Genève

13 novembre 2015 20:31; Act: 08.06.2016 10:38 Print

«La quenelle n’est pas antisémite en elle-même»

La justice genevoise a acquitté vendredi un Nyonnais qui avait mimé la pose fétiche de Dieudonné devant une synagogue en 2013.

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«Je suis soulagé, je comprenais pas vraiment ce que je faisais là.» Un Nyonnais de 20 ans est ressorti vierge de toute condamnation du Tribunal de police de Genève, vendredi. Il était accusé de discrimination raciale pour avoir effectué une quenelle devant la synagogue Beth-Yaacov, dans le centre de la cité de Calvin.

Les faits qui lui étaient reprochés se sont déroulés fin 2013. Dieudonné est alors au cœur de l’actualité. Ses détracteurs le taxent d’antisémite. Ses fans, eux, se photographient en faisant des quenelles, cette pose bras tendu en direction du sol, paume vers le bas, devenue la signature de l’humoriste. Ces images inondent les réseaux sociaux.

Condamné par ordonnance pénale

C’est dans ce contexte qu’apparaît sur Facebook le cliché de trois jeunes hommes posant devant la synagogue de Genève, effectuant une quenelle. L’un d’eux porte un treillis de l’armée. Identifiés, ils sont dénoncés à la justice militaire qui, après enquête, transmettra le dossier au Ministère public du bout du lac. Au printemps dernier, le procureur chargé de l’affaire condamne les protagonistes à des jours-amende avec sursis, via une ordonnance pénale. Deux acceptent leur peine. Le troisième s’y oppose. C’est pour cette raison qu’il comparaissait vendredi devant une juge.

Le procureur a rappelé pendant l’audience que la signification de la posture incriminée était hautement controversée et qu’elle pouvait être interprétée comme un salut nazi inversé. «Le saviez-vous au moment des faits?», a d’ailleurs demandé la juge à l’accusé. «Je savais que certaines personnes les considèrent ainsi», a répondu le jeune bûcheron dans un rictus. «Pourquoi riez-vous à cette question? – Parce que cette situation est absurde.»

Le Parquet a aussi tenté de démontrer que réaliser une quenelle en public, d’autant plus devant un lieu de culte judaïque, est un acte de propagande à même de discriminer la communauté juive. «L’accusé a reconnu pendant l’instruction que son geste risquait de faire scandale et que c’est pour cette raison qu’il s’était masqué le bas du visage.» Il a requis contre le prévenu une peine de 90 jours-amende avec sursis, équivalente à celle de ses camarades.

Le TF acquitte l’auteur d’un salut nazi

La défense s’est elle attelée à démonter point par point les arguments du Ministère public. La quenelle, un geste antisémite? «Certes elle est interprétée ainsi par une ou deux personnes qui cherchent à la diaboliser, mais pour la très grande majorité des gens qui l’effectuent, la quenelle tient de la blague de potache», a martelé Me Pascal Junod.

Le prévenu aurait voulu faire de la propagande? L’avocat a rappelé que le Tribunal fédéral (TF) avait acquitté en 2014 un homme qui avait effectué un salut nazi sur la plaine du Grütli lors d’un rassemblement d’extrême-droite. Le geste ayant été réalisé dans un groupe acquis à la même cause, l’acte de propagande n’avait pas été retenu contre lui. Me Junod a donc plaidé la nécessité d’équivalence, d’autant qu’ici «il s’agit d’un acte spontané, irréfléchi, d’amateurs de Dieudonné. C’est une plaisanterie de mauvais goût, mais le droit pénal n’est pas là pour juger du mauvais goût.» Il a donc demandé l’acquittement de son client.

«Si l’occasion se représente, pourquoi pas.»

Acquittement qu’il a obtenu. La juge s’est appuyée sur la décision du TF pour écarter l’accusation de propagande et souligner l’importance de statuer au cas par cas sur ce genre de dossier. Quant à la symbolique antisémite de la quenelle avancée par le procureur, la présidente a relevé que «le Ministère public n’a pas expliqué en quoi elle portait atteinte à la communauté juive. Le geste n’est pas antisémite en soi. Et même s’il est d’un goût douteux, on ne saurait le condamner pénalement».

«Je ne pense pas refaire de quenelle tout de suite, a lancé le jeune homme à l’issue de l’audience. J’ai eu ma dose, mais si une bonne occasion se représente, pourquoi pas.»

(tpi)