Genève

05 décembre 2019 22:58; Act: 05.12.2019 22:58 Print

«Les deux enfants ont subi un traumatisme aigu»

par Jérôme Faas - Une mère et ses proches ont manifesté devant le Tribunal ce jeudi contre le placement de ses deux enfants. Leur pédopsychiatre la soutient.

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Susanna tient une pancarte "rendez-moi mes enfants". Elle est soutenue par des proches et l'élu municipal Pascal Spühler (à gauche sur l'image). (Photo: 20 Minutes / jef)

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«Rendez-moi mes enfants!» En ce jeudi matin glacial, Susanna ainsi qu’une dizaine de personnes affichent leur colère et leur désappointement devant le Tribunal de protection de l’adulte et de l’enfant (TPAE), rue des Glacis-de-Rive. Son fils Luc*, 9 ans, et sa fille Eva*, 14 ans, ont été placés en foyer le 17 octobre sur décision de justice. Ils s’y trouvent toujours. Les manifestants, dont le pédopsychiatre des enfants, sont choqués par cette décision, prise sur la base d’un préavis du Service de protection des mineurs (SPMi).

Luc et Eva ont été placés car depuis de nombreuses années, dans un cadre de séparation conflictuelle, leur mère s’est soustraite à diverses décisions de justice relatives au droit de visite du père, qui a été notablement entravé. Le SPMi a estimé qu’en agissant ainsi, la mère faisait courir un danger psychologique à ses enfants. Mais à en croire leur pédopsychiatre, le docteur Roland Dufour, présent malgré le froid, le placement constitue une autre mise en danger. «Les deux enfants ont subi de la sorte un traumatisme aigu et sévère.»

«Cette histoire-là est un scandale!»

Il qualifie cette situation d’exceptionnelle. «J’ai souvent eu des plaintes de parents qui avaient le sentiment de ne pas être pris en considération ou d’être dénigrés par le SPMi. Mais à ce point-là, jamais. Il s’agit d’un véritable enlèvement et ce placement constitue un emprisonnement. Cette histoire-là est un scandale!» Dans un mail à la mère daté du 28 novembre, le pédiatre Thierry Battisti jugeait également que l’attitude du SPMi dans ce dossier mettait «vraiment en danger la santé mentale des enfants».

«Les enfants sont punis deux fois»

Ceux-ci sont désormais contraints de voir leur père, alors qu’ils ne le souhaitent pas - à tort ou à raison - et l’ont clairement exprimé. Selon Susanna, ils auraient menacé d’attenter à leurs jours. Porteur d’une pétition remise en avril au Grand Conseil réclamant un fonctionnement moins abrupt du SPMi, le conseiller municipal Pascal Spühler était aussi présent ce jeudi. «La méthode, sous prétexte d’aliénation parentale, est très contestable. Il s’agit d’un kidnapping pour obliger les enfants à aimer leur père. On tombe dans le ridicule. Les enfants sont punis deux fois. Le SPMi traite les dossiers de manière trop expéditive.»

Un proche de la famille, plus exactement un père dont les enfants pratiquaient une activité sportive avec Luc et Eva, tient une pancarte sur laquelle est inscrit «Les enfants ont le droit d’exprimer leur avis et d’être entendus». Il dit sa stupeur: «On les voyait régulièrement, ils semblaient tout à fait heureux à la maison. Et du jour au lendemain, ils ont été placés.»

Après une audience qui s’est tenue le 27 novembre et durant laquelle toutes les parties ont été entendues, le TPAE doit dorénavant rendre une décision définitive sur le placement, qui n’a pour l’heure été décidé que de manière temporaire, en attente d’une décision sur le fond.

*Prénoms d'emprunt