«Bébé du coffre»

16 octobre 2019 16:21; Act: 17.10.2019 09:28 Print

La mère condamnée à 5 ans de prison ferme

Le procès en appel de la génitrice de la petite Séréna, qui souffre de graves séquelles après avoir été «enfermée» durant deux ans, s'est clos mercredi.

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Huit ans de prison avaient été requis devant la Cour d'assises de la Corrèze contre Rosa C. en première instance. (Photo: AFP)

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Une peine de cinq ans de prison ferme a été prononcée mercredi en appel à Limoges à l'encontre de Rosa C., la mère de Séréna, le bébé dit «du coffre», resté caché et confiné pendant vingt-trois mois au prix d'infirmités aujourd'hui permanentes.

La peine prononcée par la Cour d'assises d'appel de la Haute-Vienne, après quatre heures de délibérations, est assortie d'un suivi socio-judiciaire de six ans, avec obligation de soins. Une peine de «pas moins de 10 ans» de prison avait été requise contre la mère de l'enfant qui a passé ses vingt-trois premiers mois dans une voiture ou un sous-sol, à l'insu de tous.

Peine plus lourde

«Parce que Séréna est détruite, vous ne pouvez pas la [sa mère] laisser repartir avec un blanc-seing», a lancé l'avocat général Claude Derens à la Cour d'assises d'appel de Haute-Vienne, l'invitant à sanctionner «plus lourdement» qu'en première instance, en novembre 2018.

Huit ans de prison avaient alors été requis devant la Cour d'assises de la Corrèze contre Rosa C., 51 ans, mais elle n'avait été condamnée qu'à cinq ans, dont trois avec sursis, une peine «bâtarde», a regretté M. Derens, requérant aussi un suivi socio-judiciaire.

Le Parquet général avait fait appel. Mme C., aujourd'hui détenue, avait également fait appel notamment de sa déchéance «totale» d'autorité parentale sur Séréna.

À bientôt 8 ans, Séréna a le développement mental d'un enfant de 2-3 ans, et vivra jusqu'à sa majorité au moins entre famille d'accueil et institut spécialisé. Découverte à l'occasion d'une réparation de voiture, elle a passé presque deux ans dans un couffin, le plus souvent dans le coffre du break maternel, ou dans une pièce en travaux au rez-de-chaussée de la maison familiale, à l'insu de toute la maisonnée.

«Enfermement constant, organisé»

«Je suis [...] davantage sensibilisé par l'enfant sauvage que par celui qui l'a rendu sauvage», a lancé mercredi l'avocat général, en convoquant dans son réquisitoire une référence à Victor de l'Aveyron, du film «L'Enfant sauvage» de François Truffaut (1970).

«Est-ce que [l'accusée] peut oblitérer le fait qu'il y a une petite infirme définitivement emmurée dans son silence ?» a poursuivi M. Derens, pour qui l'infirmité permanente de Séréna est le résultat direct d'un «enfermement constant, organisé [...], dans des conditions qui dépassent l'entendement» durant ses vingt-trois premiers mois.

«Cet enfermement, c'est la violence superlative», a-t-il résumé, estimant que le procès en appel, en huit jours, n'a fait apparaître «aucun signe en faveur d'une déresponsabilisation» de Mme C. Il a au contraire pointé des «stratégies d'évitement», des «dérobades», un «mode de défense» qui «se retranche derrière son impossibilité à nommer les choses».

Me Chrystèle Chassagne-Delpech, avocate de Rosa C., en une plaidoirie énergique d'une heure et demie, a d'emblée posé que demander l'acquittement n'était pas «nier» ou «être contre» Séréna.

«Si c'est un monstre...»

L'avocate, qui a plaidé le «déni de grossesse» – le 3e en quatre maternités – suivi d'un «déni d'enfant», concept hautement controversé au procès, a fait sienne le scénario, soutenu par certains psychiatres et obstétriciens, d'une «dissociation psychique post-traumatique» de Mme C, «face à l'inacceptable».

Une conscience «dissociée, coupée en deux». D'où des négligences «horribles», mais aussi des «gestes automatiques» de protection – soins a minima, alimentation, suppositoires – qui ont permis la survie de l'enfant. «Sans cette dissociation, elle aurait vraisemblablement tué Séréna».

«Ce serait tellement plus facile si on savait qu'elle était maltraitante avec ses autres enfants» de 16, 15 et 10 ans, décrits par tous comme parfaitement élevés. «On se dirait qu'elle est perverse . Or, elle en est loin. C'est donc qu'il s'est passé quelque chose...»

«Quel est l'intérêt de la société à la laisser en prison ?» s'est-elle enfin demandé. «Elle a déjà été punie» et «n'aura jamais assez de sa vie pour se pardonner de ce qu'elle à fait», même si «elle n'est pas en mesure de l'expliquer».

«Si vous la condamnez, vous devez avoir la certitude que c'est une femme abjecte qui a privé volontairement Séréna de soins [...] mais alors, si c'est un monstre, pourquoi 10 ans ? [Il faut] plus!» a-t-elle lancé, affirmant que rendre à Rosa C. «sa liberté, ses enfants et ce qui lui reste de son honneur», ce n'est «pas trahir Séréna».

Enfin, l'avocate a assuré les jurés qu'ils pouvaient «changer les choses» sur le déni de grossesse, encore objet d'«un vide psychiatrique», d'«un vide juridique».

(nxp/afp)