Procès à Nice

28 février 2020 12:22; Act: 28.02.2020 22:30 Print

«Je vais tuer tous les gens de mon lycée»

Lundi prochain, sera jugé à Nice un jeune lycéen qui avait voulu tuer ses camarades de collège deux ans plus tôt.

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Le lycée est ouvert aux élèves vendredi mais les cours reprendront uniquement lundi. (Vendredi 17 mars 2017) L'enquête se poursuit à Grasse. Une deuxième interpellation a été prononcée. (Vendredi 17 mars 2017) Le lycée Alexis de Tocqueville est désormais sécurisé. (Jeudi 16 mars 2017) L'établissement a été passé aux peignes fin afin de s'assurer qu'aucun explosif ne s'y trouve. (Jeudi 16 mars 2017) Une jeune fille est prise en charge par les pompiers après la fusillade dans son lycée. (Jeudi 16 mars 2017) Le RAID est resté sur place toute l'après-midi. (Jeudi 16 mars 2017) En tout, huit personnes ont été blessées. (Jeudi 16 mars 2017) Trois des huit blessés ont été touchés par des plombs, a annoncé le ministère de l'intérieur. (Jeudi 16 mars 2017) Le proviseur et deux élèves ont été légèrement touchés au cours de cette fusillade.(Jeudi 16 mars 2017) Tout le lycée a été évacué. (Jeudi 16 mars 2017) «Selon les premières investigations, le suspect avait consulté des vidéos de tueries de masse à l'américaine», a dit un porte-parole du ministère de l'Intérieur. (Jeudi 16 mars 2017) La fusillade a déclenché un mouvement de panique dans le lycée et des élèves se sont réfugiés dans un supermarché voisin. (Jeudi 16 mars 2017) «Tous les établissements scolaires» de la ville ont été confinés, a annoncé sur Twitter le recteur de Nice Emmanuel Ethis. (Jeudi 16 mars 2017) «Tous les établissements scolaires» de la ville ont été confinés, a annoncé sur Twitter le recteur de Nice Emmanuel Ethis. (Jeudi 16 mars 2017) L'enquête ouverte après la fusillade ne s'oriente «pas du tout» sur la voie du terrorisme selon le président de la région Paca, Christian Estrosi. (Jeudi 16 mars 2017) L'attaque a fait trois blessés. (Jeudi 16 mars 2017) Le proviseur et deux élèves ont été légèrement touchés au cours de cette fusillade. (Jeudi 16 mars 2017) Le Ministère de l'Intérieur évoque huit blessés. (Jeudi 16 mars 2017) Le suspect interpellé est un élève de 17 ans de cet établissement scolaire. Il était armé d'un fusil, de deux armes de poing et de deux grenades. (Jeudi 16 mars 2017) Le suspect paraît avoir agi seul alors que les enquêteurs avaient initialement émis l'hypothèse d'une seconde personne en fuite. (Jeudi 16 mars 2017) La fusillade a entraîné le déclenchement de l'alerte attentat. (Jeudi 16 mars 2017) Une alerte attentat est déclenchée en France après la fusillade dans un lycée de Grasse. (Jeudi 16 mars 2017) Un élève a été interpellé. Il y a au moins deux blessés. (Jeudi 16 mars 2017)

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Premier en France à avoir voulu tuer ses camarades avec des armes à feu comme aux Etats-Unis, un lycéen de Grasse ayant blessé cinq personnes le 16 mars 2017 sera jugé à partir de lundi aux assises à Nice. Ce jeudi-là, il avait escaladé le grillage à l'heure du déjeuner et pénétré dans le lycée armé d'un fusil de chasse, d'un revolver et d'un pistolet à grenaille dérobés avec quantité de munitions chez son grand-père.

Interpellé après 35 minutes de terreur dans l'établissement où l'on a d'abord cru à un attentat, comme annoncé par hauts-parleurs, Killian, alors âgé de 16 ans, avait spontanément avoué avoir voulu se venger d'une dizaine de camarades de classe. Sans y réussir car il s'était trompé de salle.

Il avait donné aux enquêteurs la liste des élèves qu'il avait en tête de tuer et pourquoi, selon lui, ils le «méritaient», l'un car «vraiment efféminé», l'autre car elle «croyait en Dieu», une autre encore car elle «avait dit sur Facebook qu'il était ridicule».

«Tentatives d'assassinat»

Par la suite, il a affirmé qu'il avait seulement voulu leur faire «très peur». Accusé de «tentatives d'assassinat», il encourt 20 ans de réclusion et comparaît avec un ami à l'époque déscolarisé, Lucas, accusé de «complicité» pour l'avoir aidé à récupérer les armes et déposé en scooter près du lycée. La famille de Killian a fait appel à l'avocat Eric Dupond-Moretti pour le défendre.

Le huis clos pourrait être requis à l'audience prévue pour durer trois semaines, le lycéen ayant commis les faits en étant mineur. Killian, qui a demandé pardon dans une lettre au juge d'instruction en octobre 2018, est toujours en détention provisoire et seul Lucas a été libéré début 2019 sous contrôle judiciaire.

«Procès hors norme»

«C'est un procès hors norme car ça ne s'était jamais produit en France et les faits sont similaires à ce qui s'était passé aux Etats-Unis à Columbine», analyse Me Aurélie Huertas, avocate de deux lycéens, Alexandre et Akram, «touchés par des balles de plomb, dont l'un au visage» et durablement ébranlés. L'un d'eux a renoncé à assister au procès.

Au lycée Columbine, dans une petite ville du Colorado, deux jeunes armés avaient tué 12 élèves et un professeur le 20 avril 1999, avant de se suicider. Killian était incollable sur cette tuerie, téléchargeant tout depuis au moins 2014. Une vingtaine d'enseignants et personnels du lycée de Grasse dont l'ancien proviseur Hervé Pizzinat, décoré pour s'être courageusement interposé, sont également partie civile.

Hervé Pizzinat avait tenté de raisonner Killian, recevant un tir de revolver dans le bras gauche. A 15 centimètres près, c'était la mort. Pour la première fois en France, le procès devrait permettre de s'interroger sur les ressorts de ce type de violence. Dans sa cartographie de 100 ans de tueries scolaires pour une thèse à l'université de Technologie de Troyes, Jean-Marc van Meenen conclut à l'importance d'une culture de la plus grande attention aux adolescents: «Les auteurs ont un message à faire passer à l'école et le problème du harcèlement est le facteur de risque numéro un».

«Revanche»

Fils d'un élu municipal de droite, élève moyen, introverti mais bien élevé selon ses professeurs, Killian B. entretenait une fascination pour les armes, les images morbides et certains de ses amis avaient eu un mauvais pressentiment sans croire qu'il passerait à l'acte. Dans son téléphone, son propre numéro était associé à l'avatar d'un mort-vivant armé et dans sa chambre, tapissée par deux affiches du clown maléfique Joker, des moules de têtes de mort voisinaient avec des dessins satanistes et des masques terrifiants utilisés pour tourner des vidéos.

Dans l'une postée à l'été 2016 sur YouTube, une phrase en langage codé disait: «Je vais tuer tous les gens de mon lycée». Avertis par sa petite amie, ses parents l'avaient conduit chez un psychiatre qui n'avait conclu à rien d'anormal. Dans une ultime vidéo réalisée la veille de la fusillade, il se filmait autour du lycée en déclarant: «Tout ça va brûler, demain c'est le grand jour, j'aurai ma revanche (...)».

Relativement épargnée par ce type de violence scolaire, la France a connu sa première alerte en 2008 à Meyzieu près de Lyon, où un collégien de 15 ans avait poignardé trois camarades et prévoyait de tuer huit élèves dont il était le souffre-douleur. En 2009, un élève de 4e projetait de tuer certains de ses professeurs à Beauvais (Oise) mais son père avait prévenu la gendarmerie et signalé qu'il avait emporté un fusil de chasse, permettant son interpellation.

(nxp/afp)