Guinéen tué près de Rouen

22 juillet 2019 10:13; Act: 22.07.2019 22:50 Print

«Rien ne permet d'établir le lien avec la CAN»

L'homme qui aurait mortellement roué de coups un universitaire de Rouen a été admis à l'hôpital, quelques heures après son interpellation.

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Le jeune chercheur de 31 ans, père de famille, a été tué vendredi. (Photo: DR)

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Moins de soixante-douze heures après l'agression mortelle d'un jeune universitaire guinéen près de Rouen (nord-ouest), qui a suscité un vif émoi en France pour son caractère présumé raciste, un Français d'origine turque, aux antécédents psychiatriques, a été interpellé lundi matin avant que sa garde à vue soit levée pour raison médicale. Il a été hospitalisé.

Dans la soirée, le procureur de Rouen Pascal Prache a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie ou une nation, une prétendue race ou religion déterminée».

Cette infraction de nature criminelle «fait encourir une peine de 20 ans de réclusion». Le suspect, né en 1990, présente des «antécédents psychiatriques» et est «sous curatelle renforcée», a-t-on indiqué de source policière.

Dans un premier temps, des sources policières avaient indiqué que le suspect était de nationalité turque. Pascal Prache a précisé à l'AFP qu'il était de nationalité française mais avait des origines turques et que, «à la suite de l'examen médical, la garde à vue allait être levée» et le suspect «hospitalisé».

«C'est un petit voyou connu pour des délits mineurs, comme de stupéfiants», a indiqué à l'AFP une source policière. Les faits ont eu lieu vendredi vers 20h20, peu avant la finale de la Coupe d'Afrique des Nations entre l'Algérie et le Sénégal.

Selon l'avocat de la famille, Me Jonas Haddad, «il s'agit d'un crime raciste, sans aucun doute, mais rien ne permet d'établir que c'est en lien avec la finale de la CAN. Rien ne permet de dire aussi qu'il a été agressé par un supporteur algérien», avait-il dit lundi matin à l'AFP alors que certaines personnalités et associations pointaient du doigt la communauté algérienne.

Marche blanche vendredi

Vendredi soir, M.B., enseignant-chercheur à l'Université de Rouen-Normandie, a été invectivé par son agresseur, à la hauteur d'un arrêt de bus à Canteleu, alors qu'il rentrait chez lui en voiture avec son épouse, selon des proches de la victime et l'avocat. «L'agresseur les a pointés du doigt et a dit: Vous les sales Noirs, on va vous niquer ce soir », a expliqué Kalil Aissata Kéita, enseignant chercheur à l'Université de Rouen, lui aussi guinéen et «ami proche» de la victime.

M.B. serait descendu de sa voiture pour demander des explications. L'agresseur «l'a frappé à coups de poings et de bouteilles», puis, «la victime est mal tombée, il a perdu beaucoup de sang. Quelqu'un a tenté de lui faire un massage cardiaque», a expliqué Me Haddad. Transporté à l'hôpital de Rouen, M.B, père d'une petite fille, est mort samedi.

M.B, âgé de 31 ans, avait soutenu une thèse de droit le 27 juin à Rouen sur les «politiques fiscales et douanières en matière d'investissements étrangers en Afrique francophone», selon le site de l'Université.

Une marche blanche doit être organisée vendredi à Rouen, a précisé l'avocat. Cette agression mortelle a suscité de vives condamnations, en France comme en Afrique.

Le député Les Républicains (droite) Éric Ciotti s'est déclaré dès dimanche «scandalisé par ce crime barbare», tandis que la présidente de la région parisienne Valérie Pécresse se disait «choquée». «Le racisme à en pleurer. Une femme, une fille dévorées par le chagrin parce que la vie de celui qu'elles aimaient a rencontré un abruti», s'était indigné pour sa part le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

Lundi, le président guinéen Alpha Condé s'est déclaré «très touché». Le gouvernement guinéen a déclaré suivre «de très près» l'enquête des autorités françaises, indique un communiqué de la présidence.

L'ex-Premier ministre guinéen et opposant Sidya Touré s'est lui aussi dit «très peiné par la mort du jeune enseignant M.B. dans des conditions aussi tragiques». A Dakar, le président sénégalais Macky Sall a condamné sur Twitter un «crime odieux». SOS Racisme estime que «toute la lumière doit être rapidement faite sur les circonstances de cet acte barbare».

(nxp/afp)