Genève

15 novembre 2019 07:59; Act: 15.11.2019 11:08 Print

«Deux agents ont pointé une arme sur ma tête»

par David Ramseyer - Cinq membres de la Brigade des renvois sont accusés d'abus d'autorité après une interpellation rocambolesque. Ils nient.

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Le plaignant a été intercepté en pleine rue par deux véhicules, sirènes et feux bleus enclenchés, conduits par des agents de sécurité publique (ASP) de la Brigade des renvois. «Ils m'ont sorti de la voiture, moi et deux amis», s’énerve Z., requérant d'asile. Il se lève et désigne le banc des accusés. «Ce monsieur, là, et celui-ci, ils m'ont pointé leur arme sur la tête; puis j'ai été plaqué au sol, menotté.» Un abus d'autorité manifeste, a estimé, ce jeudi, le Ministère public devant le Tribunal de police.

Ce 28 septembre 2016, le plaignant venait de répondre à un faux rendez-vous qu'aurait orchestré E., le principal prévenu. Ce dernier se serait fait passer pour un fonctionnaire de l'Office cantonal des migrations (OCPM) afin d'attirer le plaignant et de procéder à son interpellation musclée. «J'ai cru que c'était des vrais policiers, que c'était normal qu'ils fassent comme ça», a expliqué le plaignant. Ensuite, interrogé par la police des polices, je me suis rendu compte que ça ne l'était pas».

Armes restées dans leur étui

Les cinq accusés ont présenté une autre version des faits. Tous jurent n'avoir jamais dégainé leur arme. Leurs avocats ont jugé peu crédibles les affirmations de Z. «qui a changé de versions sur cet épisode, au cours des auditions». En fin d’audience, le plaignant a parlé d'un tatouage sur le bras d'un des agents qui l'aurait tenu en joue. Comme un seul homme, les prévenus ont relevé leurs manches. Le hic: le dessin ne se trouvait pas sur la peau du bon agent. Confusion dans le stress de l'arrestation ou mensonge de Z.? A voir.

Quant aux circonstances de l'opération, digne d'une série policière, elles sont habituelles dans ces cas-là, ont assuré les accusés. En choeur, ils ont aussi justifié leurs actes par le «flou» qui règne sur leur statut d'agent de sécurité publique et les règles qui s'y rapportent. Une situation illustrée par certaines contradictions des prévenus: lorsque la présidente du tribunal leur a demandé si, théoriquement, ils auraient eu le droit de sortir leur arme au cours de l'interpellation de Z, certains ont répondu oui, d'autres non. «L'intuition et l'expérience» ont aussi guidé leur acte, ont-ils par ailleurs expliqué.

Enfin, E. a aussi été interrogé pour d'autres faits qui lui sont reprochés, à savoir des insultes et des menaces proférées dans diverses affaires (cf. encadré). «J'ai honte, je m'excuse, a déclaré l'agent. J'ai eu des propos inadéquats, que je regrette. Je n'avais pas l'intention d'être violent envers les gens à qui je me suis ainsi adressé».

Le réquisitoire du procureur général Olivier Jornot et les plaidoiries des avocats auront lieu ce vendredi.