Genève

22 novembre 2018 17:26; Act: 23.11.2018 17:14 Print

«Je suis au chômage, je vais aller voir Uber»

par Jérôme Faas - Les syndicats protestaient jeudi contre l'arrivée d'UberEats sur le marché, redoutant une alliance avec McDo. Un badaud s'est invité dans le débat.

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"Je pense que je vais aller voir Uber." Ayinde, chômeur, à droite, converse avec Umberto Bandiera, syndicaliste, à gauche. (Photo: 20 minutes / jef)

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Scène rare et choc des logiques, ce jeudi à la rue du Mont-Blanc. Alors que des syndicalistes vilipendent UberEats, la plateforme de livraison de repas à domicile que s'apprête à lancer Uber en Suisse, dénonçant dumping salarial et précarisation, un passant les interpelle. «Moi je suis au chômage depuis deux ans. Je pense que je vais aller voir UberEats. Qu'est-ce que tu en penses?»

S'ensuit un dialogue courtois, durant lequel Umberto Bandiera, syndicaliste chez Unia, explique qu'il comprend sa démarche, mais le met en garde contre un emploi non conventionné et qu'il juge sous-payé. L'homme ne change pas d'avis. Agé de 43 ans, il se nomme Ayinde et est boucher de formation. Il dit enchaîner les petits boulots et espère commencer à travailler comme coursier en décembre. «Uber, ils permettent à des gens comme moi, des gens qui ont un peu perdu espoir, de sortir du chômage, de gagner un peu d'argent.»

«UberEats profite des travailleurs pauvres»

Quelques instants plus tard, Umberto Bandiera insiste, tout en qualifiant de légitime le projet d'Ayinde. «On ne peut pas critiquer ces gens parce qu'ils ont besoin de travailler. Le problème, ce n'est pas ce monsieur. Le problème, ce sont les multinationales. Si la réponse, c'est de créer des contrats précaires plutôt que des emplois décents, nous disons non.» Son homologue du SIT, Marlene Barbosa, tient un discours similaire. «UberEats profite du fait qu'il y ait des travailleurs pauvres.»

Convention collective «contournée»

Pour les syndicats, c'est le modèle même d'UberEats, qui a récemment annoncé s'associer avec McDonald's pour faire livrer des repas par des coursiers indépendants (correction du 23 novembre: le directeur général d'UberEats pour la France, la Belgique - deux pays où existe un partenariat avec McDonald's - et la Suisse, Stéphane Ficaja, a déclaré le 6 novembre dans bilan.ch espérer pouvoir étendre ce partenariat en Suisse), qui est mortifère. «En externalisant complètement les livraisons, on s'expose au contournement de la convention collective de la restauration, qui s'étend aux livreurs s'ils sont engagés par les restaurants», explique Umberto Bandiera.

Evitement de la réglementation du travail, donc, mais aussi dumping salarial, estime Michel Guillot, secrétaire régional de Syndicom. Selon ses chiffres, UberEats rémunérerait les coursiers bien en-dessous de la convention collective de la profession, qui prendra effet au 1er janvier. «Le tarif horaire minimum sera fixé à 21,60 francs, pour atteindre 23 francs à la fin 2021.» Mais pour en bénéficier, un contrat de travail est nécessaire.

Règles du jeu

«On en a marre d'entendre qu'on ne peut pas échapper à la numérisation, peste Umberto Bandiera. Si c'est ça, on est opposé à ce modèle de société. Nous ne sommes pas opposés à l'avancée technologique, mais nous tenons à ce que les règles du jeu soient respectées. Si elles changent, il faut discuter publiquement de ce choix. Ce n'est pas aux multinationales de nous l'imposer.»

Le syndicaliste réclame donc que les autorités entrent en jeu et prennent position. Pour l'heure, elles se taisent. Le 14 novembre, Mauro Poggia, conseiller d'Etat MCG chargé de l'emploi, avait indiqué qu'il ne prendrait pas position avant une réunion devant réunir UberEats, l'Office cantonal de l'inspection du travail et le Service de la consommation. Ce jeudi, son porte-parole Laurent Paoliello annonçait que cette séance de travail était «agendée début décembre». Pour Umberto Bandiera, le temps presse. «Si McDonald's, le poids lourd de la restauration, décide de sortir du cadre du partenariat social, eh bien, on a un énorme problème.»

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Les commentaires les plus populaires

  • Homo Digital le 22.11.2018 18:20 Report dénoncer ce commentaire

    Paupérisation en masse

    En Suisse à Genève aussi on va atteindre le fond, trop de précarité va finir par déstabiliser notre société sereine. A l'avenir ça va être délinquance en hausse et paupérisation massive. Il n'y a plus de limite à la spirale des bas salaires, plus de pauvres c'est tout bénéfice pour les puissants groupes.

  • Hubert Jacques le 22.11.2018 17:47 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Honteux

    Comme de grands entreprise aujourdhui ! qui disent se fixer sur les CCT.. à faire travailler ses employés jusquà la limite de la LTR 54h par semaine pour un 4000.- net ! honteux... que font les politiques...

  • AloeVera le 22.11.2018 18:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Rien à voir mais...

    Le civil est boucher de formation ? Cest rare mais pas étonnant... Jai travaillé pendant des années à la Migros et à la Coop et jy ai vu que des bouchers français....

Les derniers commentaires

  • Billout le 23.11.2018 11:05 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Normal

    Je ferais tout pour faire manger ma famille. Du boulot cest du boulot. Point

    • Pffff le 23.11.2018 23:40 Report dénoncer ce commentaire

      @Billout

      Merci grâce aux gens comme toi les salaires ne bougent plus depuis 15 ans...

  • Forca le 23.11.2018 11:00 Report dénoncer ce commentaire

    Attention au revers de la médaille

    Misère sociale, dumping salarial, précarisation à outrance sont des excellents terreaux pour la criminalité!

  • Bruno le 23.11.2018 10:35 Report dénoncer ce commentaire

    Problèmes genevois!Exaspérant.

    Problèmes genevois.Exaspérant À Genève tout est problème.Mettons-nous sur le banc de touche.Le monde continuera à tourner sans nous.Tous au chômage!Pour ceux malheureusement largués car les métiers évoluent ou sans formation ,il faudrait peut-être leur donner de vraies formations pas des cours à 2 balles du chômage.De plus, il faut aussi que les concernés veuillent bien jouer le jeu.Ubereats et autres petits jobs peuvent faire laffaire comme 2ème job,compléter un salaire familial ou aider les jeunes étudiants.

  • marcValais le 23.11.2018 09:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Et alors ?

    Les syndicats sont tout de même en décalage avec le temps. Si des gens veulent rien gagner en attendant une éventuelle livraison ...

  • Jean Müller le 23.11.2018 07:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bous fonçons dans le mur

    Grâce à linnovation, les GAFA, Uber et compagnie tuent les entreprises conventionnelles. Les premiers résultats de la digitalisation sont visibles. NOus Fonçons dans le mur! CQFD