Procès à Lausanne

08 avril 2019 21:32; Act: 09.04.2019 13:09 Print

Des soirées trop arrosées finissent au tribunal

par Frédéric Nejad Toulami - Des jeunes femmes très alcoolisées auraient été violées par trois hommes dans le logement de l'un d'eux. Une des victimes était mineure.

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En raison des grandes quantités d'alcool ingurgitées, les jeunes femmes n'ont opposé aucune résistance. (Photo: Keystone)

Une faute?

«Quelles considérations avez-vous pour les femmes?» Agacé par l'attitude des trois accusés, jugés lundi au Tribunal criminel de Lausanne, le président Alexandre Feser a questionné ainsi l'un d'eux. «La question est complexe. Normalement je les respecte», a répondu le prévenu principal. Pourtant, en juillet 2015, puis en octobre 2017, cet individu âgé désormais de 25 ans aurait attiré chez lui des jeunes femmes ivres, avant de profiter sexuellement de la situation avec des complices.

Et ce, même si l'une des jeunes femmes, alors âgée de 17 ans, était endormie sur un matelas à côté d'une copine après avoir vomi, en 2015. Elle s'est réveillée en sentant les mains du trentenaire, allongé nu près d'elle, la tripoter. «Si tu recommences, je te fous une droite!» est-elle parvenue à lui dire.

Alors qu'il dément l'avoir pénétrée, il lui aurait quand même déclaré devant témoins au petit matin, au moment où ils quittaient le logement: «On t'a baisée.» Sur le moment, la jeune fille était très faible, au point d'être soutenue pour marcher. Ce n’est que plus tard, en reprenant ses esprits, qu’elle a réalisé certaines choses. «J'ai appelé ma soeur, qui m'a conseillé de retourner dans cet appartement pour récupérer un préservatif utilisé jeté près du matelas, comme preuve. Je me suis ensuite rendue au poste de police pour déposer plainte et donner mon string ainsi que mon legging, puis je suis allée à l'hôpital.»

Une tournante avec une femme ivre de 19 ans

Une nuit d'automne 2017, deux autres jeunes femmes, rencontrées en boîte, ont aussi fini par accepter de suivre le principal accusé dans son logement, où son cousin a rejoint le groupe. Tandis que les filles dormaient dans le même lit, les gars sont sortis acheter de la vodka et des boissons énergisantes. De retour, ils ont fait boire leurs invitées. «On était ivres mais pas au point de ne pas savoir ce qu'on faisait», a dit à la Cour le cousin, décrivant une «ambiance festive». Tous les quatre sont d'ailleurs ressortis acheter de la vodka.

Les hommes ont démenti s'être mis d'accord pour enivrer massivement les jeunes femmes afin d'avoir des relations sexuelles avec elles. Pourtant, des textos envoyés à un troisième larron, encouragé à les rejoindre «d’urgence», étaient cependant très explicites quant au but visà. Ils parlaient de «sexe», de «pute» et de «baiser». D'ailleurs, l'ami sollicité a rappliqué avec des préservatifs. Mais lui et le cousin ont nié avoir abusé sexuellement de la fille de 19 ans. Et l'ADN de l'un d'eux retrouvé dans l'anus de la plaignante? «C'est impossible, Monsieur le juge.»

L'atmosphère n'a changé que quand cette jeune femme, saoule, s'est sentie mal et s'est effondrée en larmes. Sa copine lui aurait dit: «Pourquoi tu agis toujours ainsi mais tu n'assumes pas ensuite?»

En préventive depuis un an et demi

Camerounais comme ses complices, l'accusé principal est détenteur d'un permis de séjour B. Il est en détention préventive depuis plus de 560 jours. Le Ministère public a retenu contre lui, son cousin et le troisième prévenu la contrainte sexuelle commise en commun, subsidiairement des actes d’ordre sexuel sur deux personnes incapables de discernement ou de résistance. Le viol a aussi été retenu par la procureure.

Il est aussi reproché à l'un d'eux d'avoir profité de l'aide sociale alors qu'il travaillait sans l'avoir déclaré, ainsi que de s'être adonné à un trafic de marijuana. Un autre menait des activités illégales alors qu'il n'avait pas de permis de séjour.

Le procès se poursuit cette semaine.