Genève

09 février 2011 17:59; Act: 10.02.2011 09:16 Print

«Gaza est une prison pour enfants»

par Shahïn Ammane - Il était l’un des deux médecins européens actifs dans un hôpital de Gaza lors de l’opération plomb durci de 2009. De passage à Genève, Mads Gilbert, est revenu sur cet épisode qu’il qualifie de «crime de guerre».

Une faute?

«L’Histoire jugera!». Mads Gilbert est un médecin anesthésiste norvégien rendu célèbre pour le travail accompli dans un hôpital de Gaza lors des attaques israéliennes survenues entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009. Dans «eyes in Gaza», lui et son collègue Erik Fosse relatent cette douloureuse expérience «pour ne pas oublier», espère-t-il. Interview

Que faisiez-vous à Gaza en janvier 2009 ?

J’y suis allé par solidarité. Nous voulions soutenir le peuple palestinien contre l’occupation israélienne. Les journalistes occidentaux étaient interdits d’entrée alors que les journalistes arabes étaient systématiquement traités de propagandistes lorsqu’ils informaient des massacres. En tant que médecin, j’ai exercé à l’hôpital de Shifa à Gaza et j’ai vu l’horreur des exactions israéliennes. Près de 1500 personnes sont mortes dans les bombardements. 90% étaient des civils. 300 enfants ont été tués. Et on a dénombré plus de 1600 blessés.

Quels étaient les moyens mis à votre disposition ?

Les plus rudimentaires. Sachant que l’aviation israélienne a bombardé 20 ambulances et tué 13 personnes du corps médical. Le gouvernement israélien nous a même demandé d’évacuer l’hôpital pour le bombarder car il suspectait le Hamas d’y avoir caché son Quartier général. Ce qui était archi-faux. Il n’y a eu aucun respect du droit international et humain dans cette attaque. Rien n’a été épargné.

Quelle est la situation actuelle de Gaza ?

On peut dire que deux ans plus tard, Gaza est un désastre. L’impassibilité de l’Europe et des États-Unis est inexcusable. L’État d’Israël ne laisse passer que 10% du matériel nécessaire à la reconstruction des infrastructures détruites par ses bombardements. Des centaines de logements, 200 écoles, 80 mosquées et pratiquement toutes les infrastructures sont encore à l’état de ruine.

Quelle est la situation sanitaire des habitants ?

L’embargo imposé ne laisse passer que la nourriture nécessaire pour éviter aux habitants de Gaza de tomber dans la famine… et d’attirer à nouveau les critiques de la communauté internationale sur Israël. Les enfants sont les premiers touchés par cette catastrophe alimentaire. Leur croissance physique et psychologique est ralentie, leur avenir compromis.

Qu’en est-il de la jeunesse, de l’espoir sur place ?

60% des 1,5 millions que compte la population gazaouite a moins de 18 ans. Gaza est ainsi la plus grande prison pour enfants au monde. Quel est l’avenir? Rien. Il n’y a plus d’école, plus d’éducation, pas de travail… Les jeunes disent « on veut mourir plutôt que de rester enfermer dans cette prison ». Cela fait le lit du terrorisme car tous les appels à l’aide sont étouffés. Gaza est une véritable cocotte-minute.

Que souhaiter?

Une levée rapide du siège de Gaza et reprendre de véritable négociations avec le gouvernement que les palestiniens ont élu démocratiquement.
Sinon, il faudra poursuivre le boycott des produits israéliens. Boycott économique, académique. C’est ainsi que l’Afrique du Sud a mis fin à son régime d’apartheid. Nelson Mandela a lui-même indiqué que l’apartheid tel qu’appliqué par Israël était encore pire que celui qu’il a connu en Afrique du Sud.

Eyes In Gaza
Mads Gilbert et Erik Fosse
Aux éditions Quartet