Genève

06 mars 2017 21:18; Act: 06.03.2017 21:21 Print

«Après 10 ans passés ici, je vais sortir de l'ombre»

par David Ramseyer - La régularisation massive des sans-papiers a débuté. Des permanences ont ouvert pour les aider à constituer leur dossier.

storybild

Dans le hall d'entrée des locaux du syndicat Sit, une réception a été installée pour orienter les sans-papiers. (Photo: dra)

Sur ce sujet
Une faute?

«Merci, merci, je suis si content!» Daniel* met toute la chaleur de sa Colombie natale dans sa poignée de main au syndicaliste qui le reçoit. A Genève depuis 2003, ce nettoyeur employé au noir et son épouse Juliana*, qui effectue des gardes d'enfants, font partie des quelques 200 clandestins qui ont afflué ce lundi au siège du SIT, en vieille-ville. Le syndicat y a créé une permanence pour les aider à régulariser leur situation, dans le cadre de l'opération Papyrus (cf. encadré). Dès mardi, d'autres infrastructures ouvriront dans les locaux d'Unia et du Collectif de soutien aux sans-papiers.

Fin de l'angoisse

Assis au bureau de Thierry Horner, en charge de la question des clandestins au SIT, le couple colombien retrace son parcours rythmé par les refus successifs de la Confédération et de la justice de normaliser son statut. «On a eu plein de crises d'angoisse, mais c'est fini, sourit Juliana. C'est surtout bien pour nos deux adolescents. Ils vont pouvoir vivre normalement. Avant, on limitait leurs déplacements par peur d'être repérés.»

Face aux deux clandestins, Thierry Horner n'a aucun doute: «Vous allez être régularisés, c'est clair». Daniel s'emballe: «On pourrait avoir notre permis la semaine prochaine?» - «Je ne sais pas. Mais votre dossier est déjà constitué, ça va aller vite». Les yeux brillants de bonheur, le couple prend congé. Ce dernier reste cependant une exception.

Dossiers à constituer

Les permanences qui s'ouvrent ces jours feront majoritairement face à des personnes encore dans le flou. L'objectif est d'informer et aider les sans-papiers à rassembler justificatifs et documents qui leur permettront de réguler leur situation. Le syndicat enverra le tout à l'administration cantonale, qui statuera in fine.

A quelques mètres des bureaux qui ne désemplissent pas, le SIT a organisé des séances d'information impromptues dans les salles d'attente. Une réception a aussi été installée dans le hall. Une jeune femme oriente les gens qui se pressent devant sa table et distribue des fiches d'information à tour de bras. De manière générale, tout se déroule dans un très bon état d'esprit, note le syndicat.

Prudence, prudence...

Un ticket numéroté à la main, Bechir* attend d'être reçu. Ce Tunisien de 35 ans a travaillé dans plusieurs restaurants genevois. «Il y a beaucoup de gens, c'est un peu confus mais c'est normal, tout le monde veut régler sa situation. Moi-même je suis un peu perdu, note-t-il. Il me manque notamment une attestation de travail qu'un de mes patrons ne m'a jamais donnée. Mais je suis confiant: après 10 ans passés ici, je vais enfin sortir de l'ombre».

Moda*, quadragénaire sénégalais, attend lui aussi son tour. Oui, l'espoir d'une régularisation le réjouit, mais il reste prudent: «Jusqu'ici, rien ne s'est encore concrètement passé».

* Nom d'emprunt