Euthanasie

14 octobre 2019 18:36; Act: 14.10.2019 21:26 Print

«Elle voulait mourir. Je le referais, s'il le fallait»

par David Ramseyer - Le vice-président d'Exit conteste sa sanction pour avoir aidé une aînée en bonne santé à décéder. Elle voulait suivre son mari dans la mort.

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Pierre Beck, à droite, médecin et vice-président d'Exit en Suisse romande, et son avocat Yves Grandjean, à gauche. Le praticien conteste sa condamnation pour avoir prescrit une potion létale à une femme, alors que les conditions d'un suicide assisté n'étaient pas remplies, selon le Ministère public. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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«En mon âme et conscience, je reste convaincu que si l'on peut aider une personne à partir dignement, il faut le faire.» Devant les juges, ce lundi, le vice-président en Suisse romande de l'association d'aide au suicide Exit, Pierre Beck, n'a pas cillé. Puni par ordonnance pénale pour avoir administré en même temps qu'à son mari en fin de vie une dose létale à C., âgée de 86 ans et en bonne santé (cf. encadré), le médecin retraité a reconnu les faits, tout en contestant la sanction.

Un couple fusionnel

«A l'idée que son conjoint allait mourir, la souffrance existentielle de cette femme était très forte», a assuré Pierre Beck. Depuis leur première entrevue «C. m'a toujours dit qu'elle était déterminée à partir avec lui, de manière violente si nécessaire, en se jetant du Salève, par exemple».

Un témoin appuie: les Genevois formaient un couple fusionnel, «Madame a toujours clamé haut et fort qu'elle s'en irait en même temps que son époux». Le prévenu a admis qu'en assistant une personne qui n'était pas en fin de vie, il avait outrepassé les règles d'Exit - il a d'ailleurs été blâmé à l'interne. «Mais elle refusait toute autre solution que le suicide. Si c'était à refaire, je le referais».

Limites légales atteintes

Pour le Ministère public, «on a atteint là les limites de l'assistance au suicide». Selon lui, la notion de souffrance existentielle est trop subjective et n'entre pas dans le cadre législatif suisse. De plus, aucune autre option n'a été offerte à la défunte, comme une assistance psychologique, a souligné le procureur Frédéric Scheidegger. Ce dernier a ajouté que la défunte n'avait jamais été entendue seule, mais toujours en présence de son époux: «Y avait-il une relation de dépendance entre eux? »

Une question qui a fait bondir Me Grandjean, défenseur de Pierre Beck: «Leur seule dépendance, c'était celle d'un amour qui a duré plus de 60 ans!». Tout en rappelant que le droit pénal n’incriminait pas le suicide, l'avocat a mis en avant la liberté du patient de choisir sa fin. «A 86 ans, dire qu'on va se suicider, ce n'est pas un appel à l'aide, c'est un fait objectif». Pour Me Grandjean, condamner son client, «qui a agi en vertu d'une décision mûrement réfléchie, c'est une insulte et une attaque à la paix des morts».

Le verdict sera rendu jeudi prochain.