Belgique

18 octobre 2019 17:02; Act: 18.10.2019 17:02 Print

«Si ça ne vous plaît pas, retournez à Kinshasa»

Un incident raciste entre un policier et un passager s'est produit dans un train Bruxelles-Liège, pendant la soirée du 15 au 16 octobre. Une enquête interne a été ouverte.

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Une vidéo de l'altercation a été postée sur Twitter. On peut très clairement entendre un agent de la police des chemins de fer (c'est ainsi que l'homme se présente) dire à Joshua, un passager noir de nationalité belge, de «retourner à Kinshasa» si la façon de fonctionner en Belgique ne lui convient pas. Une phrase qu'il répète plusieurs fois. L'homme finit par prendre une photo du passager, sans le prévenir, en poursuivant: «C'est pour ma collection personnelle».

Suite à l'altercation, Joshua s'est confié à la presse belge, constatant que ce qui avait été dit n'est pas normal. «Je revenais de Londres, le 15 octobre, en soirée. Je suis arrivé en Belgique vers 22h45. J'avais une correspondance pour Liège à 22h47, à la gare du midi», explique-t-il. Joshua était en possession d'un billet valable pour le 16 octobre. Soit 1h13 plus tard. «Sur mon ticket, il était mis que le billet était valable le 16 octobre mais il était aussi mis que je pouvais l’échanger à tout moment et prendre une autre correspondance. J’ai pris mon train à 22h47, à Bruxelles. Le train arrivait à Liège à 0h18, le 16 donc».

«Deux policiers m'attendaient»

«Le contrôleur a eu une altercation avec une jeune femme avant moi. Il était déjà très agressif. Quand il est arrivé devant moi, je lui ai demandé: 'C'est comme ça que vous parlez à vos clients?' C’est monté dans les tours». Le contrôleur a exigé que Joshua paie un autre billet. «Comme je ne voulais pas payer un autre ticket, parce que, pour moi, mon ticket était valable, il a appelé la sécurité du train. La police fédérale des rails. Ça a pris de l’ampleur. J'ai eu droit à des réflexions racistes».

Le policier a répété à Joshua à plusieurs reprises que s'il n'était pas content du système belge, il n'avait qu'à retourner à Kinshasa. «Je suis Belge, j’ai grandi ici, j’ai tout fait ici», insiste Joshua. Le contrôleur et le policier l’ont forcé à descendre à Waremme. «Deux policiers m’attendaient. Je pensais que j’allais tomber sur des personnes de confiance, que j’allais pouvoir discuter avec eux, qu’ils allaient m’aider à me sortir de là. J'étais dépassé par la situation», a-t-il avoué. Il a essayé d’expliquer le problème aux officiers. «J’étais très énervé. La seule chose que le policier a trouvé à me dire c’est: "Baissez votre doigt pendant que vous me parlez". Il a répété ça cinq ou six fois. Il a pris ma carte d’identité. J’ai 23 ans. Je n’ai aucun casier judiciaire, je n’ai pas de problème avec la police».

«Ils m'ont mis une amende et m'ont laissé là»

Dans la vidéo, Joshua, encore à bord du train, a refusé de donner sa carte d’identité au contrôleur et à la police des chemins de fer. «Le policier à qui j’ai donné ma carte d’identité sur le quai l'a donnée à ces deux-là. Je me suis dit OK, ils sont tous dans le même camp. Il était 0h15, on était à Waremme. Ils m’ont mis une amende, alors que j’avais un ticket sur moi que j’avais payé, et ils m’ont laissé là».

Joshua a pu compter sur un proche pour rentrer sur Liège. «C’est parti d’une histoire de ticket. Un ticket que j’ai acheté. Ça me dépasse», regrette-t-il.

La SNCB et la police réagissent

Également contactée par la presse belge, la police fédérale de Bruxelles a réagi à l'incident: «La direction de la police des chemins de fer a en effet pris connaissance de la vidéo. Le collègue dont il est question a été identifié et une enquête interne a été ouverte. Il faut maintenant vérifier ce qui s’est passé exactement et dans quel contexte. Ensuite, les mesures appropriées seront prises. Des propos racistes ne sont bien sûr pas tolérés au sein de la police fédérale».

De son côté, la SNCB reste prudente: «Concernant la validité ou non du titre de transport de cette personne, nous avons pris connaissance des faits et nous nous renseignons en interne pour comprendre pourquoi notre accompagnateur a fait appel à la police». Mais pour l’entreprise qui exploite le réseau ferré belge, «tout propos raciste est évidemment inacceptable».

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