France

27 mars 2011 13:03; Act: 27.03.2011 13:15 Print

Elle commandite l'agression de son père

Une fille de bonne famille française est soupçonnée d'avoir manigancé l'agression de son père à coups de batte de base-ball. Elle est en prison.

Une faute?

Dans la nuit du 8 au 9 février, Gérard W., retraité sans histoire, met en fuite un homme qui vient de l'agresser dans son sommeil à coups de batte de base-ball: depuis dix jours, sa fille de 20 ans dort à Fleury-Mérogis, accusée d'avoir commandité l'attaque.

Les motivations présumées de la jeune femme, mise en examen pour tentative d'homicide volontaire, restent floues.

Tout comme celles de son ami de 23 ans, inséré socialement, qu'elle aurait convaincu de passer à l'acte et qui aurait porté les coups à Gérard W., 68 ans. Selon une source proche de l'enquête, ils ont été confondus par l'absence d'effraction et l'ADN de l'agresseur sur une cagoule et des lunettes que la victime était parvenue à lui arracher.

«Ma fille a expliqué qu'elle ne supportait pas mon regard sur ce qu'elle faisait», explique à l'AFP ce retraité, installé de longue date à Thorigny-sur-Marne (Seine-et-Marne), qui, sorti du rang, fut une figure de l'industrie automobile française.

«Il a été le monsieur design de Peugeot jusqu'au milieu des années 2000. L'image Peugeot, celle du félin, c'est lui», raconte à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un de ses amis, spécialiste du secteur. Passionné d'automobile, Gérard W. a monté avec des amis une écurie de bonne réputation dans le monde des amateurs de l'endurance, qu'il aligne régulièrement depuis plus de 30 ans aux 24 Heures du Mans.

La passion de Julie-Camille, jolie jeune femme, c'est l'équitation. Elle est inscrite depuis deux ans dans un club hippique à Jouarre, à 40 kilomètres du domicile, où elle a installé son cheval, Pixies Leam Pondi.

Elle participe régulièrement à des compétitions où elle est souvent accompagnée de Nicolas, ami de longue date devenu ingénieur aéronautique, selon le père. «Elle disait que c'était un ami, pas son petit ami. Lui assurait qu'il n'était pas amoureux d'elle», raconte Gérard W. La veille de l'agression, Julie-Camille s'était installée chez lui, selon une source proche de l'enquête.

Le moniteur d'équitation de Julie-Camille, Antonio Condé-Ferreira, se souvient de sa dernière visite au club «début mars», quelques semaines après l'agression. Gérard W. «n'était pas d'accord sur certains trucs, il trouvait qu'elle rêvassait un peu», explique-t-il. «Elle disait vouloir faire de la compétition mais ne s'en donnait pas les moyens», selon le cavalier.

Gérard W. ne nie pas des tensions: «Ma fille, pour qu'elle soit agréable, il faut tout lui céder. J'ai essayé de mettre des limites.»

«Récemment, elle se désintéressait de l'équitation», poursuit-il. Après un CAP de décoration céramique en 2009, la jeune femme s'est mise à rêver de célébrité. «Elle essayait d'enregistrer un CD» et «avait figuré dans un clip de Christophe Maé. Elle était entrée dans ce monde là», raconte son père.

De l'avis d'Antonio Condé-Ferreira, Julie-Camille «est un petit peu dans son monde».

Sur son blog, la jeune fille explique qu'elle aspire à une carrière de mannequin ou d'actrice, se décrit «à fleur de peau», «dotée d'une sensibilité maladive», «poète passionnée». «Je me détache de l'univers tel un pétale de rose évasif», écrit-elle.

Gérard W. explique l'agression comme «une espèce de jeu de rôles mené par deux jeunes un peu fragiles et qui a mal tourné». Son agresseur présumé est «un garçon qui disait pouvoir se fondre dans n'importe quel personnage, tel un héros de BD», selon lui.

Gérard W. prend régulièrement des nouvelles de Pixies Leam Pondi, selon Antonio Condé-Ferreira. Mais il n'a pas l'autorisation de rendre visite à sa fille à la maison d'arrêt. «Maintenant, je vais essayer de la sortir de là», dit-il la voix étranglée. «J'ai un souhait: faire comme si rien ne s'était passé.»

(afp)