitures-crash-tests/autonomie-voitures-electriques.php). A cette fin, les véhicules ont été chargés comme pour un voyage de vacances: en plus du conducteur, on a ajouté le poids d’un passager de 75 kg, celui de deux enfants de 30 kg chacun, ainsi que 20 kg de bagages. En outre, la climatisation et le chauffage ont été réglés pour atteindre la température agréable de 22° C. Conclusion du TCS: «Les voitures électriques modernes peuvent désormais disposer d’une autonomie acceptable, même dans des conditions exigeantes. Ce progrès a toutefois un coût.» Ainsi, les véhicules testés restent plus chers que des véhicules classiques de la même catégorie, mais ce coût plus élevé est compensé par des frais d’entretien et d’exploitation plus bas.»

Il y a trop peu de stations de recharge pour les véhicules électriques en Suisse.

C’est faux. Si l’autonomie des voitures électriques s’améliore sans cesse, c’est aussi le cas de l’infrastructure de recharge pour les véhicules électriques. D’après le portail statistique Statista, fin 2017, il y avait en Suisse environ 3500 stations de recharge de puissance normale et un peu plus de 400 stations de recharge de puissance élevée. A titre de comparaison, il y avait 3382 stations-service en Suisse en 2017 à la date de l’enquête. Le nombre de stations-service est en baisse sur notre territoire depuis 2011, tandis qu’il y a toujours plus de stations de recharge pour les véhicules électriques.

En raison de leur production coûteuse, les voitures électriques ont un bilan écologique moins bon que les véhicules à essence.

Cette affirmation n’est que partiellement vraie. Les voitures recèlent de grandes quantités d’énergie grise. Ce terme désigne l’énergie nécessaire pour construire, transporter et vendre le véhicule. Les voitures électriques, y compris la batterie, sont plus chères à produire que les voitures équipées d’un moteur à combustion (lien: http://www.20min.ch/finance/news/story/17240111). Cela s’explique en partie par le fait que les fabricants privilégient plutôt l’aluminium léger. L’acier est généralement utilisé dans les voitures équipées d’un moteur à combustion. La production d’aluminium est plus dommageable pour l’environnement que celle de l’acier. De plus, les véhicules électriques sont

aujourd’hui souvent équipés de batteries lithium-ion. Lors de l’élimination des matières premières utilisées pour la batterie, des substances en partie toxiques sont utilisées et dégagées, ce qui a un impact négatif sur le bilan écologique des batteries.

Cependant, les moteurs à combustion des voitures sont très inefficaces, leur rendement moyen étant actuellement compris entre 20 et 25%. Les moteurs électriques ont en revanche un rendement de plus de 90%. Une voiture électrique consomme donc beaucoup moins d’énergie pour parcourir la même distance qu’une voiture à moteur diesel ou à essence. Selon une étude de l’Institut Fraunhofer de physique du bâtiment en Allemagne, un véhicule électrique fonctionnant entièrement à l’électricité verte compense l’impact environnemental négatif de sa production à partir du 30 000e kilomètre parcouru.

Les voitures électriques n’étaient qu’une tendance éphémère qui est déjà en train de disparaître.

Ce n’est pas du tout le cas. En 2017, d’après l’Office fédéral de la statistique (OFS), 315 032 voitures de tourisme ont été mises en circulation. Cela représente une baisse de 1,3% par rapport à 2016. Les voitures les plus touchées par ce déclin sont les voitures diesel nouvellement immatriculées, avec près d’un dixième de moins (- 9,4%). En revanche, les secteurs des voitures hybrides et électriques, qui restent pour le moment relativement mineurs, ont connu une hausse de 11,9%, respectivement 39,8%. En Suisse, en fin d’année dernière, 67 661 véhicules hybrides et 14 539 véhicules électriques étaient en circulation.

L’histoire des véhicules électriques est du reste très ancienne: l’inventeur écossais Robert Anderson a construit la première voiture électrique en 1832 ou en 1839 (cela dépend des sources).

Les vélos électriques sont pour les fainéants qui ne veulent pas pédaler.

Il s’agit là d’une généralisation simpliste. D’après Velo Suisse, 75 000 vélos électriques ont été vendus en Suisse en 2016, soit 14% de plus que l’année précédente. Selon Pro Velo, l’association faîtière de défense des intérêts des cyclistes en Suisse, de nouvelles catégories de personnes redécouvrent le vélo grâce au vélo électrique (https://www.pro-velo.ch/fr/themes/le-velo/velos-a-assistance-electrique/). C’est le cas des séniors, des pendulaires aux trajets longs ou pentus ou des familles possédant une remorque pour vélo. Le vélo électrique fait également concurrence à la deuxième voiture. En effet, un tiers des trajets parcourus en Suisse chaque jour est inférieur à 3 km, d’après l’Office fédéral de la statistique. Selon le trafic routier et les possibilités de stationnement à destination, cette distance pourrait être parcourue plus rapidement avec un vélo électrique. En outre, renoncer à la voiture au profit du vélo électrique est meilleur pour la santé et l’environnement.

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