Energy Challenge

20 mai 2019 15:27; Act: 21.05.2019 13:30 Print

L’alimentation végane: plus écologique en soi?

Les aliments végétaux sont généralement moins nocifs pour l'environnement que la viande, le lait et les œufs. Est-ce que le véganisme est la seule solution pour un meilleur bilan écologique?

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Le bilan environnemental et énergétique des aliments végétaux est dans la plupart des cas meilleur que celui des produits d'origine animale. Même sans abandonner complètement la viande, les oeufs ou le lait, il est toujours possible de contribuer à la protection de l'environnement. (Photo: Keystone/Rolex Dela Pena)

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«Devenez végan et sauvez la planète», «Seul un changement vers une nourriture végane peut arrêter le réchauffement climatique», «Devenez végan et faites de la Terre un monde meilleur». On entend régulièrement ces déclarations de la part des végans. Les amateurs de viande, à l’inverse, rétorquent que leur steak provient au moins de Suisse, ce qui n’est pas le cas des burgers de soja et des escalopes de quinoa. Les deux arguments semblent légitimes et de nombreuses enquêtes confirment l'exactitude des affirmations de chacun des deux camps.

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Selon une étude de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'élevage intensif est responsable d'environ 15% de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Le bilan écologique et énergétique des aliments végétaux est, dans la plupart des cas, meilleur que celui de la viande, du lait et des œufs.

L'énergie grise des denrées alimentaires est la quantité d'énergie nécessaire au cours du cycle de vie du produit. Elle est utilisée par exemple pour la consommation thermique et électrique lors de la production et de la transformation des aliments, pour les carburants lors du transport, pour l'emballage des produits et la consommation électrique et thermique lors du stockage, de la vente et de la préparation. Outre les producteurs de denrées alimentaires, les consommateurs contribuent également au bilan énergétique des aliments. Ceci par exemple via le choix du moyen de transport pour se rendre au magasin ou au marché, le choix du lieu d'achat, du stockage et du recyclage des produits.

De quoi l'énergie grise des légumes et de la viande se compose-t-elle?

Lorsque les fruits et légumes sont produits dans des serres chauffées, l'énergie thermique représente la plus grande partie de l'énergie grise. Par conséquent, le bilan écologique des aliments végétaux produits en Suisse dans des serres chauffées aux combustibles fossiles, hors de la haute saison, est pire que celui de ces mêmes produits cultivés en plein air et provenant du sud de l’Europe. Le transport par camion a un impact moindre que le chauffage des serres.

Dans le cas de la viande, l'énergie grise représente la quantité d'énergie totale nécessaire à la production d'aliments pour les animaux, la consommation de carburant lors du transport par camions, la consommation d'électricité pour l'abattoir et la réfrigération de la viande, le stockage, la production plastique pour l'emballage, les besoins électriques pour l'éclairage et la réfrigération lors de la vente au détail, la production de charbon de bois pour la chauffe et l'élimination des emballages. La plus grande partie de l'énergie est généralement utilisée pour l’alimentation des bêtes. Par exemple, près de deux tonnes de lait et de foin sont nécessaires pour élever un veau, dont le poids vif est d’environ 200 kg. La Suisse importe, par an, plus d'un million de tonnes d'aliments destinés aux animaux, dont 300’000 tonnes de soja, provenant principalement du Brésil.

Les avocats et les superfoods ont une empreinte environnementale extrêmement médiocre

Les alternatives aux produits d'origine animale sont-elles plus écologiques? Même si de nombreux substituts de viande sont constitués de soja, la majeure partie de sa production est encore utilisée comme fourrage pour le bétail. Les plats de viande sont donc nettement moins bons pour l'environnement que les burgers de soja et autres produits analogues. Cependant, de nombreux restaurants végans et des take away proposent des menus à base d'avocat, dont l’analyse de durabilité est également extrêmement faible. L’engouement pour ce fruit mène au déboisement illégal au Mexique qui est le plus grand pays producteur au monde. Selon le «Huffington Post» chaque année, 1500 à 4000 hectares de forêt sont défrichés pour céder la place aux champs d'avocats. De plus, des engrais et pesticides artificiels sont utilisés et la quantité d'eau douce consommée est extrêmement élevée: selon la source, la taille du fruit, l'emplacement et la méthode de production, entre 500 et 1000 litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo d'avocat. Le transport vers l'Europe depuis l'Amérique du Nord ou l'Amérique centrale aggrave d'autant plus empreinte énergétique de ce fruit. De même, les soi-disant super-aliments comme le quinoa, l'açaï ou les baies de goji sont souvent tout sauf «super» pour l'environnement en raison de la déforestation et des longs trajets pour le transport.

Chaque consommateur doit lui-même décider quels facteurs doivent être pris en compte

Il est difficile cependant d’indiquer avec un chiffre précis l'énergie grise ou le bilan écologique des aliments. Un grand nombre de chiffres et d'informations seraient nécessaires pour le calcul des impacts environnementaux sur l'ensemble du cycle de vie. Or ils ne figurent pas sur l'emballage et sont difficiles à retracer. En outre, les modes de production varient considérablement d'un agriculteur à l'autre. En matière d'alimentation, il n'y a donc pas pour l’instant de consensus sur la meilleure façon de protéger la planète. Est-ce que les émissions de CO2 doivent être considérées en premier lieu? On plutôt la consommation d'eau? Qu'en est-il du bien-être animal, de la biodiversité, de l’utilisation de produits chimiques et de pesticides? Il n'y a pas de réponses universelles à ces questions et chaque consommateur doit prendre lui-même ces décisions au quotidien.

Cependant, les experts s'accordent sur certains points et il existe des lignes directrices pour une alimentation durable. En règle générale, la viande et les produits d'origine animale doivent être consommés de façon responsable et la nourriture doit idéalement provenir d'une ferme biologique de la région. Les consommateurs soucieux de l'environnement préfèrent également acheter des denrées alimentaires produites en Europe, car le transport aérien de produits frais en provenance d'autres continents est très énergivore et donc nuisible au climat. Les légumes de saison cultivés en plein air ont un bien meilleur bilan écologique que les légumes cultivés dans des serres chauffées. Enfin et surtout, il est important de valoriser les aliments, de n'acheter que ce qui sera bientôt consommé et de recycler les restes. Ceci afin qu’il n'y ait pas de perte d’aliments de qualité.

(sts)