France

16 novembre 2019 20:02; Act: 16.11.2019 20:02 Print

Le bébé «n’avait que la peau sur les os»

Les parents d'un enfant de 22 mois, mort de faim en 2013, ont été condamnés vendredi à 17 ans de réclusion criminelle.

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(Photo: (Photo: AFP/archive/photo d'illustration))

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La cour d'Assises de la Creuse (FR) a rendu son verdict. La mère et le père du bébé mort à 22 mois à la suite d'une dénutrition extrême ont été condamnés à 17 ans de réclusion criminelle. «C’est une condamnation lourde, mais pleine de sens», a réagi Me Yves Crespin, avocat de l'association L'Enfant bleu, seule partie civile.

La cour et les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocat général sur la peine, sans toutefois ordonner le retrait de l'autorité parentale, réclamé par le ministère public. Le 25 avril 2013, lors de sa dernière visite chez le médecin, l'enfant «pesait 8,550 kg. Six semaines plus tard, quand il est mort» aux urgences, «il ne pesait plus que 5,825 kg. Il a perdu 32% de son poids. C’est le poids qu’il faisait à trois mois», avait exposé dans la matinée l'avocat général Bruno Sauvage dans son réquisitoire. Le bébé «est mort de dénutrition et de déshydratation aboutissant à une cachexie, c’est-à-dire qu’il n’avait que la peau sur les os, sans masse graisseuse», a-t-il asséné.

L'affaire, hors-norme, est résumée en trois mots : «oubli, calvaire, souffrance». À la barre, les experts ont évoqué une «situation de négligences et de carences extrêmement sévères» comme causes de la mort.

Les parents nient toute responsabilité

«Ils n’avaient pas conscience de leur dysfonctionnement», a soutenu l'avocate des parents Émilie Bonnin-Bérard. Tous deux reconnaissent aujourd'hui des manquements, mais contestent toute responsabilité dans la mort de leur fils. Dans le box des accusés, le père, apathique, la mère, parfois émue aux larmes, écoutent les descriptions cliniques de la dépouille décharnée de leur fils.

A leur domicile, les enquêteurs tombent sur des literies sales, des denrées périmées dans le réfrigérateur, le carnet de santé du bébé décédé «sous les détritus». C'est de «l'incompétence» parentale, acquiesce l'avocate, mais «l’incompétence est-elle pénalement répréhensible?», s'est-elle interrogée en demandant la relaxe.

Le médecin jugé pour «non-assistance à personne en péril»

Le médecin traitant de la famille doit être prochainement jugé en correctionnelle pour «non-assistance à personne en péril» - un «fait rare» selon L'Enfant Bleu. Jeudi, il avait concédé à la barre une «grossière erreur», une «erreur d'appréciation». Entendu comme témoin, il avait assuré n'avoir «jamais constaté un quelconque signe de danger et de péril sur cet enfant», qu'il avait vu sept fois entre janvier 2012 et avril 2013.

Signalements anonymes ignorés

Cette affaire met en lumière le «rôle crucial du médecin dans le repérage des maltraitances», avait déclaré à l'AFP la directrice de l'association, Laura Morin, au début du procès. Aucune mesure d'urgence n'avait également été ordonnée après des signalements anonymes en mai 2013 aux services sociaux, quelques semaines avant la mort de l'enfant.

(L'essentiel /20 minutes/afp)