Genève

21 février 2017 19:07; Act: 21.02.2017 19:26 Print

«Même la sonnerie de la porte me faisait peur»

par Léonard Boissonnas - Les autorités genevoises veulent régulariser des milliers de sans-papiers, tout en luttant contre le travail au noir. Berne joue le jeu.

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Barbara peut enfin se balader l'esprit libre. (Photo: leo/20min)

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«Tout est difficile lorsqu’on n’a pas de permis: on vit dans la crainte tout le temps. Même la sonnerie de la porte me faisait peur, à cause de la police. Alors quand j’ai reçu mon permis, j’ai pleuré.» Barbara, Brésilienne arrivée au bout du lac en 2009 comme femme de ménage et aujourd'hui dans la restauration, fait partie des 590 personnes sans statut qui ont déjà été régularisées dans le cadre de la phase-test de l’opération Papyrus, lancée en 2015 et dévoilée mardi.

Inédite en Suisse, elle propose de normaliser durant les deux prochaines années la situation de milliers de sans-papiers en facilitant l’accès au permis B. «Ces personnes sont ancrées dans le tissu local, leurs enfants sont scolarisés et la plupart sont autonomes financièrement, a expliqué le conseiller d’Etat Pierre Maudet, chargé de la sécurité et de l’économie. Genève a besoin des étrangers. Il s’agit de mettre fin à une forme d’hypocrisie.»

Critères assouplis

Prenant part au dispositif, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) à Berne a accepté d’assouplir certains critères d’admission comme la durée du séjour, qui passe à cinq ans pour une famille avec des enfants scolarisés et à 10 ans pour les autres catégories. Indépendance financière, absence de condamnation pénale et intégration réussie, notamment au niveau de la pratique du français, sont les autres conditions à remplir pour être régularisé.

Contrôles accrus

Parallèlement, le secteur de l’économie domestique, où travaille une grande partie des illégaux, fera l’objet de contrôles accrus pour éviter les abus et empêcher un appel d’air. Une bourse à l’emploi pour la branche sera créée. Par ailleurs, une permanence d'information pour les étrangers sera notamment mise en place à l'Office cantonal de la population et des migrations pour favoriser l'intégration. Un bilan intermédiaire de l'ensemble du dispositif sera tiré dans un an.

De leur côté, le Centre social protestant, le Collectif de soutien aux sans-papiers, le Centre de Contact Suisses-Immigrés et le syndicat SIT, qui travaillent sur cette problématique depuis une quinzaine d'années et qui ont fait partie de l'élaboration de Papyrus, se sont félicités du lancement de l'opération. Selon eux, celle-ci permet de clarifier les conditions d'admission qui étaient assez opaques jusque-là.