Suisse/Italie

17 octobre 2019 09:15; Act: 17.10.2019 09:46 Print

Jamais élucidée, l'affaire Luca sera bientôt prescrite

Le doute ne sera jamais levé sur l'agression subie en février 2002 à Veysonnaz (VS) par le petit Luca, aujourd'hui âgé de 25 ans et handicapé à vie.

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La page de cette triste affaire jamais élucidée qui porte le nom de cet enfant de 7 ans retrouvé partiellement dévêtu et gisant dans la neige en état d'hypothermie à Veysonnaz le 7 février 2002, sera définitivement tournée le 22 novembre prochain.

Luca aura alors 25 ans, l'âge auquel le droit suisse prévoit la prescription pour certaines infractions commises contre un enfant. Aveugle et tétraplégique suite au drame, Luca vit en Italie avec sa mère et poursuit ses études. L'affaire laisse un goût amer à la famille, à ses proches et à l'opinion publique.

Intervention de tiers

Dès le début, le chien Rocky, un berger allemand de sept mois avec qui Luca et son frère Marco étaient partis se promener, est considéré comme le principal protagoniste de l'affaire. Il n'aurait pas attaqué Luca, mais aurait eu avec lui au moins une «interaction excessive et non maîtrisée», selon le professeur Patrice Mangin, alors directeur du Centre universitaire romand de médecine légale de Lausanne.

La thèse du chien n'a jamais convaincu, notamment la famille et certains spécialistes des canidés. Même la justice n'a jamais exclu une intervention de tiers dans l'agression dont a été victime l'enfant.

Luca témoigne

En janvier 2012, lors d'une conférence de presse, Nicola Dubuis, alors procureur général adjoint, indique que les alibis des adolescents suspectés d'avoir été sur place au moment des faits ont été contrôlés. Rien n'indique selon lui leur présence sur place. Pour Fred Reichenbach, détective privé et ancien inspecteur de police à Genève, les contrôles n'ont pas été sérieusement menés. Dix-sept ans après les faits, il croit toujours dur comme fer à une agression par des adolescents.

En marge de la conférence de presse de 2012, Luca témoigne devant une nuée de journalistes dans un café. Il explique que pendant qu'il jouait avec son chien et son petit frère, des «gens sont arrivés. Ils ont commencé à me déshabiller et à me frapper (...). Ça fait dix ans que je répète la même chose et on ne me croit pas aujourd'hui encore», disait-il.

Dessin du petit frère

Suspendue en 2004 faute d'inculpé(s), l'instruction est rouverte en 2010. Le Ministère public décide de faire expertiser un dessin réalisé en 2005 par le petit frère Marco. Il montre trois individus qui attaquent Luca, Marco caché derrière un arbre et le chien Rocky qui s'en prend à l'un des agresseurs.

Les quatre experts estiment que le dessin n'est pas utilisable. Dans leur rapport, ils rappellent que Marco a changé plusieurs fois de version quant au déroulement du drame et ils mettent en relief les phénomènes «de contamination du souvenir» qui, selon eux, ont sûrement influencé la narration non verbale représentée par le dessin de Marco.

En 2011, la commission de justice du Grand Conseil estime dans un rapport que la première phase d'instruction de l'affaire Luca a été «précipitée, menée avec une curiosité insuffisante et une constitution lacunaire du dossier d'instruction».

Nouvelles analyses

En janvier 2013, des experts italiens mandatés par la famille de Luca excluent une agression du chien. Ils ne fournissent pas d'explication définitive sur ce qui s'est passé, mais estiment que les avancées de la science pourraient ouvrir de nouvelles pistes.

En avril 2013, le Ministère public valaisan indique qu'il va mener de nouveaux interrogatoires, des ambulanciers qui ont pris en charge Luca et d'un médecin. Il procédera aussi à de nouvelles analyses ADN et du dossier médical de Luca.

Selon des sources autorisées, ces nouvelles investigations n'ont pas réussi à faire avancer le dossier. Le procureur général Nicolas Dubuis n'a pas répondu aux nombreuses sollicitations de Keystone-ATS.

(nxp/ats)