Maroc / Genève

05 juin 2019 06:11; Act: 05.06.2019 06:17 Print

«Ce qu'on lui reproche n'a pas de lien avec le crime»

par Jérôme Faas - L’avocate de K., le Genevois jugé dans le cadre du meurtre de deux touristes fin 2018, estime que le dossier est vide.

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Un tribunal a confirmé mercredi en appel la condamnation à mort de quatre hommes pour l'assassinat de deux touristes scandinaves décapitées en décembre au Maroc au nom du groupe État islamique. Au total, 24 hommes étaient jugés dans ce procès très suivi, dont un Suisse, qui a écopé de 20 ans de prison. (Jeudi 31 octobre 2019) Le procès en appel concernant la décapitation de deux jeunes touristes scandinaves au nom du groupe Etat islamique (EI) touche à sa fin. (Mercredi 30 octobre 2019) Le parquet marocain a demandé mercredi en appel l'exécution des meurtriers des deux touristes scandinaves assassinées au nom de l'EI. (23 octobre 2019) Le procès en appel des 24 accusés, dont un Suisse, condamnés après la décapitation de deux touristes scandinaves au nom du groupe Etat islamique (EI), a repris mercredi au Maroc. (Mercredi 11 septembre 2019) Au dernier jour du procès, une lettre de la mère de Louisa, l'étudiante danoise de 24 ans assassinée dans le Haut-Atlas aux côtés de son ami norvégienne de 28 ans, a été lue devant le tribunal. (jeudi 11 juillet 2019) Le procès des assassins présumés de deux jeunes touristes scandinaves, décapitées mi-décembre au Maroc au nom du groupe Etat islamique (EI), touche à sa fin avec les plaidoiries des avocats jeudi et un verdict possiblement dans la foulée. (11 juillet 2019) Les dernières comparutions ont eu lieu dans le cadre du procès pour assassinats de deux touristes scandinaves, tuées à mi-décembre 2019, au Maroc. (Jeudi 20 juin 2019) Au Maroc, le procès de 24 hommes suspectés du meurtre et de la décapitation de deux touristes scandinaves a repris. (Jeudi 30 mai 2019) Le procès des assassins présumés de deux touristes scandinaves, décapitées dans le sud du Maroc, a été ajourné jeudi au terme d'une brève audience. (Jeudi 16 mai 2019) Les suspects de l'assassinat de deux touristes au Maroc avaient adhéré à un «credo jihadiste», selon les enquêteurs. (Jeudi 16 mai 2019) Le procès a été reporté au 16 mai. L'épouse (à droite) et la mère (au centre) du suspect Hispano-Suisse étaient présentes au tribunal à Salé, ville-jumelle de Rabat. (Jeudi 2 mai 2019) Forte présence de la police pour le procès des assassins présumés de deux jeunes touristes scandinave. (Jeudi 2 mai 2019) Les suspects arrivent pour être jugés devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Salé, ville-jumelle de Rabat. (Jeudi 2 mai 2019) Le procès des assassins présumés de deux touristes scandinaves a débuté jeudi 2 mai 2019 devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Salé, à Rabat. Il a été rapidement reporté au 16 mai. Cette décision a été prise pour permettre aux avocats de mieux prendre connaissance du dossier. Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et son amie Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été tuées, dans la nuit du 16 au 17 décembre 2019, sur un site isolé du Haut-Atlas où elles campaient. Le site où le double assassinat a eu lieu, près du village d'Imlil. La police scientifique près de la tente où les deux touristes campaient. La police scientifique près de la tente où les deux touristes campaient.

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«Une histoire a été créée. Ce que l’on reproche à mon client n’a non seulement aucun lien avec les assassinats mais n'est, qui plus est, pas punissable.» Avocate à Genève, Me Saskia Ditisheim défend K., ce Genevois helvético-hispanique incarcéré au Maroc depuis le 29 décembre 2018. Le jeune homme de 25 ans est jugé depuis le 2 mai dans le cadre du meurtre de deux touristes scandinaves décapitées à Imlil dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018 - alors qu’il se trouvait en Suisse.

Le procès, reporté le 2 mai, puis le 16 mai, avait repris jeudi 30 mai. Il a de nouveau été ajourné et se poursuivra le 13 juin. K. risque 30 ans de prison. Selon l'acte d'accusation, on lui reproche d’avoir enseigné aux principaux suspects du double meurtre à utiliser une messagerie cryptée, de les avoir entraînés au tir dans un club de paint-ball, d'avoir participé à leurs réunions et planifié avec eux des attaques finalement jamais mises en œuvre.

Ni avocat, ni interprète

Me Saskia Ditisheim considère que le dossier est vide. «Aucune enquête de voisinage n’a été faite, sa femme n’a pas été interrogée, aucun témoin n'a été entendu.» Durant l’interrogatoire de police, K. n’a bénéficié ni d’un avocat, ni d’un interprète. «Il n’a en outre pas pu relire le procès-verbal, en langue arabe, qu'il a dû signer sans pouvoir le comprendre.» Dans ce procès-verbal largement repris par la presse marocaine, il est relaté plusieurs éléments quant à son parcours. Selon ce document, K. détaille aussi ses tribulations marocaines, ses liens avec les principaux accusés, leurs discussions et leurs projets passés.

Eléments contestés

Ces éléments à charge sont «entièrement contestés», indique Me Saskia Ditisheim. Le jeune homme l'a indiqué devant le juge d'instruction et durant l'audience de confrontation du 18 mars. K. affirme n’avoir jamais tenus les propos qui lui sont attribués. «Ce sont exactement les mêmes que ceux d’un autre prévenu, qui parle longuement de mon client durant son audition par la police, avant de déclarer au juge l'avoir vu à une seule reprise», observe l’avocate. Cette similitude la fait tiquer. «A l’évidence, il ne s’agit pas d’un récit libre, mais issu de questions dirigées. C’est troublant.» Elle note aussi que de nombreux prévenus, «qui ont dit beaucoup de choses devant la police», attribuant notamment à K. un rôle moteur, «se sont finalement rétractés».

Commentant l'audience du 30 mai, durant laquelle K. s'est limité à décliner son identité, Me Saskia Ditisheim juge que «tout s’est dégonflé comme un soufflé. Les autorités marocaines ont voulu lui faire porter le chapeau en tant qu’instigateur. Or, il est établi que mon client se trouvait en Suisse du 12 au 18 décembre 2018, soit au moment où la décision du passage à l’acte par les quatre principaux suspects a été prise. Ces quatre hommes nient toute implication de K. Bien plus, l’émir de la cellule terroriste a déclaré, lors de l'instruction comme durant l'audience de jugement, que K. n’était en aucun cas impliqué, ni de près ni de loin, dans un projet terroriste. Il a ajouté qu’il avait lui-même installé l’application de messagerie cryptée Telegram, sans l’aide de quiconque. Sur question du juge, l’émir a indiqué n’avoir jamais discuté de projets terroristes avec K. Enfin, il a admis avoir fait une fois au paint-ball avec lui, mais qu'il s'agissait d'un jeu. Il est grotesque qu’on puisse confondre un jeu avec un entraînement armé.»

Un trou d'un an

La pénaliste s'étonne ainsi de ce que l’on reproche au jeune homme: dans l’acte d’accusation, on passe abruptement de descriptions de discussions et de projets censément tenues et élaborés en 2016 et 2017, certes liés avec l’idéologie de l’Etat islamique mais sans traduction concrète, au crime terroriste de décembre 2018. Soit un trou de plus d’un an, sans lien logique entre les événements, alors que l’on sait que K. avait cessé de fréquenter les principaux suspects. Me Saskia Ditisheim juge ainsi que «les Marocains ont une notion très extensive du terrorisme».

«Un volet très politique»

Elle est également intriguée par la place conséquente accordée au Genevois dans l’acte d’accusation, par rapport à l’espace consacré aux autres prévenus. Elle relève en effet que certains noms sont cités sans que les faits leur étant reprochés ne soient décrits dans le document. L‘illustration, selon elle, que «la procédure comporte vraisemblablement un volet très politique. Au fond, on se demande encore aujourd’hui pourquoi il n’y a pas que les quatre accusés principaux qui sont jugés.»