Les «7 Briançon»

08 novembre 2018 17:38; Act: 08.11.2018 18:04 Print

«Etre accusé de délit de solidarité est aberrant»

Le procès des «sept de Briançon», dont font partie deux Genevois, s'est ouvert jeudi matin à Gap (F). Au bout du lac, leurs soutiens ont fait entendre leur voix.

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Le rassemblement a eu lieu à l'entrée du parc des Bastions, à deux pas du consulat de France. (Photo: leo/20minutes)

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Ils sont sept à comparaître depuis jeudi au tribunal de Gap, dans les Hautes-Alpes. Parmi eux, deux Genevois, Théo et Bastien. A leurs côtés, une Italienne et quatre Français. Ils sont accusés d’avoir permis l’entrée d’une vingtaine de migrants en France lors d’une marche, fin avril, à Briançon. Ils encourent 10 ans de prison et 750'000 euros d’amende pour «aide directe ou indirecte en bande organisée à l’entrée irrégulière d’étrangers sur le territoire national».

Devant le palais de justice de Gap, des centaines de militants sont venus soutenir les prévenus. Si de nombreux proches de Théo et Bastien ont fait le voyage en France, une quarantaine de personnes se sont rassemblées à midi à Genève devant le consulat français pour montrer leur solidarité.

«Une lutte qui va bien plus loin»

Parmi elles, une amie des deux Suisses, âgée de 22 ans: «Ce sont des copains, je voulais être présente, mais je suis aussi là aujourd’hui car c’est une lutte qui va bien plus loin. En Suisse, nous sommes aussi concernés. Etre accusé de délit de solidarité, c’est aberrant. Si on sévit avec les personnes qui aident les migrants, alors il faut aussi punir ceux qui les attaquent», plaide-t-elle.

Micro en main, Jean Burgermeister, député d'Ensemble à Gauche au Grand Conseil, a, lui, rappelé «l’aspect politique du procès qui se tient depuis ce matin»: «Il a une répercussion au-delà de la France, l’action des sept de Briançon est une critique de la politique migratoire de toute l’Europe. Ils n’ont jamais personnalisé leur cas, ils l’ont toujours politisé. On doit s’inspirer de leur exemple. Ce procès est important pour nous et pour l’Europe.»

Comme l'Aquarius

De son côté, Emmanuel Deonna, conseiller municipal socialiste et député suppléant au Grand Conseil, dénonce «cette criminalisation de la lutte pour les droits humains. Comme dans le cas d’Aquarius, on veut empêcher ceux qui aident les migrants de faire leur travail, on veut les criminaliser. Alors que cette solidarité est l'expression même de la démocratie. Il n’y a rien de plus naturel que d’être devant la représentation du pays des Droits de l’Homme (consulat de France, ndlr) pour dire notre désaccord.» L'élu estime que le délit dont on accuse les «sept de Briançon» est une «fabrication» et qu'«on doit faire admettre que la solidarité envers les migrants est morale et légale.»

Une éducatrice, qui travaille depuis 20 ans avec des migrants, rappelle une scène fameuse du film Titanic. On y voyait le personnel du paquebot empêcher les passagers de 3e classe d’accéder aux étages supérieurs du navire inondé: «C’est la même chose que ce qu’il se passe en Europe. Quand on a vu le film, on a dit que c’était des salauds, alors à nous de ne pas être aujourd’hui des salauds!»

(leo/ats)