Aéroport (GE)

08 janvier 2016 16:34; Act: 08.01.2016 18:12 Print

«L'employeur ne sait pas pourquoi il licencie»

par Jérôme Faas - Le syndicat SSP s'inquiète du sort des employés privés de badges d'accès au tarmac par la police. Tous vivent en France. La plupart sont arabes.

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Plusieurs bagagistes employés par Swissport se sont vus retirer leur badge d'accès au tarmac, sur demande de la police. (Photo: Keystone/Laurent Gillieron)

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«Les badges ont été désactivés le 22 décembre au soir. L’un des employés concernés l’a découvert le 23 au petit matin, en arrivant au travail. Il n’avait pas été averti. Son employeur non plus. Celui-ci ne l’a appris qu’en fin de matinée.» Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical au SSP, se trouve en première ligne depuis que l’aéroport, sur demande de la police, a retiré plus de trente badges d’accès au tarmac à des employés travaillant sur le site de Cointrin.

Exclus sur demande de la police

Porte-parole de l’aéroport, Bertrand Stämpfli indique que l’institution n’est en quelque sorte que le messager. «La police est venue nous voir avec une liste en nous disant: ces personnes ne doivent plus avoir de badge d’accès. Nous n’avons fait qu’exécuter.» Il précise qu’aucun employé de Genève Aéroport n’est concerné. Les travailleurs bannis du tarmac officiaient pour des sociétés autres, actives sur le site. La plupart, ne pouvant plus effectuer les tâches pour lesquelles ils avaient été engagés, ont été licenciés.

«Droit d'être entendu bafoué»

Jamshid Pouranpir explique avoir été contacté par quinze employés privés de badge avant les Fêtes, sur un total s’élevant selon lui à 35. «Au niveau du droit du travail, il y a beaucoup de soucis, explique-t-il. On se retrouve dans la situation inédite où l’employeur licencie sans savoir pourquoi.» Par ailleurs, il explique qu’aucun des employés concernés n’a été entendu, ni par la police, ni par l’aéroport. «Or, le droit d’être entendu est un principe constitutionnel en Suisse.» Bref, estime le syndicaliste, «l’employeur est poussé à commettre un acte illégal par une autorité externe, en l’occurrence le Département de la sécurité et de économie (DSE), dont dépend la police, créant de la sorte un conflit social important».

No comment sécuritaire du Département

Interrogé sur ces retraits d’accès, le DSE invoque les «questions de sécurité» pour ne donner aucun détail. Il ne confirme pas le nombre de badges retirés, n’indique pas combien d’employés ont fait l’objet d’un contrôle, ni de quelle manière cet échantillon a été constitué. Les raisons des retraits restent également secrètes. Il confirme en revanche que «conformément à ce qui a été annoncé fin 2015, les contrôles ont été renforcés, sans modification subséquente des critères.»

Le profil des bannis

Jamshid Pouranpir, lui, explique que parmi les quinze employés qu’il a rencontrés, «tous résident en France voisine, et possèdent soit la nationalité française, soit la double nationalité franco-suisse. Une majorité d’entre eux sont d’origine arabe.» Tous ont demandé à la direction de l’aéroport de motiver la décision et ont formulé leur opposition au retrait du badge. Le DSE précise cependant que ce retrait ne peut faire l'objet d'un recours: «il est unilatéral lorsqu'il est rendu nécessaire et il n'y a pas de droit à avoir un badge».