Genève

21 juillet 2018 18:36; Act: 22.07.2018 10:02 Print

«Le Rhône ne m'inspire pas confiance»

par Léonard Boissonnas - Une journée de prévention sur les dangers de la baignade dans le fleuve a eu lieu samedi. L'occasion de rappeler des conseils simples mais très utiles.

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Les autorités ont mené une deuxième journée de prévention samedi, après celle du 16 juin. (Photo: leo/20 minutes )

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«Le Rhône, ça fait quarante ans que je m'y baigne et je me fais encore surprendre!». Lancée à la volée sur le stand d'information mis en place par le Département du territoire du canton de Genève (DT), la remarque de cet usager résume bien les dangers encourus lorsque l'on se baigne dans le fleuve.

Une action de prévention en collaboration avec la police de la navigation, du Service d'incendie et de secours de la Ville de Genève (SIS) et des Services industriels (SIG) a été menée samedi après-midi sur le Sentier des Saules, dans le quartier de la Jonction.

Comme la haute montagne

«Le but est de sensibiliser l'autochtone comme le touriste qui ne connaît pas les lieux, indique le caporal Ludovic Lapaire, de la Brigade de la navigation de la police cantonale. Ce n'est pas comme une piscine, il y a des dangers. C'est un peu comme avec la haute montagne, on n'y va pas avec une simple paire de baskets.»

L'agent rappelle qu'une surveillance continue n'est pas possible en raison des effectifs, toutefois «on essaie si possible d'être un maximum sur les rives du lac et les bords du Rhône».

Des «conseils simples pour éviter des drames»

Un flyer en quatre langues (français, anglais, espagnol et portugais), distribué sur le stand mais aussi diffusé durant tout l'été aux abords du fleuve, rappelle aux baigneurs les règles de prudence à observer: éviter d'avoir trop bu ou consommé de la drogue, ne pas manger juste avant de se mettre à l'eau, ne pas nager seul, respecter la zone conseillée, faire attention aux remous causés par le passage de bateaux, veiller aux chutes de températures dans l'eau (dans le secteur où se rejoignent le Rhône et l'Arve, on peut passer d'une seconde à l'autre d'une température de 20° à 8°).

En cas de soucis, «on recommande aussi de bien respirer, de tenter de garder son calme pour éviter de paniquer et de se fatiguer, poursuit le caporal de police. Ce sont des conseils simples pour éviter des drames.»

Le nombre d'interventions de la Brigade de la navigation est très variable: «On en a une dizaine par semaine, je dirais, mais on peut aussi en avoir dix en deux jours», précise le policier.

«Tendance à démystifier le Rhône»

«Depuis quelques années, les gens ont tendance à démystifier le Rhône, alors que le danger subsiste», estime de son côté l'agent Sébastien Decorvet, de la police municipale de la Ville. Depuis deux ans, celle-ci forme ses 200 agents au lancer de corde et aux interventions de secours au bord du fleuve. «On peut ainsi agir en tant que primo intervenants.»

Partie prenante du dispositif de prévention, les jeunes du projet «Lâche pas ta bouée», mis en place pour la troisième année par les associations la Barje et ARVe (Association pour la Reconversion Vivante des espaces) qui tiennent des buvettes aux bords du Rhône, vont à la rencontre des usagers par équipe de trois, de mi-juin à la rentrée.

Quelque 70 à 80 discussions par jour

Les douze jeunes engagés pour ce job d'été sensibilisent entre autres aux prises de risque avec l'alcool ou la drogue, aux dangers de la baignade, ou distribuent de l'eau (plus de mille litres l'an passé), des cendriers jetables pour alerter sur les déchets, des préservatifs avec un dépliant d'information, ou encore de la crème solaire.

«L'idée est de faire de la prévention et d'informer sur la réduction des risques, mais aussi d'avoir une présence, explique Fanny Lechenne, directrice de la Barje. Ils sont mobiles et font des allers-retours, de 14h à 22h.» Ainsi quelque 70 à 80 discussions par jour, environ 4000 sur l'ensemble de l'été, sont menées.

«Notre présence rassure»

Le public accepte bien cette action, indique Paco, de «Lâche pas ta bouée», qui, avec Antony et Matteo, arpentait les bords du Rhône ce samedi: «Notre présence rassure, les gens nous remercient et partagent leurs expériences, détaille-t-il. Notre but est la communication.»

Un peu plus loin, Odile, Donia et Nicolas se sont entraînés au lancer de bouée, après avoir suivi une séance de sensibilisation avec les pompiers du SIS: «Nous étions déjà venus à l'action menée l'an passé et c'était très intéressant», explique Nicolas.

«Des choses que je ne connaissais pas»

«Malgré le fait que je n'habite pas loin, il y a des choses que je connaissais pas, dit Donia, qui habite Saint-Jean. C'est aussi l'occasion de voir les différents corps de métier autrement que lors d'une intervention, on a du temps pour poser des questions».

Si elle n'est pas une habituée de ce type de baignade, préférant la piscine, la jeune femme tient à se tenir informée: «Le Rhône ne m'inspire pas confiance», déclare-t-elle.

Une noyade

Les autorités vont poursuivre tout l'été leur campagne de prévention sur les réseaux sociaux, ainsi que la distribution du flyer de conseils via le projet «Lâche pas ta bouée».

Le 1er juillet, un touriste colombien avait trouvé la mort en se noyant dans le Rhône. Le jeune homme s'était mis à l'eau en contre-bas du pont de Sous-Terre avant de rapidement éprouver des difficultés. Malgré l'intervention des secours et les tentatives de ranimation, il est décédé sur place. C'est la seule noyade dans le fleuve à déplorer jusqu'ici, cette année.