Genève

18 octobre 2018 21:00; Act: 18.10.2018 21:00 Print

«Après le choc, le soutien reçu nous donne espoir»

par David Ramseyer - Vandalisée par un groupuscule, a priori d'extrême-droite, une librairie a suscité une vague de solidarité dans la population.

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«A bas le fascisme, l'intégrisme et l’obscurantisme», écrit Mounia, avant de coller son post-it jaune sur la vitrine saccagée de la Librairie du Boulevard, au centre-ville de Genève. Des dizaines de messages couvraient ce jeudi une croix celtique et des tags sprayés sur le verre fissuré. Les papiers de couleurs regorgent d'encouragements, de coeurs, de slogans pour la liberté d'expression... «Les cons ont peur des livres», ricane un anonyme. Spécialisée dans les oeuvres politiques et marquée à gauche, cette boutique bien connue du quartier de Plainpalais expose actuellement de la littérature antifasciste. Dans la nuit de lundi à mardi, de présumés extrémistes de droite l'ont prise pour cible. Plainte a été déposée.

Depuis l'attaque, les soutiens affluent. Outre les nombreux mots qui recouvrent la devanture fracassée, «des clients ou des passants nous ont proposé de l'argent, une assistance juridique, certains ont fait la queue à la caisse juste pour dire qu'ils pensaient à nous», s'émeut Anne, une des libraires. Le mouvement de solidarité est né spontanément, et aujourd'hui, les relais sont nombreux sur les réseaux sociaux. Des messages de soutien ont été envoyés de France ou encore d'Allemagne.

Ces marques d'amitié ont ainsi permis au collectif qui gère les lieux de surmonter le choc. «C'est magnifique, ça redonne espoir, confirme Anne. S'il y a des gens juste bêtes et méchants, la majorité exprime ses opinions intelligemment.»

Le souvenir du nazisme

D'origine allemande, la libraire ne peut cependant s'empêcher d'établir un parallèle avec les heures les plus sombres de l'Histoire (cf. vidéo ci-dessus). Notamment la nuit de cristal, orchestrée par le régime nazi (ndlr: les 9 et 10 novembre 1938, sur ordre d'Hitler, près de 8000 commerces juifs et synagogues avaient été détruits en Allemagne et en Autriche).

Laura, qui travaille aussi à la Librairie du Boulevard, soupire: «Etre agressé juste pour ce que l'on est, ou parce que l'on défend des idées... J'ai peur qu'une autre fois, cela aille plus loin». La jeune femme avoue avoir cauchemardé la nuit après les faits. «Je voyais des hommes en noir, masqués, ils saccageaient nos locaux. Nous devions nous cacher sous les tables.» Le collectif reste cependant ferme: «On n'avait jamais connu ça. Mais nous ne renierons pas ce que l'on fait, clament Anne et Laura. Nous sommes heureuses de voir que les gens nous soutiennent sur le fond, en disant halte au fascisme».

Près de la librairie, les locaux du syndicat étudiant CUAE et de l'espace autogéré Le Nadir ont également été vandalisés. Là aussi, la solidarité a joué: «Beaucoup de gens sont venus nous témoigner leur sympathie et leur soutien, se réjouit Leonhard Unterlerchner, secrétaire permanent de la CUAE. Il y a eu une réaction; l'indifférence aurait été douloureuse».