Drame du petit Julen

06 février 2019 16:46; Act: 06.02.2019 16:46 Print

Le proprio du terrain livre une version peu cohérente

Le propriétaire du terrain où Julen a perdu la vie en tombant dans un puits illégalement creusé s'est exprimé devant les médias. Ses explications laissent la Garde civile sceptique.

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Depuis un peu plus de trois semaines, David Serrano n'a pas beaucoup dormi. Propriétaire du terrain où a été creusé le puits non autorisé qui a coûté la vie au petit Julen, l'Espagnol est rongé par la culpabilité, rapporte «La Vanguardia». Lors d'une conférence de presse organisée mardi, l'homme a assuré que les parents du garçonnet de 2 ans avaient été avertis de la présence de ce trou, mais que personne ne pensait qu'un enfant puisse y chuter.

Devant une forêt de micros, David Serrano est revenu sur cette tragique journée du 14 janvier, qui avait commencé dans la joie et l'allégresse. Plusieurs familles, dont celle de Julen, s'étaient réunies autour d'une paella pour fêter l'acquisition d'un nouveau terrain. Alors que la mère du petit était au téléphone, l'enfant s'est éloigné malgré la surveillance de son père. C'est à ce moment-là que David Serrano a entendu un cri: «J'ai approché, mais il était trop tard, il avait disparu. Il avait disparu», témoigne l'Espagnol.

«Je ne me le pardonnerai jamais»

La présence de ce puits profond de 110 mètres et large de 25 centimètres avait certes inquiété l'individu, mais jamais il n'aurait pensé qu'un tel drame survienne. «Je craignais que quelqu'un s'y coince le pied et se le torde. Jamais de ma vie je n'ai imaginé qu'un enfant puisse tomber à l'intérieur. Jamais», sanglote David Serrano, qui s'en veut terriblement d'avoir sous-estimé le danger. «Je ne me le pardonnerai jamais. Jamais. Ce qui est arrivé à Julen, cela aurait aussi pu arriver à ma fille de 2 ans», ajoute-t-il.

Pour l'heure, le propriétaire du terrain n'est pas inquiété par la justice, même si de nombreuses voix lui reprochent sa négligence. «Notre client ne pouvait pas imaginer que qui que ce soit tombe dans ce puits et même la Garde civile n'a pas immédiatement cru possible qu'un enfant soit passé par là», font valoir les avocats de l'Espagnol. Il n'est cependant pas exclu que David Serrano fasse, à terme, l'objet de poursuites pour homicide involontaire par imprudence.

La Garde civile n'y croit pas

L'entreprise qui a foré le puits se retrouve, elle, en fâcheuse posture. David Serrano savait qu'un permis était requis pour effectuer de tels travaux mais il assure qu'il pensait que la société sollicitée avait fait les démarches nécessaires. Or l'entreprise n'a pas pris la peine de reboucher le trou une fois son mandat effectué. Par précaution, David Serrano avait alors posé des parpaings sur l'embouchure de la cavité. Une protection qui s'est avérée insuffisante: «J'avais bouché l'accès mais le petit s'est glissé entre les pierres», explique l'Espagnol.

Selon «El Mundo», la Garde civile, qui voit l'intervention de David Serrano comme une tentative de se disculper, ne croit pas en sa version des faits: «Il est impossible pour un enfant de 2 ans de déplacer ces blocs de béton. Dans sa première version, lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, David Serrano ne nous avait pas dit qu'il avait utilisé ces parpaings pour couvrir le trou. Il avait seulement déclaré qu'il ne savait pas qu'il était découvert. Ensuite, il nous a dit qu'il avait utilisé ces blocs pour le refermer. Nous pensons que cette version lui est venue à l'esprit quand il a vu des photos prises ce jour-là», a déclaré un agent responsable de l'enquête.

Le garde civil estime d'ailleurs que David Serrano s'est tiré une balle dans le pied en parlant aux médias: «Il reconnaît qu'il savait que le puits représentait un réel danger et qu'il a malgré tout organisé une paella dans une zone de travaux illégaux, sans garantir la sécurité des invités», résume-t-il.

(joc)