Visite annulée

05 février 2011 08:17; Act: 12.10.2011 18:55 Print

«George Bush a pris peur»

L'ancien président américain George W. Bush ne se rendra finalement pas en visite privée samedi prochain à Genève.

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Bush ne sera pas à Genève samedi. (Photo: epa)

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L'organisation caritative juive qui avait invité George W. Bush a renoncé à le faire venir. Une plainte d'un ex-prisonnier de Guantanamo devait être déposée lundi.

L'organisation juive Keren Hayessod a dénoncé dans un communiqué «un coup grave porté aux libertés» et une «campagne calomnieuse» qui l'a obligée à annuler l'invitation lancée à l'ancien président américain. Il devait participer le 12 février à un dîner de gala destiné à collecter des fonds pour des projets sociaux en Israël.

Keren Hayessod a justifié cette annulation par des risques de débordements lors de manifestations. Dans un entretien publié samedi par la «Tribune de Genève», l'avocat de l'organisation Robert Equey a expliqué qu'»il n'était pas question de jouer avec la sécurité des biens et des personnes à Genève». Selon l'avocat «les plaintes n'ont pas pesé dans la balance».

Un avis que ne partage pas la représentante de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) à Genève, Julie Gromelon. Selon elle, les risques pour la sécurité de George W. Bush étaient négligeables.

Par contre, l'ex-président a voulu éviter d'être confronté aux victimes. «La peur a changé de camp», a-t-elle déclaré samedi à l'ATS. «George Bush a annulé sa visite par crainte des recours juridiques des victimes directes des tortures.»

Ex-prisonnier de Guantanamo

Elle a révélé que l'ex-prisonnier du camp de Guantanamo Sami El Haj devait déposer lundi au bureau du procureur de Genève une plainte étayée par les tortures subies pendant sa détention dans le camp américain de décembre 2001 au 1er mai 2008. L'avocate américaine Kathrin Gallagher, spécialiste des cas de détenus à Guantanamo, devait venir à Genève présenter cette plainte appuyée par une documentation d'une centaine de pages.

«La plainte avec constitution de partie civile ne pouvait pas être classée», a affirmé Julie Gromelon. Une arrestation sur sol helvétique de l'ex-président était «fort improbable», mais le procureur du canton de Genève aurait dû se prononcer sur le fond, a- t-elle expliqué.

La FIDH comme l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont rappelé ces derniers jours que la Convention de l'ONU contre la torture, ratifiée par la Suisse, l'oblige à poursuivre tous les auteurs de tortures, quels qu'ils soient. L'OMCT avait écrit mardi à la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey pour lui demander d'agir.

George Bush a reconnu dans ses Mémoires avoir autorisé diverses pratiques d'interrogatoires considérées comme des tortures en droit international. Ceci afin d'extorquer des aveux aux présumés terroristes.

Déception

Le déplacement de Sami El Haj, qui devait arriver dimanche à Genève, a été annulé. «Nous sommes déçus, mais la plainte sera déposée une autre fois devant d'autres juridictions. Elle est prête», a indiqué Julie Gromelon. Elle n'exclut pas que «la Suisse ait fait pression», afin que Bush renonce à son déplacement, sans pouvoir en fournir de preuves.

Le conseiller national Dominique Baettig (UDC/JU), l'UDC ou encore un collectif de gauche genevois, notamment, avaient demandé que l'ex-président américain soit arrêté pour crimes de guerre et contre l'humanité. Dans la foulée, plusieurs particuliers avaient aussi écrit au Conseil fédéral.

Au total, 17 plaintes avaient été déposées ces derniers jours, mais sans constitution de partie civile, ce qui en amoindrissait la portée juridique. La manifestation anti-Bush, annoncée pour samedi prochain, a été annulée.

(ats)