Genève

25 février 2019 19:46; Act: 26.02.2019 09:55 Print

«Il lui avait promis l'enfer, et c'est ce qu'elle a vécu»

par David Ramseyer - Sur fond de jalousie exacerbée, de drogue et d'alcool, un quinquagénaire a été condamné pour avoir harcelé son ex-compagne.

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(Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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À trois reprises, le prévenu a escaladé la façade de l'immeuble du centre-ville où vivait la mère de sa fille, pour pénétrer de force dans son appartement, au 5e étage. Un nuit d'octobre 2017, il a mis un sac en plastique sur la tête de son ex-compagne. «Les pleurs de ma fille m'ont fait réaliser ce que j'étais en train de faire. J'étais fou, je ne me rendais pas compte», a expliqué d'une toute petite voix un quinquagénaire vaudois qui comparaissait ce lundi devant le Tribunal correctionnel.

Avalanche de menaces et d'insultes

Souffrant de troubles psychiques, grand amateur de bière, cet ancien toxicomane - qui se dit aujourd'hui sevré - a écopé de 14 mois de prison ferme, auxquels il faut soustraire 403 jours de détention avant jugement. Le reste de la peine est suspendu au profit d'un internement en institution spécialisée. L'homme était notamment accusé de tentative de lésions corporelles graves par dol éventuel avec désistement, de contrainte et de violation de domicile.

De juillet à octobre 2017, le prévenu a aussi bombardé sa victime de menaces et d’insultes - de vive voix, par lettres et sur sa boîte vocale. Il a également tagué sa colère contre elle sur son immeuble et sur les murs de l'Hôpital cantonal, où elle travaillait. «Je lui ai fait subir quelque chose d'atroce; je regrette sincèrement», a-t-il affirmé, reconnaissant tous les faits qui lui étaient reprochés. Sa consommation de stupéfiants (méthadone et cocaïne) et d'alcool, ainsi que sa responsabilité psychique fortement diminuée, reconnue par toutes les parties, n'excusent cependant pas le «calvaire» de la victime et «l'état de terreur» dans lequel elle a vécu, dixit la procureure Julie Boeuf.

«Il a perdu les pédales»

Séparé depuis 2010, le couple a pourtant continué à se voir. Le papa s'est régulièrement occupé de sa fille, à laquelle il est très attaché. Mais au printemps 2017, la mère a mis un point final à leur histoire. Le prévenu, très jaloux, voire paranoïaque, craque. Le harcèlement débute. «Il lui a promis l'enfer, et c'est ce qu'elle a vécu, assène Me Sandy Zaech, défenseur de la maman, qui s'est fait excuser au procès. Il savait ce qu'il faisait». En détention préventive, l'homme écrit à son ex-amour. Il lui fait ses excuses, mais dans ses lettres transparaissent aussi «de la frustration et des menaces voilées». L'avocate a ainsi demandé des mesures d'éloignement, ce à quoi le prévenu a consenti.

Un calvaire? Oui, admet le défenseur du Vaudois, Me Lancelot Dandelot: «La victime a souffert le martyr, c'est inexcusable. Mon client lui vouait un amour fusionnel et n'a pas su gérer la rupture. Prisonnier de ses addictions, il n'avait pas conscience de ses actes. Il a perdu les pédales». L'homme de loi a plaidé l'irresponsabilité. En vain. La Cour a estimé que le prévenu était tout de même responsable de ces actes, même de manière restreinte.