France

12 novembre 2019 08:20; Act: 12.11.2019 08:20 Print

«Il a tué une enfant et je le défends. C'est violent»

Me Alain Jakubowicz, l'avocat de Nordahl L., s'est confié à «Midi Libre» avant la sortie de son livre. Il revient sur l'affaire Maëlys.

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Alain Jakubowicz, qui est notamment l'avocat de Nordahl L., publie ce jeudi un livre intitulé «Soit je gagne, soit j'apprends». Dans cet ouvrage, l'homme de loi raconte son métier et se confie sur ses différents dossiers, rapporte «Midi Libre» (ndlr: article payant). Il évoque bien évidemment l'affaire Maëlys et sa rencontre avec son meurtrier présumé, qu'il décrit comme «une sorte de paumé». «En dehors de sa passion pour les chiens et les motos, rien ne semblait l'intéresser», écrit Me Jakubowicz. «Je l'ai interrogé sur ses centres d'intérêt. Le désert, ou presque. (...) A 36 ans, il avait à peu près tout échoué», poursuit l'avocat.

Plus loin, l'homme de 66 ans raconte le jour où l'on apprenait que du sang de la petite Maëlys avait été retrouvé dans sa voiture. «Je lui demandais s'il savait où se trouvait la victime. Il répondit par l'affirmative. C'était comme s'il venait de m'avouer qu'il avait tué Maëlys», écrit-t-il. Me Jakubowicz évoque ensuite la reconstitution du meurtre de la fillette, un moment qui semble l'avoir passablement marqué. «L'homme était devant nous. La petite fille remplacée par une grande poupée de chiffon. (...) Il devait reproduire, le plus fidèlement possible, les gestes qui avaient été les siens dans ce véhicule à ce moment précis de la nuit. (...) Pour ma part, je n'imaginais pas qu'il fût possible de porter les coups avec une telle violence dans la position dans laquelle il se trouvait», écrit l'homme de loi.

«Je ne peux pas lui en vouloir de m'avoir menti»

Me Jakubowicz se souvient de son état de sidération à cet instant: «J'étais tétanisé. Je ne pouvais m'empêcher de penser aux parents de la fillette qui étaient à quelques mètres de moi», confie l'avocat de Nordahl L.. Pourquoi donc avoir accepté un tel dossier? Le sexagénaire explique à «Midi Libre» que c'est «l'adrénaline» qui l'a motivé à le faire. «Le rêve de tout avocat, c'est de faire acquitter un innocent quand tout l'accable. Être seul contre tous. Ce n'est pas très honorable, mais c'est humain», explique Me Jakubowicz.

L'homme admet tout de même avoir hésité à lâcher son client, notamment lorsque les enquêteurs ont découvert du sang de Maëlys dans la voiture du trentenaire. Au tout début de l'affaire, l'avocat de Nordahl L. espérait sincèrement que celui-ci l'avait cachée à quelque part et qu'on la retrouverait vivante. «Je ne peux pas lui en vouloir de m'avoir menti», assure l'homme de loi, qui avoue: «J'ai passé des moments très difficiles avec ma conscience, mais quand on est avocat, on ne refuse pas le dossier Nordahl L.» Il ajoute: «Il a tué un enfant et je dois vivre avec, me dire qu'une enfant est morte, que celui qui l'a tuée, c'est moi qui le défends, C'est violent.»


(joc)